RECONNAISSANCES MILITAIRES
le plus haut, ce serait là que se placerait le plus grand, tandis que celui qui l’est le moins serait établi quelque part en avant. Ceci suppose que les deux jalons sont plantés en terrain horizontal. S’il en était autrement, le quatrième terme de la proportion ne donnerait que la hauteur du point visé au-dessus du terrain incliné sur lequel l’opération a été faite.
Nous terminerons ce qui a rapport à ce sujet en indiquant un procédé très-simple et très-ingénieux : il consiste à suspendre une petite règle AB 195) par un cordon ACB ; le point de suspension est choisi avec soin, tel que la règle AB soit horizontale. On l’élève jusqu’à la hauteur de l’œil et l’on remarque à quel point D du terrain correspond le rayon visuel dirigé suivant AB : on s’y transporte en mesurant la distance par laquelle on sait que l’on s’est élevé d’une quantité égale à la hauteur de l’œil audessus dû sol. Arrivé en U, on recommence l’opération, et ainsi de suite. Si l’on voulait en même temps connaître l’inclinaison d’une station à l’autre, il faudrait résoudre le triangle tel que
SAD qui donnerait ÿg pour le sinus de l’inclinaison.
Les instruments employés au nivellement expédié, savoir le clisimètrc Burnier et le niveau à perpendicule,* auxquels on pourrait joindre le niveau à bulle graduée, tel qu’il sera décrit en géodésie à l’article relatif à la mesure des bases, ne sont pas plus exacts que ceux destinés à la plauimétrie expédiée. Dans l’exécution du nivellement régulier, l’emploi de l’éclimètre, beaucoup plus exact que l’instrument correspondant de la planimé- Irie , ne conduit à la connaissance des cotes qu’à 1 ou 2°' près, lorsque les opérations sont très-exactes. Les mômes causes d’erreur qui influent sur les résultats auront une bien plus grande influence lorsqu’on se servira, pour le nivellement, d'instruments ne présentant pas plus d’exactitude que ceux d’une planimétrie expédiée.
11 est utile d’avoir une projection, môme approximative ; mais en est-il de même des cotes d'un nivellement, cotes dont la variation est toujours petite dans la nature? Une erreur, qui serait légère en position horizontale, pourra changer considérablement les hauteurs relatives des mouvements de terrain.
Aussi, pensons-nous qu’il ne faudrait accorder qu'une très-médiocre confiance aux résultats obtenus par le moyen des clisimètres.
Faut-il donc pourtant renoncer complètement à spécifier les
hauteurs relatives des mouvements de terrain. Non, earonpeul éviter l’influence de l’erreur la plus grave, celle qui provient de l’erreur de base souvent considérable dans l’exécution d’une planimétrie expédiée. Il faut pour cela se borner à l’emploi d’un instrument toujours portatif, ne donnant que la ligne du niveau apparent. Le niveau réflecteur de Burel est dans ce caç; son emploi ne résoudra pas le cas général qui se présente dans la recherche d’une différence de niveau , mais si son usage est plus restreint, il sera du moins plus sùrque celui des clisimètres.
217. Letées à vue. Les besoins de l’armée exigent très-souvent qnc l'on ait de suite des renseignements sur un terrain , en présence de l’ennemi. Alors tout doit être sacriflé à la promptitude de l'exécution , l’exécution elle-même. L’officier est livré à ses propres ressources et n’a plus même à sa disposition les instruments les plus simples. C’est donc de la rapidité et de la justesse du coup d’œil que dépend le succès de sa mission, et c’est en cette occasion surtout qu’il sentira la nécessité de l’avoir exercé. Moins il pourra compter sur l'exactitude de ses opérations de détail, plus il devra mettre d’attention à suivre la marche que nous avons indiquée. Ce seront toujours de grands triangles qu'il formera et dont il remplira la surface par le détail dessiné à vue autour de chaque station. Les angles seront en général tracés à vue ; cependaut, pour ceux que forment de longues directions, on fera bien d’emplojer la méthode suivante : soient SA, SB {fig. 196) les directions que l'on veut rapporter sur le papier. On élève, par l'un des moyens indiqués, SB' perpendiculaire à SA' ; on partage ASB' en deux parties égales, par la droite SB" que l’on jalonne, on subdivise ensuite celui des deux angles de 50' qui renferme SB: l’angle B''SB"', dans lequel se trouve cette droite, est encore partagé en deux, et l’on poursuit le cours d’opérations analogues jusqu'à ce qu’on obtienne une ligne SB'" par exemple, assez voisine de SB. Sur le papier, et à l’aide du compas, on répète le même nombre de subdivisions, et l’on obtient ainsi la projection de ASB en asb avec l’approximation que l’on juge convenable. Quoique ce travail ne soit pas excessivement long, néanmoins comme, dans les circonstances que nous supposons, le temps est extrêmement précieux , il ne faut user de cette méthode qu’à la dernière extrémité. Il serait bien plus prompt de mesurer trois côtés d'un triangle, savoir : deux sur les directions dont 011 s’occupe et le troisième entre les deux.
