‹ Cours de versions latinesChapitre 134 sur 214 · ALLOCUTION D'ANTIGONE A POLYNICE · texte numérisé non relu

ALLOCUTION D'ANTIGONE A POLYNICE

Dès qu'Antigone reconnaît Polynice sous les armes de son père et qu'elle le voit, ô crime, s'avancer contre les remparts, le javelot à la main et des paroles superbes à la bouche, elle remplit tout l'espace de grands cris plaintifs, el, penchée en avant des murs, comme si elle eût voulu en descendre, elle s'écrie : « Retiens tes traits dans ta main et considère un instant cette tour, ô mon frère ! et tourne vers moi l'aigrette sanglante de ton casque; pardonne, je t'en conjure; apaise ta colère ; c'est le vœu de l'une et de l'autre nation et des deux armées; c'est le vœu de cette Antigone qui a consacré sa vie aux malheurs des siens, de cette Antigone suspecte au roi et qui n'est une sœur que pour toi, cruel. Laisse voir du moins ta figure et les joues enflammées de colère. Qu'il me soit permis de regarder peut-être pour la dernière fois ton visage et de voir si tu pleures avec moi. Les plaintes et les supplications de sa mère ont fléchi Etéocle et on dit qu'il remet l'épée dans le fourreau. Toi, tu es encore inflexible pour moi, pour moi, qui, jour et nuit, gémis sur ton exil et sur tes erreurs. Pourquoi justifier ton frère de son crime ? Oui, il a violé la foi jurée et les traités établis. Oui, il est coupable et cruel pour les siens : cependant, voilà qu'il ne répond pas à ton appel. » Ces paroles commençaient à calmer un peu la fureur de Polynice, malgré les efïorts et les suggestions contraires de la Furie Erinnys. Déjà il était presque vaincu, lorsque tout à coup Etéocle, repoussant sa mère et entraîné par la Furie, brise les portes et s'écrie : « Me voilà ! et mon seul regret, c'est que tu m'aies provoqué le premier. Ne me reproche point ce retard : ma vieille mère gardait mes armes. Mais maintenant, ô ma patrie, ô terre qui n'as jamais su quels étaient tes rois, tu appartiendras certainement au vainqueur! » Et Polynice non moins furieux : «O toi, s'écrie-t-il, qui te montres enfin mon frère, après t'être fait longtemps

attendre, viens te mesurer avec moi ; voilà les seules lois, les seuls traités qui subsistent encore ! »

(La Thébaïde, liv. XI, v. 3.60 et suiv.)

L' « Achilléide. »

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