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DÉPART DES ARGONAUTES

Ils se dispersent en courant sur le vaisseau : ceux-ci ajustent les antennes au mât élevé ; ceux-là essaient les rames en effleurant les eaux ; Argus, du haut de la proue, détache le câble. Les gémissements des mères redoublent; le courage même défaut au cœur des pères. Us fondent en larmes et se tiennent dans de longs embrassements. Une voix pourtant domine toutes les lamentations : c'est celle d'Alcimède, qui éclate en sanglots et dont le désespoir surpasse les vociférations des autres femmes autant que la trompette de Mars écrase les sons du buis de l'Ida. « Mon fils, dit-elle, tu vas affronter de redoutables périls, et nous nous séparons! Mon cœur n'a pu jusqu'ici se préparer à cette séparation ! Je ne craignais pour toi que la terre et les combats. 11 me faut à présent adresser mes prières à d'autres dieux ! Si les destins te rendent à ma tendresse ; si les flots se laissent toucher par les mères tremblantes, je puis certainement

supporter la lumière et de longues alarmes. Mais si la Fortune en dispose autrement, aie pitié d'une mère, ô Mort clémente, tant qu'elle n'a qu'à craindre sans avoir encore à souffrir. Hélas ! comment aurais-je redouté Colchos et l'enlèvement de la toison de Phryxus? Quels jours, quelles nuits d'inquiétudes et de cruelles insomnies je prévois désormais! Toutes les fois que les flols mugissants viendront frapper le rivage, la crainte de la mer et du ciel de Scythie me fera défaillir. La sérénité même de notre ciel ne me fera croire rien de bon sur ton compte. De grâce, embrasse-moi encore ; laisse-moi des paroles qui se gravent dans mon oreille, et presse mes yeux de ta main chérie !

(Les Argonauliques, chant Ier, v. 312 et suiv.)

CGLXI.

Les « Argonautiques. »

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