‹ Cours de versions latinesChapitre 102 sur 214 · TIBULLE · texte numérisé non relu

TIBULLE

GLXXXYI.

Tibulle fait l'éloge de la pauvreté.

Qu'un autre entasse des richesses et des monceaux d'or brillant; qu'il possède de nombreux arpents d'un sol cultivé; que rapproche de l'ennemi le tienne dans des transes et des terreurs continuelles; que les accents de ïa trompette guerrière chassent loin de lui le sommeil. Pour moi, que la pauvreté m'assure une vie de loisir et que dans mon foyer brille toujours un feu modeste. Hôte des champs, je veux planter dans la saison propice la vigne délicate ; je veux planter d'une main habile de grands arbres fruitiers. Puisse mon espoir n'être pas déçu ! Puissé-je voir chaque année s'amonceler mes récoltes et mes cuves se remplir d'un vin délicieux ! Car un pieux respect me saisit et devant un tronc au milieu des campagnes désertes, et devant une pierre antique, dans un carrefour, où pendent des guirlandes de fleurs; et quels que soient les fruits que me donne Tannée nouvelle, j'en offre les prémices au dieu du laboureur. Blonde Cérès, lu auras une couronne d'épis moissonnés dans mon champ ; je la suspendrai à la porte de ton temple. Gardien au visage empourpré, Priape sera placé au milieu de mon verger, pour que sa faux redoutable fasse peur aux oiseaux. Et vous aussi, protecteurs d'une terre autrefois opulente, pauvre aujourd'hui, ô mes Lares, vous recevrez les dons qui vous sont dus. jadis une génisse était le sacrifice offert pour d'innombrables taureaux ; une brebis est aujourd'hui l'humble victime immolé* pour un modeste domaine. Cette brebis vous sera sacrifiée et autour d'elle la jeunesse champêtre chantera : « Io ! donnezmoi moissons et bons vins. »

(Elégies, liv. Ier, chant Ie'.)

Page 1