‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 76 sur 148 · DIFFÉRENCES D’ACTION · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES D’ACTION

tissu cellulaire et clans les organes au milieu desquels elle se répand. Cette adhésion est réelle.

Je vous ai montré pour l’aconitine l’extrême intensité des effets locaux et l’extrême durée de ces effets. Non seulement vous déterminez une sensation de brûlure cuisante et des élancements qui sont des sortes de fulgurations, mais encore vous voyez durer ces effets quasi indéfiniment, deux heures, par exemple. J’ai vu des sujets chez lesquels un après-midi tout entier avait été rempli par les souffrances déterminées par l’aconitine introduite sous la peau. Par conséquent vous voyez qu’elle reste là, qu’elle adhère. Cette adhésion a évidemment son importance, attendu que si la substance reste là, elle ne sera pas comme une autre emportée par la circulation qui va répandre au loin tous ses effets.

Il y a une troisième condition à la différence entre l’intensité des effets des substances introduites sous la peau et celle de leurs effets par les voies digestives. Ces effets peuvent dépendre du système sur lequel s’exerce leur action. Si les médicaments ou les poisons exercent leur action directement dans le sang, sur le sang lui-même, il est clair que lorsqu’ils pénétreront en grande quantité à la fois, cette action sera pour ainsi dire violente, foudroyante, instantanée. Si au contraire les substances exercent leur influence sur les centres nerveux, et si cette influence n’est exercée qu’à la faveur de la pénétration de ces substances dans les éléments du système nerveux, d’une sorte de combinaison temporaire avec ces éléments, il faut un temps durable pour qu’elle s’effectue, et vous aurez beau introduire dans la circulation une grande quantité de substance active capable de produire des effets sur le système nerveux, ces effets demandant toujours un certain temps pour se produire, il n’y

INJECTIONS HYPODERMIQUES

[Dix-septième

aura pas beaucoup d’avantage à introduire les substances par la voie hypodermique ou stomacale, parce que si elles ne se détruisent pas, elles seront absorbées d’une façon assez rapide pour pénétrer dans la circulation et de là dans les parenchymes.

Or ces combinaisons des substances avec les éléments existent. On a déjà reconnu un certain nombre de modifications sensibles des éléments histologiques du système nerveux, lorsqu’ils ont été imprégnés d’une énorme proportion de principes toxiques. Ces expériences sont à peine entreprises bien que les premières datent déjà de 10 ou 12 ans.

Elles montrent une voie nouvelle à parcourir et nous font comprendre ce qui avait été déjà indiqué par les considérations inductives, à savoir qu’il doit y avoir une pénétration des substances dans les éléments histologiques.

Je vais vous donner quelques exemples. Je suppose que vous introduisiez rapidement dans le sang du phosphore, de l’oxyde de carbone, du nitrite d’amyle, des anesthésiques, en un mot, de ces substances qui agissent directement sur le sang. Elles vont agir en produisant des sortes de coups de foudre. Si vous arrivez à les introduire par la voie sous-cutanée, qu’elles arrivent en grande masse dans la circulation, elles détermineront des effets qui, sans être aussi violents que par l’inhalation, s’en rapprocheront pourtant. Et il y aura là une distance énorme entre les effets produits par la voie sous-cutanée ou stomacale.

Si au contraire vous introduisez des substances qui agissent sur les centres nerveux, telle que la morphine, il y aura aussi des différences, parce qu’il faut que ces substances pénètrent dans les éléments histologiques, et pour cela il leur faut un certain temps; quand bien même vous les injectez par

leçon.]

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