CHAPITRE XII
LEVÉES RT RECONNAISSANCES MILITAIRES-
213. Les levées militaires sont celles que l'on est obligé d’exécuter avec rapidité et parfois en présence de l’ennemi, soit avec des instruments spécialement consacrés à cet usage, soit même le plus souvent sans leurs secours. Il est inutile d’insister sur
reconnaissances militaires.
l'utilité de pareilles levées : il suffit de rappeler qu elles servent de guides pour les mouvements de troupes, de canevas pour les projets de campements, de fortifications de campagne, passages do rivières, positions de troupes ; en un mot, qu elles forment la base de toute reconnaissance militaire.
2lfc. Los reconnaissances, dans toute l’acception du mot, se composent de deux parties distinctes : un plan topographique, y compris les légendes destinées à donner des notions exactes sur des choses que le dessin do la carte ne peut indiquer qu’imparfaitement, et les mémoires statistiques et militaires.
215. Ces mémoires font connaître, avec toute la précision possible, les ressources de toute espèce que peut fournir le pays, et les avantages ou les inconvénients qu’il présente sous le rapport d’une occupation actuelle ou présumée.
La première partie des reconnaissances est tout entière du ressort de la topographie, la seconde se rattache plus particulièrement à l’art militaire : aussi, n’en dirons-nous que quelques mpts.
Les mémoires ou rapports doivent donner la description physique et géologique du tçrrain. Ils contiennent l’indication statistique des ressources que peut offrir le pays, sous le triple rapport des moyefts de transport et de la subsistance ainsi que du logement des hommes et des chevaux.
On y mentionne la nature des routes et des chemins : leur état d’entretien et le genre de leur construction; s’ils sont praticables en toutes saisons ou en été seulement ; s’ils peuvent servir ou non aux trois armes, infanterie, cavalerie et artillerie.
‘On y décrit les positions offensives ou défensives qui s’y trouvent; les obstacles naturels qui peuvent venir en aide ou qu’il s'agirait de surmonter; les travaux qu'il faudrait effeefuer dans un cas donné, soit pour l’établissement d’un camp, soit pour assurer le passage de l’armée ou arrêter la marche de l’ennemi.
On y indique encore, et toujours en raison d’événements prdbables, le nombre d'hommes et les armes qui seraient nécessaires pour défendre une position, une ville, une place, etc., ou pour .s’en rendre maître, pour forcer ou défendre un passage de rivière. On a soin, enfin, de relater les voies de communication qui relient le terrain parcouru aux points principaux qui en sont plus ou moins éloignés.
TOPOGRAPniR.
215 6. Les levées militaires ou expédiées faites avec des instruments, ayant pour but de faire connaître le terrain avec toute l'exactitude que comporte le peu de temps dont on peut disposer, il est évident que leurs principes doivent être les mômes que ceux des levées régulières. Toute la différence consistera dans l'emploi d'instruments plus portatifs et surtout moins vplumineux ; dans la substitution du mesurage au pas, à celui fait à l'aide de ki chaîne ; dans l'estimation môme à vue do certaines distances* do divers détails, etc. L’habitude fait encore juger dos choses sur lesquelles il faut plus particuliérement porter son attention, et de celles que Ton peut négliger sans aucun inconvénient. Il est donc absolument nécessaire d'avoir beaucoup levé régulièrement, pour connaître la marche la plus simple et la plus générale, et pouvoir apprécier les erreurs causées par les avaries que peuvent subir les instruments.
On commencera toujours par déterminer, au moyen d'une triangulation, les points principaux auxquels on devra rattacher ensuite les levées de détails. Tout se réduira donc encore ici à mesurer une base et des angles. Cette base pourra quelquefois ôlrc fournie par des cartes régulières appartenant au matériel topographique de l’armée, sinon on la mesure h la chaîne ou au pas.
Dans le cas où Tou doit la mesurer, la base sera prise sur un , terrain uni, élevé s’il est possible, et tel que de ses deux extrémités on découvre une grande étendue du terrain à lever. De là, par le plus petit nombre de stations que Ton pourra, on passera à deux points occupant une position centrale dans la levée et susceptibles de servir de stations : de ces deux points, on rayonnera et l’on recoupera tous ceux qui peuvent être reconnus et servir de points de repère pour le détail. De cette manière, on multipliera le nombre des triangles, tout en diminuant la longueur de leurs côtés. Ceux-ci serviront U trouver une foule d’autres points, de telle sorte que le détail intermédiaire se fera facilement au pas et sans erreurs notables.
