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THÉORIE DES FORCES ORGANIQUES

développent, que l’œil de la salamandre se reproduit. Cette force-là, j’ai beau chercher, je ne trouve pas moyen de la réduire à des combinaisons chimiques ou bien à l’action des impondérables. Voilà ce qui, dans les êtres vivants, leur est absolument propre : la reproduction et la nutrition, ce qui est tout un.

Comme Aristote l’avait dit, comme Lallemand (de Montpellier) plus tard l’a démontré, il faut y joindre quelque chose de plus irréductible, c’est la pensée. Là encore, en

tant que savant, je ne parviens pas à comprendre et je laisse de côté ce domaine si difficile à aborder. Mais je dis qu’on trouve là, comme dans la nutrition, dans la genèse et dans la réparation des organes, des qualités, des facultés qui n’appartiennent qu’aux êtres vivants de tous les règnes, facultés qui sont absolument irréductibles aux actions de la matière morte. Aussi n’est-ce pas de cela que je parlerai : mais il y a d’autres facultés qui appartiennent à certaines formes, à certaines structures de la matière organisée, comme par exemple la myotilité, la neurilité, dont le nom a été fait par Ch. Robin, comme. cette propriété que possèdent les globules sanguins de prendre de l’oxygène pour le livrer ensuite, qui ne sont pas irréductibles aux lois de la physique.

Ces propriétés-là ne sont pas essentielles aux êtres vivants en général; elles se rencontrent dans de certains êtres, mais ne se trouvent pas partout. Elles ne sont pas, par conséquent, indispensables à la vie ; elles sont attachées au contraire à une structure particulière, et tant que cette dernière subsiste, ces propriétés ne font pas défaut. Tant que les propriétés structurales existent, les qualités, les fonctions de cette structure persistent. J’en ai eu autrefois des exem-

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pies qui sont incontestables et que je me plais à rappeler.

Il m’est arrivé un jour, à l’hôpital Necker, d’avoir à achever une amputation commencée par un ébouleraient : je séparai le membre supérieur de ses attaches. Puis je m’imaginai de regarder ce qui se passait dans le biceps, qui, tout frappé de mort qu’il était, avait conservé sa chaleur. Je taillai dans le muscle des cubes et j’essayai de provoquer dans ces cubes de chair musculaire une contraction. Rien de plus facile, par les procédés les plus variés : en soufflant dessus, en les piquant avec un scalpel, en faisant une pile avec une pièce d’argent et une de cuivre; puis, les contractions cessaient. J’en prenais un autre et je recommençais. Je revenais ensuite au premier et j’obtenais encore des résultats; j’aurais pu en obtenir pendant longtemps, — cela dura pendant trois quarts d’heure. Ceci vous prouve que, même soustraite à la vie, cette substance était apte à remplir encore ses fonctions, c’est-à-dire que la force pouvait se transformer en action et par conséquent en contraction mécanique. Mais, comme je l’ai dit, cette force s’épuisait, et il fallait laisser reposer les cubes pour obtenir encore une série de contractions. Ceci est tout à fait l’analogue de ce qui existe même dans les substances minérales qui doivent à leur structure des qualités qui ne sont pas inhérentes à leur composition chimique. Vous prenez des globules à un animal, ils sont très différents de ceux de l’homme; mais, pourvu qu’ils ne soient pas plus' gros, ils se comportent dans la circulation humaine exactement comme les globules sanguins de l’homme eux-mêmes; et ces globules conservent la propriété de favoriser les échanges, entre l’oxygène et l’acide carbonique, pendant tout le temps que dure leur existence, sous une certaine

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forme particulière qui constitue une condition de structure analogue à celle des substances minérales cristallisables.

Eh bien, ces organes qui ont des propriétés particulières attachées à leur structure, on peut les charger par des substances, telles que les aliments ou les médicaments dont je vous pariais tout à l’heure, de meme qu’on peut les charger à l’aide de l’électricité.

Je veux vous raconter en quelques mots un fait de cet ordre, de nature à vous convaincre. Je pris un jour dans mon service, à Beaujon,un malade qui avait reçu un coup de froid à la suite duquel le bras gauche s’était paralysé. Il entra très peu de temps après l’accident, et lorsque je fus appelé à l’examiner, je constatai que non seulement il avait perdu le mouvement volontaire dans le membre supérieur gauche et simplement dans celui-là, mais qu’aussi l’irritabilité électrique était à peu près perdue; on pouvait à peine faire un peu durcir le biceps auquel je m’adressais. Eh bien, dans ces conditions : perte du mouvement volontaire, persistance presque nulle de l’irritabilité électrique, j’eus l’idée de lui dire, pendant que le courant passait : « Mais portez donc la main à votre menton. » Il me répondit en riant : « Mais vous savez bien que je ne le puis pas. » 11 résistait: enfin il fit ce que je demandais. Je lui fis recommencer cette opération tant que je voulus, il suffisait pour cela de laisser passer le courant. Pendant qu’il était en train d’exécuter ce mouvement, je retirai un des rhéophores; son bras retomba inerte. Je montrai ce fait à Duchenne, qui le trouva fort curieux.

