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INVOCATION A MERCURE

Illustre descendant d'Atlas, viens m'inspirer, toi qui, messager des dieux entre le ciel et les enfers, franchis l'espace de tes pieds ailés ; toi que réjouissent les accords de la lyre comme aussi les luttes brillantes de la palestre ; toi qui as enseigné aux mortels à parler éloquemment. C'est aux ides de ce mois que les sénateurs t'ont dédié ce temple qui regarde le cirque, et depuis lors ce jour est un jour de fête pour toi. C'est à loi que tous ceux qui font profession de vendre des marchandises offrent de l'encens en te priant de leur accorder des bénéfices. Auprès de la porte Capène, il y a une source consacrée à Mercure : s'il faut croire ceux qui en ont fait l'expérience, le dieu y réside. C'est là que va le marchand ; puis, d'une branche de laurier plongée dans l'eau, il arrose tous les objets qui vont avoir de nouveaux maîtres ; il arrose également ses cheveux des gouttes de cette rosée et, d'une voix accoutumée à tromper, il prononce celte prière : « Lave, dit-il, mes parjures du temps passé ; lave mes perfidies de la veille : si j'ai juré par toi, si j'ai faussement pris à témoin la divinité du grand Jupiter, qui devait être sourd à mon appel ; si, par intérêt, j'ai trompé quelque autre dieu ou déesse, que le rapide Notus emporte au loin mes imprudentes paroles ! Qu'ils soient aussi effacés mes parjures de demain ; que les dieux ne s'inquiètent point de ce que j'aurai dit. Donne-moi seulement quelque bénéfice, ô Mercure ;

donne-moi la joie qui accompagne un bon marché, et fais que je m'applaudisse d'en avoir conté à mon acheteur. »

(Les Fastes, li\\ V, vers la fin.)

CXGYII.

Les « Tristes, a

A ON VÉRITABLE AMI, SUR l'iXCONSTA>TE DE L'AMITIÉ.

Toujours, ô mon ami, mon cœur te donnera une pieuse reconnaissance ; toujours je resterai le débiteur de ton âme généreuse. Le souffle qui m'anime ira se perdre dans le vide des airs et abandonnera mes ossements sur mon bûcher encore tiède, avant que l'oubli de tes bienfaits entre dans mon âme et que de longs jours effacent de ma mémoire le souvenir de ta vertu. Que les dieux te soient propices ! qu'ils te préservent d'avoir besoin d'antrui et te donnent une fortune différente de la mienne ! Et pourtant, si ma barque voguait encore, poussée par un vent favorable, ta fidélité me serait peut-être inconnue. Piritbotis n'eût point si bien éprouvé l'amitié de Thésée, s'il ne fût descendu vivant vers les fleuves de l'Enfer. Si le Phocéen Pylade est proposé comme le modèle de la véritable amitié, ce sont tes Furies, ô sombre Oreste, qui en sont la cause. Si Euryale ne fût pas tombé entre les mains des Rutules, ses ennemis, Nisus, fils d'Hyrtacus, n'aurait aucune gloire. De même que le feu éprouve l'or brillant, de même les jours de malheur éprouvent la fidélité. TanL que la fortune est favorable et montre un visage serein et souriant, tout marche à souhait pour l'homme au bonheur intact; l'orage gronde-t-il, tout le monde s'enfuit; nul ne reconnaît l'homme entouré naguère d'une foule de compagnons. Cet enseignement recueilli dans les exemples de temps antérieurs, j'en constate aujourd'hui la vérité par mes propres malheurs ; de tant d'amis, deux ou trois à peine, vous me restez fidèles; les autres étaient attachés à ma fortune, et non pas à moi.

(Les Tristes, liv. Ier, v.)

Les n Tristes. »

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