La levée de détail devra se faire presque entièrement par intersections: car le chaînage régulier entraînant déjà dans des erreurs appréciables, ou conçoit combien plus grandes encore seront celles causées parle mesurage opéré d'une manière approximative. Ainsi donc, on se rappellera les principaux moyens que nous avons indiqués pour déterminer un point sans mesurer de ligne : ce sont les méthodes d’intersection et de recoupement,
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celles des segments capables, des courbes de recherche el par lo papier h calquer.
On partira de chaque point de station ainsi déterminé, et l'on figurera à vue et au pas tous les détails qui se trouveront h droite et à gauche d'une direction qui sera celle d'un côté de triangle,ou qyi fera avec l’un d’eux un angle que l’on observera et rapportera immédiatement. De cette manière, on remplira trèsvite et assez exactement la surface de chaque triangle. Ceci est général et doit être appliqué à tous les terrains : si on lève en pays découvert, l’opération est facile; si l’on se trouve engagé dans un pays couvert, la difficulté augmente, et cependant on ne devra recourir à la méthode de cheminement qu'à la dernière extrémité.
Si le terrain est libre et que .l’on ait quelques hommes et du temps à sa disposition, on fera signaler des arbres remarquables par leur position ou leur élévation ; puis alors , en s'élevant audessus du sol par tous les moyens qu'offriront les localités, on déterminera chacun des points qui doivent devenir stations et servir do centres aux petites opérations de détail qui , pour chacun d eux, no s'étendront qu'à moitié distance des stations environnantes; Ceux qui ont déjà levé savent combien une faible élévation d’un mètre seulement peut souvent augmenter l’étendue de l’horizon. L'officier à cheval aura donc déjà un grand avantage; mais alors il faut qu'il emploie un instrument qui n'ait pas besoin d’établissement fixe : tels sont la boussole à réflexion, celle de Burnier et surtout le sextant. S'il n’a pu faire signaler ies points qu'il a choisis, il devra s’efforcer de vaincre la grande difficulté qu’on éprouve à reconnaître le mémo objet vu sous des aspeclsdilTérentsoudiversementéclairés. Dès lors, tout le guidera: * le sommet d'un arbre d’une forme ou d’une couleur particulières, une pointe de rocher, une cheminée, la fumée même qui s’en échappe, si la cheminée cesse d’être visible. Il ne devra pas regarder comme perdu le temps qu’il consacrera à déterminer une bonne station^ il lo regagnera par la rapidité avec laquelle il opérera dans l'intérieur des triangles, certain qu’il sera de no commettre qde des erreurs médiocres, qui seront promptement rectifiées par la rencontre fréquente de points connus. 11 y aura encore éiîpnomie de temps en ce sens que, sur son croquis, l’officier dessinera avec la certitude de ne pas revenir sur ce qu’il aura fait précédemment, tandis que, par la méthode du cheminement, il lie tracera une ligne qu’avec la crainte de l’effacer
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l’instant suivant pour la rectifier; ainsi , non-seulement H dessinera plus vite, mais encore sa minute sera plus nette.
Mais enfin, le pays pourra être tellement boisé qu’il soit impossible d’opérer autrement que par cheminement, et en ne se rattachant que de loin en loin à des repères connus. C’est alors que . le travail devient très-pénible. Il faut déterminer, avec tout le soin possible, les directions principales que l’on suit et les points où ellos se coupent : il faut faire, à chaque instant, des excursions adroite et à gauche pour trouver des issues et marcher en quelque sorte par une suite de petites reconnaissances partielles, avant de tracer une seule ligne sur le papier.
Nous avons nommé tout à l’heure quelques-uns des instruments dont on peut se servir dans ces sortes d’opérations : nous ajouterons que, dans le premier cas, celui où l’on peut employer les recoupements et intersections , ce qu’il y a de mieux et de plus prompt peut-être, c’est l’emploi de la planchette, mais delà planchette modifiée en raison des circonstances dans lesquelles on se trouve. Cet instrument de petite dimension se compose de plusieurs règles égales en longueur et largeur, réunies par une feuille de peau ou de forte toile sur laquelle elles sont collées.
