‹ Cours de versions latinesChapitre 163 sur 214 · SUETONE · texte numérisé non relu

SUETONE

GGGV.

Portrait de Germanicus.

On sait assez que Germanicus avait en partage, et à un degré que n'atteignit jamais personne, toutes les qualités du corps et de l'âme : une beauté et une valeur singulières, un génie qui excellait soit dans l'éloquence, soit dans l'érudition, une rare bienveillance, une application merveilleuse et efficace à se concilier les bonnes grâces des hommes et à mériter leur affection. La maigreur de ses jambes n'était guère en harmonie avec sa beauté; mais elle disparut peu à peu, grâce à de continuels exercices à cheval après les repas. Il frappa souvent l'ennemi de près. 11 plaida des causes, même après son triomphe. Entre autres monuments de ses études, il nous a laissé des comédies grecques. Affable au forum comme chez lui, il entrait sans licteurs dans les villes libres et alliées. Reconnaissait-il quelque part des tombeaux d'hommes illustres, il offrait un sacrifice funéraire à leurs mânes. Désireux de donner une même sépulture aux restes épars des légions massacrées jadis dans le désastre de Varus, il travailla le premier à les recueillir de ses propres mains pour les porter en un endroit commun. Indulgent même envers ses détracteurs, il ne leur nuisit jamais, quels qu'ils fussent et quel que fût le motif de leur animosité.

(Les Douze Césars, Caligula (1), ch. ni.)

(1) Et non Tibère, comme le porte le texte des Versions, p. 578.

CGC VI.

Portrait de Tibère.

Tibère était gros et robuste; d'une taille au-dessus de l'ordinaire, large des épaules et de la poitrine, il avait, de la tête aux pieds, tous les membres bien faits et bien proportionnés. Sa main gauche était plus agile et plus forte que la droite : les articulations en étaient si solides qu'il perçait du doigt une pomme récemment cueillie et intacte, et que, d'une chiquenaude, il blessait à la tête un enfant et même un adulte. Il avait le teint blanc, les cheveux un peu longs derrière la tête et tombant sur le cou : ce qui semblait être chez lui un usage de famille. Sa figure était belle, mais sujette à se couvrir subitement de nombreux boutons. Il avait de très grands yeux, et, chose étonnante, ils y voyaient pendant la nuit et dans les ténèbres, mais seulement pour peu de temps et lorsqu'ils s'ouvraient après le sommeil ; ensuite, sa vue s'obscurcissait. 11 marchait le cou raide et penché, d'un air presque sévère et le plus souvent silencieux. Jamais ou presque jamais il ne conversait avec ceux qui l'entouraient, ou s'il leur parlait, c'était avec beaucoup de lenteur et en gesticulant négligemment de ses doigts. Toutes ces habitudes disgracieuses et pleines d'arrogance, Auguste les avait remarquées et il avait essayé plus d'une fois de les excuser auprès du sénat et du peuple, comme « des défauts venant de la nature, et non du caractère. » Tibère jouit d'une santé inaltérable pendant presque tout le temps de son règne, quoique, depuis l'âge de (rente ans, il la gouvernât à son gré, sans l'aide et le conseil des médecins.

(Les Douze Césars, Tibère, ch. lxviii.)

CGGVII.

Portrait de Néron.

Néron avait une taille à peine ordinaire, un corps hideux et couvert de taches, une chevelure un peu blonde, une figure plutôt belle qu'agréable, des yeux bleus et faibles, le cou épais, le ventre proéminent, les jambes grêles, une santé

florissante. En effet, malgré ses débauches effrénées, il ne fut malade que trois fois en quatorze ans, et encore sans être obligé de s'abstenir de vin ou de rien changer à ses habitudes. Il avait si peu de décence dans sa mise et sa tenue que, dans son voyage en Grèce, il laissa retomber derrière sa tête ses cheveux, qui d'ailleurs étaient toujours disposés en étages, et que souvent il parut en public revêtu d'une robe de festin, un mouchoir autour du cou, sans ceinture ni chaussure.

Il s'essaya dès son enfance à presque tous les arts libéraux. Mais sa mère le détourna de la philosophie, en lai disant qu'elle était nuisible à un empereur. Son précepteur Sénèque le détourna aussi de la connaissance des anciens orateurs, afin de fixer plus longtemps sur lui seul l'admiration de son disciple. Porté vers la poésie, il faisait des vers avec plaisir et sans travail : il n'est pas vrai, comme quelques-uns le pensent, qu'il ait donné pour siens ceux d'autrui. J'ai eu entre les mains des tablettes et des carnets où se trouvaient des vers de lui, très connus et entièrement de son écriture ; on voyait fort bien qu'ils n'étaient ni copiés ni pris sous la dictée de quelqu'un et que leur auteur et leur père les avait entièrement écrits, tant il y avait de ratures, de mots effacés et intercalés.

(Les Douze Césars, Néron, ch. li, lu.)

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