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LES CHAGRINS ÉTOUFFENT LE GÉNIE

Tu m'écris de charmer par l'étude le temps déplorable de mon exil, de peur que mon esprit ne s'engourdisse dans une honteuse léthargie. Ton conseil, ami, esl difficile à suivre; car les vers sont enfants de la joie et ils exigent la paix de lame. Ma destinée est le jouet des orages de l'adversité, et nul sort ne peut ^être plus triste que le mien. Veux-tu que Priam montre de la joie au milieu des funérailles de ses enfants, et que Niobé, après la perte des siens, mène de joyeux chœurs de danse? Est-ce le deuil ou bien l'étude qui le semble devoir occuper la vie d'un infortuné, relégué parmi les Gètes, à l'extrémité du monde ? Ajoute à cela qu' une longue inaction rouille le génie, l'engourdit el le rend bien inférieur à lui-même. Le sol fertile, que la charrue ne rétourne pas sans cesse, ne produira qu'une herbe mêlée d'épines. Le coursier qui sera longtemps resté sur ses jambes courra mal et n'arrivera que le dernier parmi ses rivaux lancés dans la lice. Moi aussi, quelque peu de valeur que j'aie eue jadis, je désespère de pouvoir redevenir jamais ce que j'ai été autrefois. Mes longues souffrances ont émoussé mon génie, et la plus grande partie de mon ancienne vigueur a disparu.

(Les Tristes, liv. V, xn.)

GXGIX.

Les i Métamorphoses. »

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