On les maintient, quand on veut faire usage do la planchette, dans un môme plan, au moyen de deux autres règles qui prennent une position rectangulaire sur les premières, en pivotant sur l’une 4 de leurs extrémités ; après quoi elles sont fixées par un petit crochet placé à l’autre extrémité ( fig . 193). Quand on a terminé n son travail ou qu’on le suspend , on rend libres ces deux règles qui alors se superposent sur la première et la dernière de celles qui sont réunies : on roule alors le tout, qui est assez peu volu- * mineux pour pouvoir tenir dans une fonte de pistolet. Celte planchette peut s’adapter sur un bâton armé d’un dard en fer • que l’on plante en terre. On peut avoir une très-petite alidade que l’on construit soi-môme avec une règle ou un doublo décimètre triangulaire sur lequel on fixe deux clous ou deux aiguilles. Celte manière de lever est plus prompte, surtout quand on peut y ajouter un déclinatoire, en ce qu’elle évite la perte de temps qu’entraîne le report des angles observés à la boussole.
Une autre méthode approximative d’orientation prompte remédie à l’absence d’un déclinatoire : elle consiste à fixer un style vertical sur la planchette, et pour cela on peut se servir d’une aiguille ou d une épingle; on trace avec le secours d’une montre, les ombres du style pour les différentes heures du jour.
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et le cadran solaire qui en résulte pourra, les jours suivants, servir à décliner toujours la planchette de la môme manière. Il suflira do regarder sa montre chaque fois que l’on s'établira en station, et de faire tourner la planchette jusqu'à ce que l’ombre du style corresponde à l'heure à laquelle on opère. On voit que ce moyen n’est pas d'une exactitude parfaite ; mais aussi ne l’indiquons-nous pas pour des levées régulières. Les conditions indispensables sont, que l'on ait uno montre et qu'il fasse soleil. Cette dernièro condition est satisfaite d'une manière presque certaine et continue pendant les deux tiers de l'annéo dans les contrées méridionales, comme l’Italie, l'Espagne et l'Algérie.
Quand on opère par cheminement , il nous paraît préférablo pour le détail , de faire des croquis cotés sur carnet. On ferme ainsi des polygones que l'on rapporte ensuite sur lo papier avec la possibilité et la certitude même de faire aboutir les directions parcourues aux points où elles doivent réellement passer. Si la nature du pays n’a pas permis de mesurer une base assez longue, on en construit une de dimension double, au moyen de la méthode indiquée § ICO.
Les angles pourraient se mesurer avec l'instrument connu dans différents métiers sous le nom de fausse équerre. Il est formé de deux règles unies par une charnière, comme un compas, et pouvant, par suite, varier d'inclinaison entre elles. On le modifierait en plantant des aiguilles au centre du mouvement et à l'extrémité des règles.
216. Dans une levée militaire, le figuré du terrain est au moins aussi essentiel que le plan. La marche à suivre pour effectuer le nivellement est encore la même que pour les levées régulières : c’est toujours par des cotes calculées au moyen de la base et do l’angle de pente que l’on rectifiera ce que peut avoir d’inexact le figuré à vue. Après avoir mesuré une inclinaison, on pourra, sans calculer le triangle, trouver immédiatement la différence de niveau au moyen de la fig. 19i, dans laquelle la base AB, divisée en parties égales, représentera la longueur de la base à l'échelle. Du point C partent les droites C5, CIO, C15,etc., qui forment, avec CA, des angles de 5, 10, 15 grades : les perpendiculaires élevées par les points de division de la base complètent plusieurs séries de triangles rectangles semblables, dont les hauteurs multipliées par le dénominateur de l'échelle sont précisément les
T0P0UHAPU1E.
différences de niveau cherchées. On comprend que l’on n'atleint
pas ainsi une précision extrême : mais il s’agit seulement de le- i
vées expédiées.
