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DÉBUT DU PREMIER CHANT

Muse, chante le magnanime fils d'Eaque, que le maître du tonnerre redouta d'avoir pour enfant et qu'il priva du droit de monter au ciel de son père. Bien que le chantre de Méonie ait célébré les exploits si illustres de ce héros, un grand nombre est resté dans l'oubli. Mon désir est que tu me permettes de parcourir toute sa vie, de l'arracher de sa retraite de Scyros au bruit de la trompette d'Ulysse, de ne pas m'arrêter lorsqu'il traîne Hector dans la poussière, mais de suivre le jeune héros pendant tout le cours de la guerre de Troie.

Et toi, Phébus, si naguère j'ai bu avec succès les eaux de la fontaine sacrée, permets-moi d'y puiser de nouveau et ceins mon front d'une seconde couronne. Ce n'est point en étranger que j'aborde les bosquets d'Aonie; ce n'est pas pour la première fois que les blanches bandelettes ornent mon front. Les champs de Dircé me connaissent; Thèbes redit mon nom parmi les noms de ses aïeux et m'associe à son Amphion.

Et toi, qu'admire entre tous l'élite de la Grèce et de l'Italie, toi pour qui fleurissent à l'envi le laurier du poète et celui du guerrier (le premier a regret cependant de la préférence accordée jusqu'ici au second), pardonne-moi et souffre qu'en tremblant j'arrose encore quelque temps cette carrière de ma sueur (i). Depuis longtemps, je me prépare à te chanter et, dans la défiance où je suis de mes forces, c'est par le grand Achille que je vais préluder.

Le berger troyen avait détaché sa flotte du rivage d'.Ebalie, après l'aimable larcin fait à la confiante Amyclée, et, accomplissant les présages du songe maternel, il reprenait son coupable voyage et traversait les flots que du fond de la mer,

(1) Lire dans le texte sudare, au lieu de suadere.

où elle a été plongée, Hellé, nouvelle Néréide, gouverne à regret, lorsque Thétis (hélas ! les pressentiments d'une mère ne se trompent jamais) s'épouvante, au fond de l'abîme transparent, du bruit des rames troyennes.

(L'Achilléide, liv. Ier, début.)

Les « Silves. »

STACE ÉCRIT À UN AMI POUR L'iNVÏTER A VENIR JOUIR AVEC LUI DES AGRÉMENTS DE LA CAMPAGNE.

Viens, cher ami, et sous mes auspices abandonne Rome : viens en transfuge habiter avec moi les collines de Parlhénope, ces collines auxquelles la douceur de l'hiver et la fraîcheur de l'été donnent un climat heureusement tempéré; ces collines que la mer, en se jouant, baigne de ses ondes inoffensives. La paix et la sécurité régnent dans ces lieux ; on y vit dans une molle oisiveté ; jamais le repos n'y est troublé ni le sommeil interrompu. Point de débats furieux au forum; point de lois écrites, sources de procès : les usages tiennent lieu de droit ; l'équité gouverne seule et sans faisceaux.

Faut-il te vanter la magnificence des spectacles, la beauté des lieux, ces temples, ces promenades semées d'innombrables colonnes et ces deux immenses édifices : le cirque et le théâtre? P'aut-il te vanter le rire et le franc parler de Ménandre dans des pièces où la gravité romaine tempère la licence grecque? Les plaisirs variés de la vie ne manquent pas aux alentours, soit qu'il te plaise de visiter le délicieux rivage de Baia, aux bains fumants, ou la demeure sacrée de la fatidique Sibylle, ou le cap illustré par le pilote troyen ; soit que tu veuilles parcourir les riches vignobles du Gaurus, consacré à Bacchus, et les écueils de Caprée, où brille un phare, dont l'éclat, rivalisant avec celui de la lune, reine des nuits, prête sa lumière aux nautoniers tremblants, et les collines de Sorrente, qui ne sont pas chères au seul Bacchus.

Je pourrais le citer mille agréments de notre terre; mais c'est en avoir assez dit ; un seul mot suffît : elle m'a créé pour toi et pour être Ion compagnon pendant de longues années- Et n'est-elle pas digne de passer pour notre mère et

notre nourrice à tous les deux? Viens donc, je t'en prie, et que, loin de moi, le superbe roi des eaux, le Tibre, et les palais du belliqueux Quirinus soient sans charmes à les yeux.

(Les Silves, liv. III, 6.)

SULPIGIA

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