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DE LA LECTURE DES HISTORIENS ET DES ORATEURS CHEZ LE RHÉTEUR

Il y a deux excès que je crois surtout à éviter avec les enfants : le premier, c'est qu'un maître, par une admiration outrée de l'antiquité, ne les fasse s'endurcir à la lecture des Gracques, de Caton et d'autres semblables orateurs; car alors ils deviendraient âpres et secs ; en effet, leur intelligence ne pourra atteindre à la vigueur de ces écrivains, et ils se croiront semblables à ces grands hommes, en se contentant, ce qui est la pire des choses, d'imiter leur style, excellent sans doute pour leur époque, mais étranger à la nôtre. Le second excès, différent du premier, c'est que, séduits par les fleurs de mauvais goût du langage récemment mis à la mode, ils ne s'abandonnent aux dangereux attraits d'un genre très flatteur par lui-même et d'autant plus agréable aux jeunes gens qu'il est plus à leur portée. Mais leur juge-

ment une fois affermi et hors de tout danger, je leur conseillerai de lire et les anciens, parce que, si en enlevant la rouille de siècles grossiers, on s'approprie la substantielle et mâle vigueur de leur génie, notre élégance brillera d'un plus vif éclat, et les modernes, parce qu'il y a en eux beaucoup de mérites En effet, la nature ne nous a pas déshérités pour êlre venus tard ; seulement, nous avons changé le genre de style et nous nous sommes laissé aller plus qu'il ne le fallait à notre pente. Aussi, est-ce moins par le génie que par la sagesse que les anciens nous ont surpassés. Il nous faudra donc choisir beaucoup et veiller à ce que le bon ne soit pas gâté par le mauvais, auquel il est mêlé. Au surplus, j'accorderai volontiers, je soutiendrai même qu'il y a eu naguère, qu'il y a encore des écrivains qu'il faut imiter en tout.

(Institution oratoire, liv. II, ch. v.)

CGLXXIX.

L' « Institution oratoire. »

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