KEOONNAlSâANCFS MILiTAIRF.S. 2Ô7
Pour le nivellement, on se borne à figurer les raouvemeiits il vue, et l’on ne détermine que le commandenienl des hauteurs. La règle indiquée au paragraphe 216 et représentée (^3. 195) est très-bonne à cet usage. On arriverait au même but en employant une équerre le long de l’un des côtés de laquelle serait suspendu un Ul à plomb , tandis que l'autre servirait de ligne de visée. L’œil placé à l'extrémité s’assurerait par ce moyen , si l’horizontale passe par-dessus ou au-dessous du mamelon ou de la position que l’on compare à celle où l’on se trouve. On pourrait même estimer à peu près quelle est la dilTércnce.
218. Levées de mémoire. L’officier chargé d’une reconnaissance 11 ’a quelquefois pas le temps de s’arrêter : il doit voir et plus lard transincllresur le papier, une image aussi fidèle que possible de ce qu’il a vu. 11 n’y a aucun précepte à donner sur ce genre de travail. 11 faut que l’officier soit familiarisé avec les formes qu’affecte toute espèce de terrain , avec les lois de la nature qui procède presque toujours par analogie dans les mêmes localités. Il faut qu’il sache conclure , jusqu’à un certain point , ses parties masquées, à l'aide de celles qui sont visibles.
219. Reconnaissances par renseignements. Il peut arriver enfin que l’officier isolé sur un point, et dans l’impossibilité de tenir la campagne, soit obligé de rapporter des notions du pays où il se trouve. Les renseignements recueillisauprès des habituais seront alors sa seule ressource : toute l’habileté consistera à les avoir exacts et à discerner avec tact le degré de confiance qu’il devra leur accorder. Üu reste, il construira encore des triangles par les trois côtés au moyen des distances itinéraires qu’on lui indiquera , et il achèvera le détail par tâtonnement en rapportant chaque point par l’intersection de deux ou trois arcs de cercles dont les rayons seront les distances à des points déjà placés. C’est ainsi qu’il établira les fermes, les maisons isolées, les cours d’eau, puits, fontaines, etc.
Les mêmes renseignements, épurés par une critique judicieuse, lui fourniront les moyens d’exprimer les mouvements du terrain. Il sera indispensable, pour tout cela, qu'il ait une table de réduc' tion des mesures du pays en mètres. 11 sera même plus sùr de faire estimer les distances en heure de marche. Les mouvements seront le plus ordinairement représentés par les hachures privées du secours des tranches piéalables , mais toujours d’autant
plus serrées cl plus courtes qu’elles exprimeront une pente plus rapide.
Telles sont les réflexions générales que l’on peut faire sur les reconnaissances.
L’esprit de méthode , qui devra servir de guide, sera le même, quel que soit le genre de reconnaissance qu’il faudra exécuter ; ainsi, peu importe que l’on ail à reconnaître une roule , une rivière, une position : seulement, dans le cas où l’on devra opérer k vue et avec rapidité , il faudra sacrifier quelques détails pour s’occuper plus particulièrement de ceux d’une utilité spéciale. Les instructions du général et la connaissance de l’art milituirc devront en diriger le choix.