Que se passait-il? Les choses dataient de la veille ou de l’avant-veille. Évidemment le muscle n’était pas altéré; seulement il ne faisait pas de force, il était par conséquent inca-

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pable de produire une contraction. Il avait la structure, je lui redonnais la force par l’électricité. Ces faits sont loin d’être aussi singuliers, aussi étranges qu’ils paraissent au premier abord.

Il n’est pas très rare de voir, dans le cours de certaines maladies, des paralysies où la volonté n’a plus d’efficacité, où les courants d’induction ne servent plus à rien, et où la combinaison de ces deux choses, courant et volonté, détermine le mouvement.

Ainsi, j’ai vu plusieurs fois, et un jour entre autres avec le docteur Bonnefin, des paralysies faciales complètes avec impossibilité de cligner l’œil. — Mais pendant le passage d’un courant continu — c’est le meilleur dans ce cas — le sujet pouvait fermer l’œil. Quand il le voulait fermer sans cela, le malade n’obtenait rien. Le courant chargeait le muscle, et la volonté intervenait pour faire exécuter le mouvement.

Ces phénomènes que je vous indique, c’est-à-dire le retour de la force et la mise en jeu de cette force sous l’influence de la volonté, voilà des faits qui me semblent laisser peu de prise au doute et qui démontrent que, soit à l’aide de substances chargées d’une grande énergie, telles que les alcaloïdes, soit à la faveur d’autres substances qui sont du domaine de la thérapeutique aussi bien que de l’hygiène, nous arrivons à communiquer de la force à des organes qui n’en fabriquent plus.

Mais ce sont surtout les fluides impondérables, tels que l’électricité, qui manifestent au plus haut degré ce pouvoir d’introduire de la force dans les organes qui en ont besoin.

Si la plupart des substances apportent, il y en a cepen-

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dant qui semblent soustraire. — Dans les échanges qui se font, il y a quelquefois perte.

Je vous parlais tout à l’heure des fluides impondérables apportant de la force : la chaleur en apporte aussi, mais il faut que ce soit de la chaleur pour ainsi dire" positive, celle dont l’intensité est plus grande que la chaleur de nos organes. Au contraire, s’il s’agit d’une température qui soit marquée par le signe moins ( — ), il est clair qu’elle nous soustrait de la force.

Il y a des circonstances multiples dans lesquelles les choses semblent se passer de cette façon; ainsi certaines substances hyposthénisantes semblent jouir de la propriété de soustraire de la force. Mais je m’empresse d’ajouter : ce sont là des exceptions : la plupart du temps, nous empruntons au monde extérieur.

C’est ici le moment de vous faire saisir la distinction qui doit être établie entre les toniques et les stimulants. Vous verrez partout cette confusion faite. On vous dira : l’alcool est un tonique, un stimulant, deux mots qui se livrent à un cliquetis irrationnel.

En vous parlant de ces substances qui apportent de la force, je vous ai donné la vraie théorie des toniques. Sont des toniques les substances qui sont capables d’augmenter les forces radicales (pour les distinguer des agissantes), comme disaient les anciens.

Cette distinction entre forces radicales et forces agissantes est absolument juste, et il faut la retenir.

Je me plais, toutes les fois que j’en trouve l’occasion, à vous montrer les liens qui existent entre la science actuelle et la science ancienne, car on n’a que trop de dispositions à reléguer dans un coin tout ce qui a été fourni par la tradi-

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tion. C’est au contraire une chose heureuse que de voir que nos devanciers ne se sont pas trompés ; — où ils ont erré, c’est quand il s’agit de l’interprétation ; mais quand ils ont établi la distinction précédente ils faisaient une chose absolument juste, surtout au point de vue des toniques et des stimulants.

Les stimulants mettent en jeu l’activité organique. Tout organe vivant est doué d’excitabilité; c’est là sa propriété la plus générale ; tout peut être une cause d’excitation de cette faculté, et les stimulants ne sont pas autre chose. Vous voyez qu’il y a loin de là à augmenter la provision de forces.

Tandis que les toniques sont des moyens de s’enrichir, en réalité les stimulants sont des moyens de s’appauvrir.

Je m’empresse d’ajouter que, par des voies différentes, toniques et stimulants produisent des effets analogues.

Prenez par exemple la strychnine : quand vous en employez très peu, vous augmentez le pouvoir excito-moteur. Donnez-la par exemple à un paralytique, vous lui fournissez le moyen de soulever son corps, alors qu’il ne le pouvait pas; il peut produire un plus grand nombre d’efforts. Mais si vous dépassez la mesure, si des doses un peu trop elevées interviennent, alors ce n’est pas une augmentation de la force radicale, c’est une véritable excitation que vous produisez. Alors il y a dans les muscles des décharges spontanées, brusques, produites par quelque chose qui primitivement n’est qu’un tonique.

De même et inversement je vous citerai l’opium, qui est un stimulant à doses faibles et qui, quoique stimulant, devient substance tonique indirecte, à la faveur de la vascularisation qu’il détermine dans les organes.

J’arrive aux effets des médicaments. Je vous ai dit leurs

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