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OVIDE RACONTE SES PREMIÈRES ASPIRATIONS POÉTIQUES

Sulmone est ma patrie, Sulmone aux eaux fraîches et si abondantes, Sulmone éloignée de Rome de neuf fois dix milles. C'est là que je suis né, et pour que vous sachiez à quelle époque, c'est l'année où les deux consuls succombèrent à un même destin. Si cela est quelque chose, j'appartiens depuis longtemps par mes aïeux a l'ordre équestre, et ce n'est pas une faveur récente de la fortune qui m'a fait chevalier. Dès mon enfance, les chants sacrés faisaient mes délices et la Muse m'excitait secrètement à travailler pour elle. Souvent mon père me disait : « Pourquoi essayer d'un travail stérile? Le poète de Méonie lui-même n'a laissé aucune fortune. » Ces paroles m'ébranlaient ; j'abandonnais entièrement l'Hélicon et je m'efforçais d'écrire en m'affranchissant des lois du rythme. D'elles-mêmes, les syllabes venaient s'arranger en cadence et tout ce que j'essayais d'écrire était des vers. Je pratiquais et je cultivais les poètes de cette époque, et tous ceux qui s'adonnaient à la poésie étaient des dieux pour moi. Souvent Properce, qui m'était uni par les liens de l'amitié, me lisait ses brûlantes élégies; l'harmonieux Horace charmait mes oreilles en chantant ses odes élégantes sur sa lyre ausonienne. Je n'ai fait qu'entrevoir Virgile, et les destins, cruels pour Tibulle, n'ont pas donné à mon amilié le temps de jouir de lui.

(Les Tristes, liv. V, xn.)

Les « Métamorphoses. »

MÉDÉE TENTE DE FAIRE PÉhIR THÉSÉE.

Thésée venait d'arriver, Thésée que son père ne connaissait pas encore et dont la valeur avait rétabli la sécurité dans l'isthme qui sépare les deux mers. Pour le perdre, Médée

broie l'aconit qu'elle apporta jadis des rivages de la Scythie et que vomit, dit-on, la gueule du chien né d'Echidna. 11 est une caverne dont l'ouverture sombre et ténébreuse conduit à un chemin en pente, par lequel le héros de Tirynlhe traîna Cerbère attaché avec des chaînes de diamant : le monstre résistait; ses regards obliques fuyaient le jour et les rayons éclatants du soleil ; excité par la rage et la fureur, il remplit les airs de ses triples aboiements et répandit une écume blanchâtre sur les vertes campagnes. On croit qu'une planle en naquit et que, puisant dans un terrain fertile un aliment fécond, elle acquit une vertu funeste. Comme sa tige vigoureuse croît sur de durs rochers, les habitants des campagnes l'appellent aconit. Séduit par les artifices de son épouse, Egée présente lui-même le poison à son fils comme à un ennemi ; Thésée, sans défiance, avait pris la coupe et la tenait dans sa main, quand son père reconnut, au pommeau d'ivoire de l'épée de ce prince, les marques de sa naissance et détourna de ses lèvres la coupe criminelle. Médée échappa à la mort dans les flancs d'un nuage formé par ses enchantements. Egée se réjouissait de voir son fils sain et sauf; mais épouvanté d'un si grand crime, qui avait pu menacer de si près une vie précieuse, il allume la flamme sur les autels des dieux et les charge de présents; la hache fait tomber la tête musculeuse des bœufs aux cornes entrelacées de bandelettes.

(Les Métamorphoses, liv. VII, v. 400-425.)

Les « Fastes. »

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