‹ Cours de versions latinesChapitre 173 sur 214 · AUSONE · texte numérisé non relu

AUSONE

GGCXIX.

Lettre à saint Paulin.

Voici la quatrième lettre qui le porte mes plaintes bien connues, Paulin, et essaie de réveiller par d'aimables paroles ta mémoire paresseuse. Mais non : aucune page ne me paie amicalement de retour et tu ne m'as pas encore écrit quelques mots messagers de tes salutalions. Qu'est-ce qui a valu ces refus à mes malheureuses lettres? Pourquoi ce dédaigneux et long oubli de la part de ton indifférence ? Un ennemi pourtant reçoit d'un ennemi un salut en langue barbare, et le mol : Salut ! passe au milieu des armes. Les rochers eux-mêmes répondent à l'homme. La voix nous revient répercutée par les cavernes ; elle nous revient aussi par l'écho des bois. Les écueils du rivage ont des cris, les ruisseaux des murmures, la haie où butinent les abeilles de l'Hybla des bourdonnements. Toi seul, muet comme si tu habitais l'/Ebalienne Amyciée, Paulin, tu te tais obstinément. Je reconnais que c'est par honte : ton long silence le fournit lui-même cette mauvaise excuse. Tu rougis de t'être tu si longtemps et tu te plais à ne plus observer les devoirs à remplir. Les longs loisirs aiment à être pris en faute. Qui t'empêche de m'écrire salut et adieu ! ces deux mots si courts, et de confier à une lettre ces bienheureux signes? Paulin, mon doux ami, as-tu entièrement changé de mœurs? Qui donc t'a conseillé un aussi long silence et a condamné ta voix, — l'impie ! — à demeurer inutile pour moi? La joie ne te ranimerait donc pas? Et les vers harmonieux, la plainte exprimée en une douce mélodie, seraient pour toi sans charmes? Ah! je vous en conjure, Muses, divinités de la Béotie, entendez ma prière et rendez un poète à vos sœurs du Latium.

(Epitres, xxiv.)

GGGXX.

Bordeaux.

Depuis longtemps je me reproche un silence impie. 0 ma patrie, toi, si célèbre par tes vins, tes fleuves, tes grands nommes, tes mœurs, l'esprit de tes citoyens, la noblesse de ton sénat, je ne t'ai point célébrée des premières, comme si le sentiment de l'obscurité de ma ville natale m'avait fait hésiter à lui donner des louanges qu'elle ne mérite pas! Loin de moi pareille crainte ! Car ce n'est pas sur les rives barbares du Rhin, ni sur les sommets glacés de l'Hémus arctique qu'est ma demeure. Bordeaux est mon pays natal, Bordeaux, où le ciel est doux, où le sol, largement arrosé, prodigue ses richesses; Bordeaux aux longs printemps, aux courts hivers, aux coteaux chargés de feuillage. Son fleuve qui bouillonne imite le reflux de la mer. L'enceinte de ses murs carrés élève si haut ses tours superbes que leurs sommets percent les nues du ciel. On admire au dedans ses rues élégantes, l'alignement de ses maisons, la largeur de ses places dignes de ce nom, et les portes qui répondent en droite ligne aux carrefours, et au milieu de la ville le lit du fleuve qu'alimentent les fontaines et qui, à l'heure où l'Océan, père des eaux, le remplit par son reflux, offre le spectacle d'une mer immense arrivant chargée de flottes.

Faut-il parler de cette fontaine couverte de marbre de Paros et qui bouillonne comme l'Euripe? Quelle ombre profonde ! Quel gonflement ! Quelle rapidité torrentielle à travers les douze ouvertures données à son cours captif dans sa margelle! Comme elle pourvoit, toujours inépuisable, à tous les besoins de la population !

Salut, fontaine à la source inconnue, fontaine sainte, bienfaisante, intarissable, cristalline, azurée, profonde, murmurante, limpide, ombragée !

(Les villes célèbres, xiv.)

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