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MARTIAL

CCLXXI1L

Martial regrette la campagne et se plaint de l'ennui qu'il éprouve à la ville.

Le soleil est riant , la terre se revêt de verdure et l'arbre de. feuillage, et les bourgeons poussent sur l'écorce gonflée de la vigne. Quels chants poétiques, quelles inspirations Rome ne me ravit-elle pas? 0 vallées! ô douceur du repos en simple tunique! ô bocage! ô fontaines! ô rivage au sable humide, mais ferme ! ô resplendissant Anxur que baignent les eaux de la mer! Tant que j'habitai les retraites aimées de la riante Campanie, et la délicieuse Baia, et ma maison assise sur le rivage, et le bois que ne trouble jamais, sous les ardeurs du Cancer, le cri des cigales inhumaines, et ces lacs semblables à des neuves, j'avais le loisir de célébrer avec vous les doctes Piérides. Aujourd'hui, l'immense Rome m'écrase. Quand donc ai-je un jour à moi? Ballottée dans cette ville comme en pleine mer, ma vie s'y consume en de stériles travaux. Parce que dans toute l'année je produis à peine un seul livre, je suis, à vos yeux, coupable de paresse, Quintilien. Ce qui devrait vous étonner à bien plus juste titre, c'est que j'en produise un, alors que tous mes jours glissent, pour ainsi dire, entre mes doigts. Tantôt je reçois jusqu'à la nuit des amis qui me rendent ma visite; tantôt, c'est à la première heure, tantôt c'est à la cinquième que je suis pris ; c'est tantôt le consul et tantôt le préteur qui me

retiennent, ou les applaudissements au théâtre. Souvent la journée se passe à entendre un poète. Impossible de refuser impunément quelques minules à un avocat, à un rhéteur, à un grammairien qui vous réclament. Après la dixième heure, le bain, les soupers, les longues conversations. Quand donc, ô Quintilien, ferais-jemon livre?

(Epigrammes, liv. X, 57, 58, 70.)

A un Plagiaire.

Il n'y a dans mes livres, Fidentinus, qu'une seule page de ta façon, mais si bien marquée du cachet de son maître qu'elle trahit manifestement le larcin de tes vers. Ainsi la cape du Lingon, mêlée à la pourpre de Tyrianlhe du citadin, la tache odieusement de graisse ; ainsi la vaisselle déterre d'Arétium jure parmi des cristaux; ainsi l'on rit du noir corbeau, lorsqu'il erre par hasard sur les rives du Caystre au milieu des cygnes chéris de Léda ; ainsi, lorsque les bois sacrés retentissent des chants répétés de Philomèle, l'on est choqué d'entendre la pie voleuse mêler ses cris aux plaintes de l'oiseau de Cécrops. Mes livres n'ont besoin ni d'accusateur ni de vengeur; ta page s'élève contre toi et dit : « Tu es un voleur. »

Je vous recommande mes vers, Quintianus, si toutefois je puis appeler miens les vers que récite certain poète de vos amis. S'ils se plaignent de leur dur esclavage, soyez leur défenseur et leur appui, et, quand cet autre se dira leur maître, déclarez qu'ils sont à moi et que je les ai affranchis. En protestant ainsi trois et quatre fois, vous rappellerez le plagiaire à la pudeur.

(Epigrammes, liv. I", 54, 55.)

CGLXXV.

Sur les jardins de Jules Martial.

Jules Martial possède, le long du mont Janicule, quelques arpents de terre plus riants que le jardin des Hespérides. De larges grottes sont creusées sur le penchant des collines, dont

les sommets aplanis et peu élevés jouissent d'un ciel plus serein et brillent seuls d'une lumière spéciale, tandis qu'un nuage circulaire couvre 3a vallée. Le faîte délicat de la villa s'élève avec grâce vers la pure demeure des astres. De là, on peut voir les sept collines maîtresses du monde, embrasser toute l'étendue de Rome, ainsi que les collines d'Albe, celles de Tusculum, les retraites pleines de fraîcheur assises audessous de la villa, l'antique Fidène, la petite Rubra. De là encore, sur les voies Flaminienne et Salarienne, on voit passer le voyageur, sans entendre le bruit du char qui le porte : les douceurs du sommeil n'y sont troublées ni par le fracas des roues, ni par les cris des matelots, ni par les clameurs des portefaix, quoique le pont JVJulvius soit si proche et que les navires glissent avec la rapidité de l'oiseau sur les eaux sacrées du Tibre. Le maître de cette campagne ou de cette maison, comme il faut plutôt la nommer, en rehausse encore le mérite : vous la croiriez à vous, tant on y connaît peu l'envie, tant elle s'ouvre libéralement, aimablement à l'hospitalité. Vous croiriez que ce sont les pieux pénates d'Alcinoûs ou de Molorchus récemment enrichi. Pour vous, qui estimez très peu tous ces avantages, allez, armés de houes, dompter le sol du froid Tibur et de Préneste ; affermez à un seul colon tous les coteaux de Sétia; moi, je préfère à tout cela les quelques arpents de Jules Martial.

(Epigrammes, liv. IV, 64.)

QU1NTILIEN

GCLXXVI.

L' « Institution oratoire. »

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