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FLORUS

GCGIX.

Bataille de Munda,

Munda fut la dernière de toutes les batailles entre les partisans de César et ceux de Pompée. César n'y eut point le bonheur de ses autres combats ; la lutte fut douteuse et longtemps alarmante; il semblait certainement que la fortune se

livrait à je ne sais quelle délibération. César lui-même, avant l'action, avait paru triste, contre sa coutume, soit qu'il fît un retour sur la fragilité des choses humaines, soit qu'il se défiât de la constance d'une prospérité trop prolongée, ou qu'il redoutât, après avoir commencé comme Pompée, de finir comme lui. Au milieu même du combat, alors que de part et d'autre on se livrait depuis longtemps au carnage avec un égal acharnement, dans l'ardeur même de la mêlée, tout à coup, chose que personne ne se souvenait d'avoir jamais vue, il se fit, comme s'il y eût eu concert enlre les deux armées, un profond silence. Tous éprouvaient le même sentiment. Enfin, et c'était là un prodige nouveau pour les yeux de César, le corps des vétérans, éprouvé par quatorze années de combats, recula, et s'il ne fuyait pas encore , on comprenait cependant qu'il était retenu plutôt par la honte que par le courage. César alors renvoie son cheval et, semblable à un homme furieux, s'élance aux premières lignes. Là, il arrête les fuyards, les rassure et vole dans toute l'armée pour l'animer des yeux, du geste, de la voix. On dit même que, dans ce moment de trouble, il songea à une résolution extrême et que son visage trahit la pensée qu'il avait de se donner la mort. Mais, dans ce moment, cinq cohortes, que Labiénus avait détachées pour protéger le camp en péril, opérèrent un mouvement oblique dans l'armée ennemie ; ce mouvement avait l'apparence d'une fuite. César, soit qu'il crût qu'elles fuyaient en effet, soit qu'en général habile il feignît de le croire, saisit l'occasion : il les chargea comme des troupes en déroute, et du même coup releva le courage des siens et abattit celui des ennemis. En effet, ses soldats, se croyant vainqueurs, pressent la poursuite avec plus d'ardeur. Les Pompéiens, persuadés que leurs compagnons sont en fuite, se mettent eux-mêmes à fuir. Quels furent le carnage des vaincus, la fureur des vainqueurs, on peut en juger par un seul trait. Ceux qui s'étaient enfuis de la mêlée s'étant enfermés dans Munda, et César ayant aussitôt ordonné qu'on assiégeât les vaincus dans la place, on forma un retranchement d'un amas de cadavres, joints ensemble par les dards et les javelots qui les avaient traversés : action révoltante même chez les Barbares.

{Histoire Romaine, liv. IV, ch. n )

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