SANG ARTÉRIEL
exception. J’ai vu mon maître Trousseau pratiquer l’artériotomie de la temporale, c’est-à-dire d’une artère qui repose sur un plan résistant où l’on peut facilement faire la compression. Il la faisait lorsqu’une névralgie faciale résistait aux moyens ordinaires (on n’avait pas alors l’aconitine, ce qui ferait aujourd’hui réprouver cette opération), et cela sans dommages; c’est là qu’il faudrait s’adresser si on voulait avoir du sang artériel. Maintenant on pourrait artérialiser le sang noir en y comprimant de l’oxygène ou en l’agitant à l’air. Mauvais procédé; je vous ai dit que cette agitation était une cause de coagulation alors même qu’elle n’entraînerait pas le mélange du gaz avec le sang et par suite les inconvénients de l’introduction de l’air dans les veines.
Le docteur Gesellius a imaginé un procédé qu’il croit bon et qui ne l’est cependant pas pour se procurer du sang artériel. Ce procédé consiste à pomper dans une région plus ou moins charnue du corps, le sang qui est dans les capillaires. Mais les capillaires ne sont pas tous artériels, et le sang qu’on extrait ainsi est en grande partie veineux. Cela ne répond pas même à l’objet qu’il s’était proposé. En tous cas, il est très difficile d’avoir, par ce mécanisme, une certaine quantité de sang suffisamment fluide et incapable de donner lieu à des embolies.
Par conséquent, ainsi que vous le voyez, d’une part il y a peu d’intérêt à avoir du sang artériel plutôt que du sang veineux; d’autre part, il serait difficile de s’en procurer sans danger pour le bailleur. Par conséquent, nous en arrivons à faire choix du sang veineux, qui, s’il n’apporte pas de la force, apporte du moins des phénomènes d’excitation, qui sont probablement, au premier moment, plus utiles que la force elle-même. En effet, dans un grand nombre de circon-
TRANSFUSION DU SANG
[Dix-neuvième
stances à la suite des grands traumatismes, la première indication est véritablement de réveiller les fonctions organiques, de relever la contractilité du muscle cardiaque, de ranimer les fonctions du système circulatoire. Par conséquent, le sang veineux paraît être préférable même au sang artériel à ce point de vue.
Faut-il demander au bailleur de sang un sang particulier, comme le voulait Humboldt? Il prétendait qu’il fallait lui demander un sang chargé de chyle, parce que l’individu exsangue est incapable de digérer, et qu’on lui donnait ainsi du sang et des aliments qu’il nesaurait puiser indifféremment lui-même dans le monde extérieur. Si on pouvait employer indifféremment le sang des animaux, je dirais que peut-être il serait bon de nourrir un animal et de lui prendre son sang pendant qu’il est chargé de chyle; mais vous ne pouvez pas demander à un homme pour livrer son sang de compromettre son existence, car, vous le savez, une saignée au milieu du travail de la digestion est très nocive. Donc, c’est un moyen qui ne peut être mis en usage et ce n’est un adjuvant que peu nécessaire, quand on a pour but d’introduire simplement des globules.
Ici se présente une question très sérieuse, à savoir si on peut employer le sang des animaux ou s’il faut se borner à l’emploi du sang humain. Au commencement, du temps de Denys, on a beaucoup employé le sang des animaux. Gela se comprend, on était à la période expérimentale, et peut-être n’y avait-il pas une élévation du niveau moral égale à celle qui existe aujourd’hui. Actuellement, on trouve plus de gens disposés aux sacrifices qu’autrefois, etiln’yapas d’hôpitaux où l’on ne trouve des internes et des externes prêts à donner de leur sang. Autrefois donc on se servait de sang de mou-
leçon.]