INVOCATION A JANUS
Janus au double visage, origine de l'année qui s'écoule silencieuse, toi qui, seul des immortels, vois derrière toi, sois propice aux chefs dont l'activité donne le repos et la sécurité à la terre fertile, le repos et la sécurité à l'Océan. Sois propice à tes sénateurs et au peuple de Quirinus, et par un signe de ta tête ouvre-nous ton sanctuaire éclatant. Un jour fortuné se lève : silence et recueillement. Un jour de fête demande des paroles de fête. Que le bruit de la chicane ne frappe point nos oreilles : loin, bien loin, les procès
insensés. Langues venimeuses, remettez à plus tard votre besogne ! Voyez comme l'air étincelle de feux odorants, comme le safran de Cilicie pétille au foyer embrasé. La flamme fait briller de son éclat l'or des temples et en parsème la voûte de clartés vacillantes. On monte en habits tout neufs à la citadelle bâtie sur la roche Tarpéienne ; le peuple a pris la couleur qui convient à sa fête. Déjà les faisceaux marchent devant les nouveaux consuls : déjà brille une pourpre nouvelle et l'ivoire éclatant des chaises curules soutient un nouveau poids. Les jeunes taureaux qu'a nourris l'herbe des campagnes de Falisque présentent au coup de la hache leur tête qui n'a jamais plié sous le joug. Le grand Jupiter, en contemplant l'univers, du haut de l'Olympe, n'y voit rien qui ne soit romain. Salut, jour heureux; reviens toujours plus beau, digne d'être célébré par le peuple maître de l'univers.
(Les Fastes, liv. Ier, v. 65-88.)
GXCV.
Les « Fastes. »