CÉSAR A SES SOLDATS RÉVOLTÉS
« Soldat, qui naguère, en mon absence, me menaçais de tes regards et de ton bras, me voici, la poitrine nue et prête à recevoir tes coups. Laisse là ton épée et fuis, si tu veux en finir avec la guerre. Us trahissent la lâcheté de leur cœur, des séditieux qui n'osent rien de hardi, des jeunes gens qui n'ont conspiré que pour la fuite, dans leur lassitude des triomphes d'un chef invincible. Partez, abandonnez-moi à mes destins, dans la guerre que j'ai à poursuivre. Ces armes trouveront des bras pour les porter, et, vous chassés, la fortune saura me rendre autant de braves qu'il y aura de traits disponibles. Quoi ! le grand Pompée est en fuite et les nations de l'Hespérie l'accompagnent avec tant de navires, et la fortune ne me donnerait pas une troupe pour recueillir seulement le fruit d'une guerre qui s'achève, pour vous ravir le prix de vos travaux et pour accompagner sans blessure
mon char couronné de lauriers ? Et vous, tourbe méprisée, vieillie, épuisée (1), redevenue plèbe romaine, vous contemplerez nos triomphes ! Croyez-vous que la marche de César puisse ressentir quelque dommage de votre fuite ? C'est comme si tous les fleuves menaçaient l'Océan de lui retirer le tribut des ondes qu'ils mêlent à ses flots -: ils n'abaisseraient pas plus ses eaux en se retirant qu'ils ne les grossissent aujourd'hui. Croyez-vous avoir pesé de quelque poids dans ma fortune ? La foule suit aveuglément ses chefs ; le genre humain ne vit que pour quelques hommes. »
(La Pharsale, chant V, v. 320 et suiv.)
La « Pharsale. »