Comme il est probable que l'on n’a pas à sa disposition une grande boussole armée d'un éclimètre, on peut employer une petite boussole dont on dispose le limbe verticalement. An pivot est suspendue librement une aiguille dont le poids suffit pour la maintenir dans la position verticale. Si la boussole n’a pas été dé5clinéc, le perpendicule marque 100‘ quand la lunette est horizontale, et donne la distance zénithale de la direction h laquelle ' correspond l’axe optique de la lunette. Si, au surplus, on avait quelque raison do douter du parallélisme du diamètre zéro — 200* et de la lunette, on s’assurerait du chiffre que couvre le perpendicule quand elle est horizontale , et ce chiffre servirait de point de départ.
Le clisimètre de Burnier est préférable, puisque c'est pour ce genre d’opérations seulement qu’il a été conçu. Dépourvu toute espèce d'instrument, on peut encore obtenir graphiquement les angles principaux. Pour cela on plante une canne ou un jalon en terre; on s assure de sa verticalité au moyen d’un fil h plomb ; on trace sur du papier, sur une feuille du carnet si l'on veut, une » droite que l'on applique au long du jalon ; on appuie sur le papier la règle ou le décimètre que l'on dirige sur l’objet dont on veut connaître la hauteur relative; on trace celte ligne au crayon, et, en retranchant l’angle droit de celui que forment les deux lignes sur le papier s’il est obtus, ou le retranchant de l’angle droit s'il est aigu, on a l'angle do dépression ou d'ascension. On peut encore trouver la différence de niveau entre deux points au moyen de deux jalons de hauteurs différentes : on place, si l'on veut, le plus court au point où l’on est en station, et l’on cherche pour l'autre, sur la direction du point dont on veut troqver l'élévation au-dessus de la station, une position telle, que les sommets des deux jalons et le point visé soient en ligne droite ; on forme ainsi deux triangles semblables qui fournissent une proportion dont le quatrième terme est la hauteur cherchée, tandis que les trois autres sont la distanco des deux jalons, celle des deux objets et la diffè- |
rence de hauteur des jalons. Si l'on était au contraire au point le plus haut, ce serait là que se placerait le plus grand, tandis que celui qui l'est le moins serait établi quelque part en avant. Ceci suppose que les deux jalons sont pladtés en terrain horizontal.
S’il en était autrement, le quatrième terme de la proportion ne
RECONNAISSANCES MILITAIRES
donnerait que la hauteur du point visé au-dessus du terrain incliné 6ur lequel l’opération a été faite.
Nous termincronsïce qui a rapport à ce sujot en indiquant un procédé très-simple et très-ingénieux : il consiste à suspendre une I petite règle AB (/?</. 195) par un cordon ACB ; le point de suspension est choisi avec soin, tel que la règle AB soit horizontale. On l’élève jusqu'à la hauteur de l'œil et l’on remarque à quel point D du terrain correspond le rayon visuel dirigé suivant AB : on s'y transporte en*rnesurant la distance pour laquelle on sait que l’on s'est élevé d’une quantité égale à la hauteur de l’œil au-dessus du sol. Arrivé en I), on recommence l’opération, et ainsi de suite. Si l'on voulait en mémo temps connaître l’inclinaison d'une station à l'autre, il faudrait résoudre le triangle tel que SAD qui donne- AS
rail gp poLr le sinus de I fhclinaison.
217. Levées à vue. Les besoins de l'armée exigent très-souvent que I on ait de suite des renseignements sur un terrain, en présence de l’ennemi. Alors tout doit étro sacrifié à la promptitude de l’exécution, l’exécution elle-même. L'officier est livré à ses propres ressources et n'a plus même à sa disposition les instruments les plus simples. C'est donc de la rapidité et de la justesse du coup d'œil que dépend le succès de sa mission, et c'est en cette occasion surtout, qu'il sentira la nécessité de l'avoir exercé. Moins il pourra compter sur l’exactitude de ses opérations de détail, plus il devra mettre d'attention à suivre la marche que nous avons indiquée. Ce seront toujours de grands triangles qu’il formera et dont il remplira la surface parle détail dessiné à vuo autour de chaque station. Les angles seront en général tracés à vue 5 cependant, pour ceux que forment do longues directions, on fera bien d’employer la méthode suivante : soient SA, SB (pg. 196) les directions que l’on veut rapporter sur le papier. On • élève, par l'un des moyens indiqués, SB' perpendiculaire à SA ; • on partage ASB1 en deux parties égales, par la droite SB" que I on jalonne , on subdivise ensuito celui des deux angles de 50* qui renferme SB : l'angle B"SB''', dans lequel se trouve cette droite, est encore partagé en deux, et l’on poursuit le cours d’opérations analogues jusqu'à ce qu’on obtienne une ligne SB"' par exemple, assez voisino de SB. Sur le papier, et à l’aide du compas, on répète le même nombro de subdivisions, et l’on obtient ainsi la projection de ASB en asb avec l'approximation que l'on juge convenable. Quoique ce travail no soit pas excessivement
TOPOGiurnii.
