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SUR UF CHOIX DES AMIS

Tu as donné à ton ami, m'écris-tu, une lettre à me remettre ; puis, tu me préviens de ne pas lui communiquer

lout ce qui te concerne, attendu que toi-même tu n'es pas dans l'habitude de le faire. Ainsi dans la même lettre tu le reconnais pour ami et tu le désavoues. Tu t'es donc servi du mot par lequel tu débutes comme d'une formule banale, et tu l'as appelé mon ami comme nous appelons hommes honorables tous les candidats aux honneurs, comme nous saluons du nom de monsieur les passants dont le nom ne nous revient pas. Pour cela, passe; mais si tu liens pour ami quelqu'un en qui tu n'as pas autant de confiance qu'en loimême, tu te trompes étrangement et tu ne connais guère le caractère de la véritable amitié. Délibère sur toutes choses avec ton ami ; mais auparavant délibère sur lui-même. Ami, il faut être confiant; avant d'être ami, il faut être juge. Us prennent au rebours et intervertissent les devoirs, ceux qui, contrairement aux préceptes de Théophraste, n'examinent qu'après s'être attachés et se détachent après l'examen. Réfléchis longtemps pour savoir si tu dois prendre quelqu'un pour ami; quand tu auras résolu de le faire, reçois-le à cœur ouvert ; parle-lui aussi librement qu'à toi-même. Vis de manière à n'avoir rien à t'avouer que tu ne puisses avouer même à un ennemi ; mais comme il survient de ces choses qu'il est d'usage de tenir cachées, communique à ton ami toutes tes affaires et toutes tes pensées. Si tu le crois fidèle, tu l'obligeras à l'être. Certaines gens ont enseigné à les tromper en craignant qu'on ne les trompât et ont donné par leurs soupçons le droit de les trahir. Et pourquoi donc des réticences devant mon ami? Pourquoi ne pas me croire seul en sa présence?

{IIIe Lettre à Lucilius.)

GGXLVII.

Les « Questions naturelles. »

Les miroirs ont été inventés pour que l'homme se connût lui-même. De là plusieurs avantages : d'abord la connaissance de sa personne, puis quelquefois d'utiles conseils. La beauté fut prévenue d'éviter ce qui déshonore ; la laideur, de savoir racheter par des mérites tout ce qui lui manque en beauté ; la jeunesse, de songer que cette fleur de l'âge est le temps des fortes études et des entreprises énergiques ; la

vieillesse, de renoncer à ce qui messied aux cheveux blancs et de songer un peu à la mort....

Dans la suite, quand le luxe eut tout envahi, on vit des miroirs de la grandeur du corps entier, ciselés en or et en argent, enfin ornés de pierreries; et le prix que coûte à une femme un de ces miroirs excéda la dot que jadis le trésor public donnait aux filles des généraux pauvres. Croyez-vous que les filles de Scipion, dont la dot fut une masse de cuivre, eurent des miroirs étincelants d'or? Heureuse pauvreté, qui leur valut une pareille distinction ! Elles n'eussent pas reçu du sénat une dot qui n'était pas de celles qu'on peut rendre. Aujourd'hui, de simples filles d'affranchis n'auraient pas assez, pour un seul miroir, de la dot que le peuple romain

donna à Scipion.

(Questions naturelles, liv. Ier, ch. xvn.)

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