RETOUR DE MARIUS A ROME
Au premier retour de la fortune, Marius fait tomber les fers d'une foule d'esclaves, et leurs mains farouches se débarrassent des chaînes qu'ils avaient dans leurs cachots. On ne donne à porter les enseignes du général qu'à ceux qui ont déjà fait l'apprentissage du crime et ont apporté dans le camp quelque forfait. 0 destins! Quel jour, quel jour que celui où Marius vainqueur s'empara de nos murs ! Comme la mort cruelle accourut à grands pas! Les nobles périssent avec les plébéiens ; le glaive se promène au loin ; aucune poitrine ne peut détourner le fer. Le sang inonde les temples ; le pied
(1) Lire dans le texte ce vers sauté ; ....priores
Aspernata famés; cultus gestare decoros.
glisse sur les dalles humides, rongies par tant de massacres. L'âge ne sauve personne ; on n'a pas honte de hâler la dernière heure du vieillard au déclin des ans, ni» de couper la trame naissante des jours de l'enfant, sur le seuil même de la vie. Et par quel crime ces jeunes victimes ont-elles pu mériter la mort? Elles pouvaient mourir : c'était assez! La fureur ne connaît plus de frein; il lui semble que c'est de la lenteur que de chercher des coupables. La plupart périssent pour augmenter le nombre des victimes; le vainqueur tout sanglant arrache la tête de troncs inconnus, parce qu'il rougirait de marcher les mains vides. Le seul espoir de salut, c'est de baiser en tremblant la main souillée du vainqueur. Quoique mille glaives se lèvent à de nouveaux signaux de mort, ô peuple dégénéré ! des hommes n'accepteraient pas la honte de vivre à ce prix par de longs siècles, et le déshonneur ne te donne que quelques jours de vie, quand Sylla retient. Qui aurait le temps de pleurer tant de funérailles? Fimbria déchire les deux Crassus mutilés.
(La Pharsale, chant II, v. 97 et suiv.)
GGXXIII.
La « Pharsale. »