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LÀ PAROLE EST LE PRIVILÈGE DE L'HOMME

Le dieu souverain, auteur de la nature et ouvrier du monde, n'a séparé l'homme des autres animaux, destinés à mourir, par aucun trait plus frappant que la faculté de parler. En effet, nous voyons que, tout muets qu'ils sont, ils nous surpassent en grandeur, en forces, en fermeté, en résistance, en vitesse ; ils ont moins besoin que nous des secours étrangers. Ils savent plus tôt que nous marcher, se nourrir, traverser l'eau à la nage, et cela sans autre maître que la nature elle-même. La plupart ont dans leur corps un vêtement contre le froid ; ils naissent avec des armes ; leur nourriture est presque sous leurs pas. Tout cela coûte à l'homme beaucoup de peine. La raison est donc le principal apanage que nous a donné le Créateur et par laquelle il a voulu nous associer aux dieux immortels. Mais la raison elle-même ne nous serait pas si utile et ne se manifesterait pas si bien en nous, si nous ne pouvions exprimer par la parole les conceptions de notre esprit; et c'est cette faculté qui nous semble manquer aux autres animaux plutôt qu'une sorte d'intelligence

et de réflexion. En effet, se bâtir des retraites, construire des nids, élever et reconnaître ses petits, et même mettre en réserve des aliments pour l'hiver, faire des travaux dont quelques-uns sont inimitables pour nous, tels que la cire et le miel, tout cela semble être le fruit d'un peu de raison. Mais parce que les auteurs de ces merveilles sont privés de la parole, on les appelle muets et sans raison.

(Institution oratoire, liv. II, ch. xvi.)

CGLXXX.

L' « Institution oratoire. »

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