‹ Cours de versions latinesChapitre 109 sur 214 · MORT DE POLYXÈNE · texte numérisé non relu

MORT DE POLYXÈNE

Polyxène est amenée sur la tombe d'Achille, pour y devenir la victime d'une cruelle expiation. Elle n'oublie pas sa naissance, et quand, près de ce barbare autel, elle comprend que c'est pour elle que se font les apprêts d'un sanglant sacrifice et voit que Néoptolème, debout, le fer à la main, fixe ses yeux sur les siens : « Prends donc bien vite ce sang généreux, dit-elle : rien ne t'arrête; frappe au sein ou à la gorge

(et elle découvrait et sa gorge et son sein). Aussi bien Polyxène ne pourrait vivre esclave. Le sacrifice de ma vie n'apaisera pas les dieux à votre égard. Je voudrais seulement que ma mère pût ignorer ma mort ! Ma mère ! sa pensée vient attrister pour moi la joie de mourir ! Et cependant, elle a moins à gémir de ma mort que de vivre elle-même ! Vous, Grecs, n'approchez pas ; que je descende libre vers les mânes du Styx ; si ma demande est légitime, épargnez à une vierge le contact de vos mains; quel que soit celui que vous voulez apaiser en m'immolant, un sang libre lui sera plus agréable. Si cependant les derniers vœux que je vous adresse peuvent toucher quelques-uns de vous, c'est la fille du roi Priam et non pas une captive qui vous le demande, rendez mon corps à ma mère; rendez-le sans rançon; qu'elle n'achète pas de son or, mais seulement de ses larmes, le triste droit de m'ensevelir. Quand elle le pouvait, elle l'eût payé avec de l'or. » Elle dit; la foule ne peut retenir ses larmes; seule, elle n'en verse pas; Pyrrhus lui-même, le sacrificateur, ne frappe qu'à regret et en pleurant le sein qu'elle lui présente. Ses genoux fléchissent ; elle s'affaisse sur la terre et oppose un visage impassible à la mort qui la frappe.

(Les Métamorphoses, liv. XIII, v. 452.)

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