POMPONIUS MELA
CGLIII.
Description de l'antre de Coryque en Gilicie.
Il est un antre, appelé antre de Coryque, tellement remarquable qu'il n'est pas facile de le décrire. Son entrée est grande ouverte; puis il s'enfonce profondément dans la terre et s'élargit à mesure qu'il s'abaisse : des arbres verdoyants y laissent pendre leurs branches de toutes parts et ombragent ses lianes dans toute leur étendue. Ce spectacle est si merveilleux et si beau qu'au premier aspect il trouble l'esprit de ceux qui en approchent; mais, dès qu'on peut le contempler longtemps, on ne s'en rassasie pas. Il n'y a, pour descendre dans la caverne, qu'un sentier étroit, difficile, long de quinze cents pas, conduisant à travers d'aimables ombrages et une forêt touffue, d'où s'échappe je ne sais quel murmure champêtre, formé par des filets d'eau qui coulent çà et là. Quand on est arrivé au fond de cet antre, un second s'ouvre aux regards, éclairé pendant un certain temps et bientôt de plus en plus obscur à mesure qu'on s'y enfonce. Là, un large fleuve, s'échappant d'une source immense, ne fait que se montrer, et après avoir roulé avec grand fracas dans un lit assez court, il disparaît dans un gouffre où il s'engloutit. Quant à l'étendue de cette caverne, si effrayante que personne n'a encore osé pénétrer jusqu'au fond, elle est inconnue. Elle porte, du reste, dans son ensemble, une empreinte auguste et vraiment sacrée : on l'a crue digne, et elle l'est, d'être habitée par les dieux. Il n'y a rien qui n'y soit vénérable, et tout s'y montre comme plein d'une divinité.
(Description de la terre, liv. Ier, ch. xm.)
Description sommaire de l'Europe.
L'Europe a pour bornes, à l'orient, le Tanaïs, le Méotide et le Pont-Euxin; au midi, le reste de notre mer; à l'occident, l'océan Atlantique ; au septentrion, l'océan Britan-
nique. Ses bords et la forme de ses rivages, depuis le Tanaïs jusqu'à l'Hellespont, depuis les rives de ce tleuve jusqu'à l'endroit où les contours du Méotide aboutissent au Pont-Euxin et jusqu'aux côtes de la Propontide et de l'Hellespont, ont une configuration, non pas contraire, mais semblable aux rivages correspondants de l'Asie. De l'Hellespont jusqu'au détroit, ils sont tantôt tout à fait rentrants, tantôt saillants, et forment trois golfes très profonds et autant de promontoires qui s'avancent hardiment dans la haute mer. En dehors du détroit, le rivage se prolonge vers l'occident, où sa forme est très irrégulière, surtout au milieu ; puis il s'étend vers le nord, presque en ligne droite, sauf deux endroits où il s'enfonce profondément dans les terres.
La mer que forme le premier golfe s'appelle mer Egée; celle que forme le second, c'est la mer qui se nomme Ionienne au commencement et Adriatique dans l'intérieur des terres; celle que forme le dernier, c'est la mer que nous nommons mer Tuscienne et les Grecs mer Tyrrhénienne.
La première des contrées de l'Europe, c'est la Scythie, qui s'étend depuis le Tanaïs jusqu'à peu près au milieu de la côte du Pont-Euxin. Vient ensuite la Thrace, qui touche à une partie de la mer Egée et se joint à la Macédoine. Plus loin, la Grèce s'avance et sépare la mer Egée de la mer Ionienne. L'Illyrie occupe une des côtes de l'Adriatique. L'Italie se prolonge entre cette mer et la mer Tuscienne. Au fond de cette dernière est la Gaule, et plus loin l'Espagne. Celte contrée a deux directions différentes, d'abord vers l'occident, puis vers le septentrion durant un long espace. Ensuite vient encore la Gaule qui, des bords de notre mer, s'avance jusqu'à une grande distance vers l'ouest. Au delà de la Gaule, la Germanie s'étend jusqu'au pays des Sarmates, qui touchent à l'Asie.
(Description de la terre, liv. I8r, ch. in.)