‹ Cours de versions latinesChapitre 125 sur 214 · SENEQUE LE PHILOSOPHE · texte numérisé non relu

SENEQUE LE PHILOSOPHE

CGXXXYIII .

Le « De Ira » ou « De la colère. »

« Mais, dira quelqu'un, la colère est nécessaire contre les ennemis. » — Jamais elle ne l'est moins : à la guerre, il ne fau t point d'ardeur déréglée, mais un courage tempéré par la discipline. Quelle aulre chose a reûdu inférieurs à nous ces barbares dont les corps sont bien plus robustes, bien plus endurcis aux travaux, si ce n'est la colère, toujours très nuisible à elle-même ? Les gladiateurs aussi, c'est l'art qui les protège, c'est la colère qui les expose aux coups. D'ailleurs, qu'est-il besoin de colère, quand la raison atteint le même but? Crois-tu que le chasseur se mette en colère contre les bêtes fauves? Cependant, il les attend quand elles viennent à lui; il les poursuit quand elles s'enfuient, et la raison fait tout cela sans la colère. Qu'est-ce qui anéantit tant de milliers de Cimbres et de Teutons, répandus sur les Alpes, si bien que la renommée seule, à défaut de courrier, porta chez eux la nouvelle d'un si grand désastre, si ce n'est la colère qui leur tenait lieu de courage? Si quelquefois elle renverse et détruit tous les obstacles, plus souvent aussi elle se perd elle-même. Quoi de plus brave que les Germains? Quoi de plus impétueux dans l'attaque? Quoi de plus passionné pour les armes, au milieu desquelles ils naissent et grandissent, qui sont l'unique affaire de leur vie et qui leur font négliger tout le reste? Quoi de plus endurci à tout souffrir? car la plupart d'entre eux ne songent nia couvrir leurs corps ni à s'abriter contre l'inclémence perpétuelle du climat. De tels hommes, cependant, sont taillés en pièces par les Espagnols et les Gaulois, par les troupes sans vigueur de l'Asie et de la Syrie, avant même qu'une légion romaine se montre,

et cela sans autre cause que la colère, qui les livre à leurs ennemis.

{De la Colère, liv. Ier, ch. xi.)

GGXXXIX.

La a Consolation à Helvia. »

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