LA CHASSE AUX TESTAMENTS
Prépare ton as et écoute une histoire qui vaut son pesant d'or; que dis-je? des histoires; car la dernière m'a rappelé les précédentes et je commencerai par n'importe laquelle. Véranie, veuve de Pison, je parle de ce Pison qui fut adopté par Galba, était gravement malade. Régulus vint la voir. C'était d'abord une impudence de la part d'un homme qui avait été l'ennemi déclaré de son mari et qui était en horreur à la malade elle même. Passe encore pour la visite; mais il s'assied tout près de son lit, lui demande quel jour et à quelle heure elle est née. Dès qu'il l'a appris, il compose son visage, fixe ses yeux, remue les lèvres, agite ses doigts, compte, dans le seul but de tenir longtemps en suspens l'esprit de la pauvre malade : « Vous êtes, dit-il, dans votre année climatérique ; mais vous guérirez. Pour vous en donner une plus grande certitude, je vais consulter un devin, dont je me suis souvent fort bien trouvé. » A l'instant, il fait un sacrifice et affirme que les entrailles des victimes sont d'accord avec le témoignage des astres. Cette femme, crédule comme on l'est dans le péril, fait un codicille et laisse un legs à Régulus. Peu après le mal s'aggrave , et mourante elle s'écrie : « Le scélérat, le perfide, qui enchérit même sur le parjure ! » Il avait, en effet, juré par la vie de son fils. Régulus commet
souvent cette scélératesse : il dévoue à la colère des dieux, qu'il trompe tous les jours, la tête de son malheureux enfant !
(Lettres, liv. II, xx.)
CCGIII.
Les « Lettres » de Pline le Jeune.