LA GRANDEUR DE L'HOMME
Peut-on douter qu'un Dieu habite dans notre cœur, que nos âmes viennent du ciel et retournent au ciel, et que de même que le monde est formé de tous les éléments, air, feu subtil, terre et eau, et qu'un esprit gouverne tout ce qui se meut (i) dans le tourbillon rapide de l'univers, de même il y a en nous un corps d'une nature terrestre, un principe de vie qui est dans le sang et un esprit qui gouverne tout et dirige l'homme? Qu'y a-l-il d'étonnant que les hommes puissent connaître le monde, puisqu'il y a un monde en eux-mêmes et que chacun est en petit l'image de la divinité? Peut- on croire que les hommes soient originaires d'autre part que du ciel? Tous les animaux se tiennent courbés vers la terre ou sont plongés dans les eaux ou suspendus dans les airs : comme ils n'ont pas de raison et que leur langue est muette, ils ne savent tous que dormir, remplir leur ventre et satisfaire leurs appétits, Seul, l'homme peut contempler la nature, possède la faculté de parler et une intelligence capable
(1) Au lieu de jussa, certains textes portent versa gubernans.
d'apprendre les différents arts. Seul, il gouverne toutes choses; il s'est retiré dans les villes ; il a dompté le sol pour le rendre fertile, apprivoisé les animaux et tracé une route sur l'océan. Seul, il se tient debout, dresse sa^ tête qui domine, et d'un air triomphant lève vers les astres ses yeux étincelants, regarde de près (1) l'Olympe et y cherche Jupiter. Il ne se contente pas de la seule vue des dieux ; il sonde les profondeurs des cieux et, poursuivant un corps dont il est parent, il se cherche lui-même parmi les astres.
(Les Astronomiques, liv. II. v. 884.)
GALLUS et VARIUS
GGII.
G al lu s.
Permets-moi, ô Aréthuse, ce dernier effort. Il me faut adresser quelques vers à mon cher Gallus, mais des vers que lise Lycoris elle-même. Qui refuserait des vers à Gallus? Puisses-tu, à ce prix, couler sous les flots de Sicile, sans que Doris mêle son onde amère à la tienne ! Commence; chantons les amours inquiètes de Gallus, tandis que les chèvres camuses broutent les tendres arbrisseaux. On n'est pas sourd à nos chants; l'écho des bois répond à tous....
Muses, c'est assez pour votre nourrisson d'avoir chanté ces vers, tandis qu'assis il tresse en corbeille la flexible guimauve : c'est vous qui rendez ces vers précieux pour Gallus. Gallus, pour qui ma tendresse croît autant chaque jour que, chaque jour, au printemps, croissent les tiges verdoyantes de l'aune.
Levons-nous : l'ombre est d'ordinaire funeste aux chanteurs, l'ombre du genévrier surtout; l'ombre nuit même aux moissons. Allez à la bergerie, mes chèvres; vous voilà rassasiées : Vesper paraît; allez au bercail.
(Xe Eglogue, début et fin.)
Si quelqu'un te parlait de tes guerres et sur terre et sur mer et que, pour flatter tes oreilles oisives, il te dit : « Ton
Lire dans le texte propiusque, au lieu de proprius.
salut est-il plus précieux pour le peuple que le salut du peuple pour toi? Puisse nous laisser dans ce doute le dieu qui veille et sur toi et sur Rome, Jupiter! » tu pourrais reconnaître là un éloge d'Auguste. Eh bien, quand tu te laisses appeler sage, homme irréprochable, réponds-tu, je te le demande, à des noms qui te conviennent? — J'aime tout autant que toi à entendre dire que je suis honnête et sensé. — Mais le peuple, qui accorde aujourd'hui ces titres, pourra demain, s'il le veut, les retirer; de même que, quand il s'imagine avoir déféré les faisceaux à un indigne, il les lui retire.
(Horace, Epîtres, liv. Ier, xv, v. 29.)