SYMMAQUE
GGGXXXYII.
Symmaque à Ausone.
C'est une ancienne maxime que l'honneur nourrit les arts. L'expérience de notre époque l'a confirmée. Personne, en effet, ne s'est fait connaître à la guerre ou ne s'est illustré en temps de paix, sans voir récompenser son activité. Ainsi, quand ceux qui en sont dignes recueillent le fruit de leurs vertus, ceux qui prennent le même chemin (i) se nourrissent d'espérance. J'en suis donc transporté de joie, soit à cause des autres qui par leur vie active conquièrent la fortune, soit surtout à cause de mon frère Julien, que je veux que
(1) Lire dans le texte capessentibus, au lieu de capescealibus.
vous aimiez autant que vous pourrez l'estimer, j'en ai la confiance. Je sais, en effet, combien est rare, au milieu de la poussière du Forum, l'alliance d'un homme à la bouche éloquente et au cœur généreux : car, ou bien la timidité paralyse un talent modeste, ou bien le succès rend trop fier un orateur éloquent. Chez mon compagnon et mon ami, éloquence et cœur ont fleuri dans une telle union que ni la crainte ne l'arrête et ne le rend sec, ni l'absence de toute crainte ne le fait aller à la dérive. Jamais il n'a gâté les ornements du langage pour s'en faire un instrument de gain : d'une fortune médiocre, il a mieux aimé la bonne foi que l'opulence et la gloire que le gain. C'est avec plaisir que je le remets entre vos mains, ou plutôt que je le confie à votre cœur. Le premier de mes soucis, c'est que les gens de bien profitent de votre amitié. Je sais que c'est là aussi votre désir. Toujours, en effet, la nature aime ses égaux, et tout ce qui lui ressemble lui est cher. Mais de peur que de plus longues protestations d'amitié ne me fassent encourir le soupçon de flatterie, je vous prie déjuger vous-même mon frère en l'examinant attentivement. Ainsi, quand vous aurez approuvé sa-manière de faire, vous prendrez mon jugement sur votre compte. Adieu.
{Lettres de Symmaque, liv. Ier, xxxvn.)