INFÉRIORITÉ DE LA MÉTHODE
tion que l’alimentation par cette voie est à peu près illusoire.
Il y a encore une autre infériorité relativement aux médicaments insolubles par eux-mêmes. Il est clair que, quand il s’agit d’introduire des corps huileux, ils ne trouveront pas dans le tissu cellulaire les éléments nécessaires à leur dissolution.
Il y a d’autres substances qui peuvent être dissoutes à la faveur des acides; supposez l’oxyde de zinc; il deviendra soluble à la faveur des acides chlorhydrique ou sulfurique ; mais les chlorures de zinc sont des substances irritantes, cathérétiques, caustiques et qui par conséquent ne peuvent être introduites sous la peau.
Il est encore d’autres substances qui sont solubles directement, mais très irritantes: l’acide phénique, la créosote, le perchlorure de fer. Il est clair qu’on ne saurait les introduire par la voie hypodermique; elles détermineraient des phlegmons.
Il y a encore des circonstances dans lesquelles les substances médicamenteuses ne peuvent pas être introduites par la voie sous-cutanée, c’est lorsque, par exemple, vous avez affaire à des substances qui doivent être prises avec les aliments, parce que pendant la digestion elles sont mieux attaquées. Ce sont des substances qui deviennent solubles pendant le travail digestif ou qui, en tous cas, doivent être mêlées à la masse chymeuse et arriver avec les aliments eux-mêmes dans la circulation ; ce sont ces médicaments qu’on appelle des eutrophiques que j’ai appelés histo géniques , c’est-à-dire qui servent à faire des éléments histologiques, tels que les phosphates calcaires, l’huile de foie de morue, le fer luimême, qui est aussi un aliment proprement dit. Les altérants
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eux-mêmes, comme certaines préparations arsenicales, demandent à être pris au moment du repas. On a conseillé aussi de donner à ce moment les préparations de phosphore, parce qu’elles passent mieux dans ces conditions. Je le répète, il y a là une infériorité.
Enfin lorsque vous aurez besoin d’exercer une action topique sur la totalité ou sur les éléments d’une certaine nuqueuse, telle que celle des voies respiratoires et surtout celle des voies digestives, vous aurez assurément à donner la préférence à l’introduction par inhalation dans le premier cas et à la voie stomacale dans le second. Et ici vous allez voir qu’il y a une particularité intéressante à connaître.
Les vomitifs sont de deux espèces, comme je l’ai établi depuis longtemps, et comme je le disais encore récemment à l’Académie. Il y a des vomitifs qui agissent à la périphérie, sur les extrémités nerveuses des nerfs de l’estomac, la paire vague, ou bien sur les extrémités nerveuses des émanations du plexus solaire; mais il y en a d’autres qui agissent au contraire sur le bulbe.
Les premiers agissent à la manière d’une indigestion ; les seconds à la manière de la méningite.
Le type de cette dernière catégorie de vomitifs est l’apomorphine. Elle semble, d’après toutes les expériences, agir sur le système nerveux central, en exerçant son influence sur le bulbe.
Mais la plupart des autres vomitifs, le tartre stibié luimême et surtout les vomitifs tirés du règne végétal, agissent directement sur la muqueuse stomacale et sur la muqueuse intestinale. Eh bien, ces derniers, l’ipéca et toutes les espèces d’ipéca, toutes les plantes qui sont émétiques semblent agir — cela est certain pour plusieurs d’entre elles — di-
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rectement sur la muqueuse gastro-intestinale. La preuve en est facile à donner, et la voici : lorsque vous introduisez de l’ipéca ou de l’émétine, puisqu’on peut se servir du principe neutre actif de l’ipéca, vous obtenez avec 16 ou 20 centigrammes, des vomissements aussi actifs qu’avec l§r;50ou 2 grammes d’ipéca.
Lorsque vous introduisez cette même émétine en injection hypodermique, il vous faut 20, 30 centigrammes pour obtenir des effets plus longs à paraître et moins intenses que ceux que vous obtenez avec une dose moindre introduite par l’estomac. Et, chose curieuse, quand l’expérience est faite sur les animaux et qu’on les sacrifie, on trouve l’émétine dans le tube digestif. C’est-à-dire qu’introduite dans le tissu cellulaire, elle a été obligée de se faire absorber préalablement, de circuler, de venir avec le sang artériel au contact des organes qu’elle excite, quand elle est introduite dans les voies digestives ; et ce n’est que lorsqu’elle a été sécrétée qu’elle se trouve en proportion notable dans le tube digestif, qu’alors elle commence à produire ses effets.
Voilà quelque chose de bien étrange, n’est-il pas vrai? Vous voyez donc que quand il s’agit soit de provoquer le vomissement, soit l’hypercrinie intestinale, il ne faut pas employer la méthode hypodermique ; je dis hypercrinie, car à faible dose l’émétine détermine seulement l’état de nausée et une hypercrinie intestinale, rappelant alors les effets que l’ipéca détermine quand on l’introduit directement dans la fin de l’intestin, contre les affections chroniques des pays chauds désignées sous le nom de dysenterie avec lésions plus ou moins avancées de la muqueuse digestive; dans ces conditions, quand vous avez pour but d’agir sur un certain appareil qui soit directement accessible d’une autre façon, il est clair
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qu’il vaut mieux ne pas employer, par la méthode hypodermique les substances qui ne pourraient agir de cette façon qu’à doses plus élevées et, par conséquent, dans des conditions beaucoup moins favorables.
J’ajouterai, parmi les petites défectuosités de la méthode hypodermique qu’elle exige généralement l’intervention de la main de l’homme de l’art. Car dans la plupart des cas le malade ou l’entourage ne nous offrent pas toute espèce de garantie contre les accidents, dans le cas ou on le laisserait opérer lui-même. Cependant il y a un certain nombre de cas dans lesquels les malades eux-mêmes ou leurs gardes font très bien les injections, de telle sorte que cet inconvénient n’est pas pour la méthode un vice rédhibitoire.
En somme, je conclurai que, malgré tout, la méthode hypodermique se distingue de toutes ou de presque toutes les autres par un ensemble de qualités qui se montrent sous un aspect tellement important, que cela doit faire passer sur les inconvénients que cette méthode peut présenter, au moins dans le plus grand nombre des cas..
Avec cette méthode, nous avons tout à la fois la rapidité d’action, la constance des effets, leur intensité plus grande et une sécurité absolue au point de vue des effets physiologiques et thérapeutiques, puisque nous sommes sûrs que tout ce que nous voulons introduire est introduit. Et puis enfin nous arrivons là, par un dosage inexact, à une précision qu’il est impossible d’atteindre avec toutes les autres méthodes. En somme, c’est une méthode vraiment scientifique. Aussi toutes les fois qu’elle est applicable, il faudra l’appliquer. Quand on veut mesurer les effets des différentes substances, c’est toujours à elle qu’on a recours et c’est grâce à elle qu’on a pu arriver à des résultats aussi précis et aussi
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