ÉLOGE DE L'ÉLOQUENCE
Je passe au plaisir que procure l'éloquence oratoire, plaisir dont la douceur n'est pas d'un seul instant, mais de presque tous les jours, de presque toutes les heures. Quoi de plus doux, en effet, pour une âme libre, généreuse et née pour les nobles jouissances, que de voir sa demeure incessamment remplie par le concours nombreux des hommes les plus distingués, et de savoir que ce n'est ni à son argent, ni à son manque d'héritier, ni à l'exercice de quelque fonction, mais à sa personne même que s'adresse cet honneur? Bien plus, les hommes sans héritiers, les riches, les puissants, sont les premiers à venir chez un orateur jeune et pauvre, pour le charger de conjurer leurs périls ou ceux de leurs amis. Y a-t-il dans la plus grande opulence, dans la puissance la plus haute, une satisfaction égale à celle de voir des hommes âgés et pleins de jours, forts de la considération de toute la ville, au sein de l'abondance de toutes choses, confesser qu'ils n'ont pas le premier de tous les biens ? Et quand l'orateur sort en public, quel cortège de clients! quelle représentation ! Et dans les tribunaux, quel respect il inspire! Quelle joie pour lui de se lever, d'être debout au milieu du silence universel, d'attirer sur lui seul tous les regards, de voir le peuple se réunir, faire cercle autour de lui et se laisser aller à tous les sentiments que l'orateur juge à propos de revêtir !
{Dialogue des orateurs, ch. vi.)
CCLXXXIY. Le « Dialogue des orateurs. »