‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 75 sur 148 · ERGOTINE · texte numérisé non relu

ERGOTINE

pendant encore du simple au double. C’est-à-dire que s’il faut 1 milligr. pour produire des effets physiologiques notables et répondant aux besoins thérapeutiques, quand on donne l’aconitine par l’estomac, il n’en faut plus qu’un demi quand on introduit cette même substance sous la peau. C’est encore une différence qui a sa valeur, mais qui n’est pas aussi considérable que pour la quinine.

En revanche, il y aurait une substance, récemment introduite dans la méthode hypodermique, qui présenterait la particularité inverse, c’est l’ergotine. Il ne s’agit pas ici de l’alcaloïde de l’ergot, car on n’est pas sûr de le posséder, mais des extraits plus ou moins concentrés qui représentent les principes et l’action de l’ergot, non pas accrus, mais plutôt amoindris. Nous possédons d’un côté l’ergotine de Bonjean qui est un extrait alcoolique d’ergot, puis l’extrai plus concentré fait dans ces derniers temps par M. Yvon. L’extrait d’Yvon, qui est une liqueur légèrement teintée de topaze, est assez concentré pour que 1 gramme de cette liqueur équivaille à 1 gramme d’ergot, tandis que l’extrait plus ou moins dense de M. Bonjean est beaucoup inférieur à l’ergot lui-même. J’ai établi par mes propres expériences, qu’il n’en fallait pas moins de cinq fois autant que d’ergot pour produire les mêmes effets thérapeutiques. Mais cette solution d’ergotine a l’avantage de pouvoir être mise en potion et injectée sous la peau.

Les injections faites dans ces derniers temps sembleraient indiquer un écart énorme entre les effets hypodermiques et stomacaux. D’après ces injections, il semblerait qu’en introduisant 10 ou 15 centigr. d’ergotine de Bonjean on arrive à arrêter une hémorragie comme avec l^l’,50 de poudre d’ergot récente et par conséquent dans les meilleures conditions.

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J’ai lieu de penser qu’il y a là des exagérations. Pour ma part, je n’ai pas vu d’effets qui me permettent d’attacher une si grande intensité d’action aux injections d’ergotine. J’ai vu des effets, mais je n’injectais pas moins de 25 centig. à la fois. J’ai vu, dans certains cas, l’hémorragie s’arrêter; mais, s’il faut en croire les observations récentes communiquées à la Société de thérapeutique, il y a quelques mois, ce serait une différence de 40 fois qui séparerait l’action de ces injections de l’ergot lui-même. En effet, on prétend que l’injection de 10 à 15 centigr. d’ergotine produit autant d’effet que 4 grammes d’ergot. Je ne l’admets pas. J’ai bien peur qu’on ait cru à tort saisir un rapport causal entre l’introduction de la substance et la cessation de l’hémorragie, et qu’on ait, en réalité, assisté à des arrêts spontanés et à des coïncidences.

Quoi qu’il en soit, il est indispensable de chercher à vous faire comprendre comment ces différents écarts peuvent exister et pourquoi il y a de si grandes distances entre l’intensité d’action de certaines substances introduites sous la peau ou données par l’estomac.

Il importe avant tout de savoir si la substance est destructible ou non dans les premières voies. Vous comprenez bien que, si vous introduisez une substance résistante dans l’estomac, elle finira par être absorbée. L’absorption se fera plus lentement que par la peau, mais enfin elle se fera, et il y aura un moment où elle arrivera en assez grande quantité dans les parenchymes, pour qu’elle détermine tous les effets dont elle est capable.

Dans ce cas, pas de différence entre les deux méthodes.

Il y a une autre circonstance, c’est l’adhésion plus ou moins forte de la substance introduite, dans les mailles du

leçon.]

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