long, néanmoins comtoc, dans les circonstances que.nous supposons, le temps est extrêmement précieux, il ne faut user dé cette méthode qu'à la dernière extrémité. Il serait bien plus prompt de mesurer les trois côtés d'un triangle, savoir : deux sur les directions dont on s’occupe elle troisième entre les deux.
Pour le nivellement, on se borne à figurer les mouvements à vue, cl l’on ne détermine que le commandement des hauteurs.
La règle indiquée à la fin du paragraphe 216 et représentée (fi g. 193) est très-bonne à cet usage. On arriverait au même but en employant une équerre le long de l'un des côtés de laquelleserait suspendu un fil à plomb, tandis que l'autre servirait de ligne de visée. L’œil placé à l’exlrémite s'assiérait par ce moyen, si l'horizontale passe par-dessus ou au-dessous du mamelon ou de la position que l'on compare à celle oli l'on se trouve. On pourrait môme estimer à pou près quelle est la différence.
218. Levées de mémoire. L’officier chargé d’une reconnaissance n'a quelquefois pas le temps do s’arrêter : il doit voir et plus tard transmettre sur le papier, une image aussi fidèle que possible de ce qu’il a vu. 11 n’y a aucun précepte à donner sur ce genre do travail. 11 faut que l'officier soit familiarisé avec les formes qu’affecte toute espèce de terrain, avec les lois de la nature qui procède presque toujours par analogie dans les mêmes localités.
Il faut qu'il sache conclure, jusqu'à un certain point, ses parties masquées, à l'aide de celles qui sont visibles.
219. Reconnaissances par renseignements. Il peut arriver enfin que l'officier isolé sur un point, cl dans l'impossibilité de tenir la campagne, soit obligé de rapporter des notions du pays où il se trouve. Les renseignements recueillis auprès des habitants seront alors sa seule ressource : toute l’habileté consistera à les avoir exacts et à discerner avec tact le degré de confiance qu’il devra leur accorder. Du reste, il construira encore des triangles par les trois côtés au moyen des distances itinéraires qu’on lui indi- • quera, et il achèvera le détail par tâtonnement en rapportant chaque point par l'intersection de deux ou trois arcs de cercles dont les rayons seront les distances à des points déjà placés. C'est ainsi qu'il établira les fermes, les maisons isolées, les cours d'eau, puits, fontaines, etc.
Les mêmes renseignements, épurés par une critique judicieuse, lui fourniront les moyens d'exprimer les mouvements du terrain.
11 sera indispensable, pour tout cela, qu'il ail une table de réduc-
PLANS COTÉS
lion des mesures du pays en mètres. Il sera même plus sûr de faire estimer les distances en heures de marche. Les mouvements seront le plus ordinairement représentés par les hachures privées du secours des tranches préalables, mais toujours d’autant plus serrées et plus courtes qu’elles exprimeront une pente plus rapide.
Telles sont les réflexions générales que l'on peut faire sur Ie6 reconnaissances.
L’esprit de mélhode, qui devra servir de guide, sera le même quel que soit le genre de reconnaissance qu’il faudra exécuter; ainsi peu importe que l’on ait à reconnaître une route, une rivière, une position : seulement, dans le cas où l’on devra opérer à vue et avec rapidité, il faudra sacrifier quelques détails pour s’occuper plus particulièrement de ceux d’une utilité spéciale. Les instructions du général et la connaissance de l’art militaire devront en diriger le choix.