HÉMORRAGIES
cune espèce de sensibilité et qui produisent des nodus ; on en voit d’autres qui ne produisent pas de douleur et qui donnent lieu à la suppuration. Voici par exemple la picrotoxine : on ne la sent pas et elle produit toujours un nodus. Voilà au contraire l’aconitine, c’est une douleur effroyable, telle que les malades soulagés de leur névralgie renoncent à l’emploi du remède; mais d’inflammation jamais, à moins que vous n’ayez introduit des algues sous la peau. Vous voyez que la douleur et l’inflammation ne marchent pas toujours de pair.
Je viens de vous faire voir quelles sont les différences dans les résultats suivant la nature de la substance employée ; il y a des différences non moins grandes, suivant le sujet qui reçoit l’injection.
Il y a des sujets chez lesquels vous verrez se produire très facilement des hémorragies ; ce sont ceux chez lesquels existe la diathèse hémorragique. Mais il n’est pas nécessaire qu’il y ait diathèse; il suffit qu’il y ait dans de certaines régions des conditions analogues à celles du scorbut, pour que les mêmes phénomènes d’hémorragie se produisent. Par exemple, si vous faites des injections dans des membres immobilisés depuis longtemps et affectés de ce que M. Cloquet a désigné sous le nom de scorbut local , vous verrez les pipûres y donner lieu à de petites hémorragies. Ce qui existe là sous l’influence d’un traumatisme qui a forcé à l’immobilisation, existe également dans les maladies spontanées.
J’observe dans ce moment àBeaujonun malade qui présente une trophonévrose de la moitié supérieure droite du corps. En même temps qu’il a des douleurs, il présente des phénomènes d’atrophie musculaire. Mais tandis que les organes
NJECTIONS HYPODERMIQUES.
[Dix-septième
nobles, ceux qui ont une structure particulière comme les muscles, s’atrophient, le tissu cellulaire, organe banal, organe de remplissage, augmente d’épaisseur. Aussi trouverez-vous chez cet homme, partout ou les muscles ont disparu, un tissu adipeux sous-cutané très épais. Eh bien, je ne puis pas faire traverser cette région par l’aiguille, sans qu’il y ait hémorragie.
Il y a des sujets qui sont exposés aussi à tous les accidents inflammatoires que je vous ai décrits, et aux accidents les plus graves, aux phlegmons gangréneux. Ce sont ceux qui sont dans des conditions générales de santé plus ou moins mauvaises, ceux qui sont sous le coup d’une de ces diathèses qui modifient profondément la nutrition ou bien qui sont arrivés à la période ultime d’une maladie chronique, avec fièvre hectique: ainsi chez les tuberculeux arrivés à la dernière période, ainsi chez ceux qui sonj sous le coup d’une fièvre typhoïde, ainsi dans les affections puerpérales où la suppuration s’empare si facilement de tous les petits traumatismes, même de celui que détermine par une injection, ainsi chez les diabétiques albumineux et sucrés; chez tous ces malades, vous avez très facilement la suppuration. La conséquence pratique à tirer de ces considérations est celleci : il ne faut pas introduire de médicaments par la voie hypodermique chez les sujets qui sont dans ces mauvaises conditions, pour deux raisons : la première, c’est qu’ils n’agiront pas très bien, et la seconde, c’est que vous aurez facilement l’air de leur avoir nui alors que vous vouliez les soulager.
Je reviens aux accidents généraux, qui se réduisent, je vous l’ai dit, à la pénétration des substances actives dans le système circulatoire. Voici ce qu’il faut faire pour empêcher
leçon. J