CORYDON
J'ai vu un amphithéâtre, formé de poutres colossales, qui s'élevait jusqu'au ciel et semblait regarder au-dessous de lui le mont Tarpéien. Ses degrés étaient en nombre immense, sur une pente légèrement inclinée. Je suis allé aux places où la foule en habits sombres et pauvres assistait au spectacle, au milieu des sièges réservés aux femmes. Car sur tous les sièges libres et à ciel ouvert se pressaient les chevaliers ou les tribuns en habits blancs. De même qu'une vallée, formant un large bassin circulaire, aux flancs sinueux et couverts partout de forêts, s'enfonce entre une chaîne de montagnes, de même l'arène circulaire est entourée dans la plaine par deux énormes théâtres, qui, liés entre eux, lui donnent une forme ovale. Comment te faire le récit d'un spectacle dont j'ai à peine pu embrasser toutes les parties, tant sa magnificence m'éblouissait de toutes parts ! Immobile, les yeux fixes, la bouche béante, j'admirais toutes choses, sans bien connaître chaque merveille. Alors un vieillard, qui par hasard était placé à ma gauche, me dit : « Est-il surprenant qu'habitant la campagne tu sois ravi (l) de tant de richesses, toi qui ne connais pas l'éclat de l'or et qui n'as vu que ton toit rustique, ta chaumière et tes étables ? Moi-même qui suis tout tremblant et dont la tête est si blanche, moi qui ai vieilli dans cette ville, je suis stupéfait (2) de toutes ces choses. Oui, tout ce que j'ai vu les années précédentes est sans prix pour moi et tous les spectacles d'autrefois me semblent méprisables. »
{VIIe Eglogue, v. 23 et suiv.)
(lj Lire dans le texte miraris, au lieu de mirari. (2) Lire dans le texte êlupeo, au lieu de stupes.