ÉLOGE DE POMPÉE PAR CATON
« Un citoyen est mort, dit-il, bien inférieur à nos ancêtres dans la connaissance des limites du droit, mais pourtant utile en ce siècle qui n'a plus aucun respect pour la justice. Puissant, sans porter atteinte à la liberté, il resta seul homme privé, quand le peuple était prêt à se faire son esclave. Chef du sénat, mais du sénat souverain, il ne s'arrogea rien par le droit delà guerre, et tout ce qu'il voulait qu'on lui donnât, il voulait aussi qu'on pût le lui refuser. Il posséda d'immenses richesses; mais il fit entrer dans le trésor public plus d'argent qu'il n'en garda pour lui. Il saisit le glaive; mais il sut le déposer. Il préféra les armes à la toge, mais sous les armes il aimait la paix. Général, il fut heureux d'accepter le pouvoir, heureux de le quitter. Sa maison était chaste, fermée au luxe, et jamais elle ne se laissa corrompre par la fortune du maître. Son nom était illustre, vénéré des nations et faisait beaucoup (2) pour la gloire de notre ville. Jadis la véritable liberté disparut, quand furent acceptés comme dictateurs Sylla et Marius. Aujourd'hui que Pompée est ravi au monde, l'ombre même de la liberté s'évanouit. Désormais on ne rougira plus de régner ; la tyrannie ne prendra plus de
1) Lire dans le texte exhaustaque sanguine turba, sans accent. (2; Lire dans le texte multum, au lieu de multu.
masque, le sénat n'aura plus aucun prestige. Heureux, toi, qui as trouvé la mort après la défaite et à qui le crime de Pharos a présenté l'épée qu'il t'eût fallu chercher toi-même. Peut-être aurais-tu pu vivre sous le règne de ton beau-père. Sovoir mourir, c'est pour un homme de cœur le premier des biens ; y être contraint, c'est le second. »
(La Pharsale, chant IX, v. 1 90 et suiv.)