CCCXXXVIII
La « Narbonnaise, » la « Viennaise » et le « Rhône. »
El usa, Narbonne et Toulouse priment entre les cités de la Narbonnaise. La Viennaise est fière de la beauté de ses nombreuses villes, dont les plus remarquables sont Vienne ellemême, Arles et Valence. On y joint Marseille, dont l'alliance et les forces ont aidé Rome, lisons-nous dans l'histoire, dans des circonstances critiques. Près de ces villes sont Saluces (1),
(1) Aùc, d'après certains auteurs.
Nice, Anlipolis (i) et les îles Stéchades (2). Et puisque l'enchaînement de mon sujet m'amène à ces contrées, taire un fleuve aussi renommé que le Rhône serait inconvenant et absurde.
Au sortir des Alpes Pennines, le Rhône, formé par des sources très abondantes, se précipite impétueusement vers la plaine où il descend et cache déjà ses rives sous Ja masse de ses eaux. Il se jette ensuite dans un lac appelé Léman; il le traverse sans se mêler à ces ondes étrangères, et, sillonnant le sommet de cette masse d'eau dormante, il cherche une issue et se fraie de vive force un passage. De là, sans avoir rien perdu de ses eaux, il passe entre la Savoie et le pays des Séquanais, poursuit au loin son cours, touche par sa rive gauche la Viennaise, par sa rive droite la Lyonnaise et, formant un coude, reçoit l'Arar, qu'on appelle la Saône, et qui, venue de la Germanie première, perd son nom dans le Rhône. C'est en cet endroit que commencent les Gaules, et à partir de ce point les distances se mesurent, non par milles, mais par lieues. Grossi alors de ces eaux étrangères, le Rhône porte les plus grands navires, ceux mêmes qui ont l'habitude de ne naviguer que sous le souffle des vents. Au terme de la course que la nature lui a prescrite, il verse son onde écumante dans la mer des Gaules.
{Faits et gestes, liv. XV, ch. xi.)
GGCXXXIX.
Les âges de Rome.
Au moment où cette Rome, qui vivra tant qu'il y aura des hommes, s'élevait, sous les premiers auspices des dieux, sur la scène brillante du monde, la Vertu et la Fortune, divisées la plupart du temps, conclurent une paix éternelle pour donner à cette cité de merveilleux développements. Si l'une ou l'autre de ces deux choses eût fait défaut, Rome ne serait pas arrivée au faite de la grandeur. Son peuple, depuis les premiers jours où il était au berceau jusqu'au temps où finit son enfance, période qui embrasse près de trois cents ans, fit
(1) Antibes.
(2) Les îles d'Hyères.
la guerre autour de ses murailles. Puis, étant entré dans l'adolescence, après des revers multipliés à la guerre, il franchit les Alpes et la mer. Arrivé à la jeunesse et à 1 âge viril, il remporta les lauriers de la victoire sur toutes les terres qu'embrasse L'immensité de l'univers. Maintenant qu'il penche vers la vieillesse et que son nom seul gagne parfois des victoires, il se réfugie dans une vie plus tranquille. C'est pour cela que cette cité vénérable, après avoir courbé sous le joug la tête des nations les plus fières, et porté des lois, fondement et sauvegarde éternelle de la liberté, a confié aux Césars, comme à ses enfants, en père de famille sage, prudent et riche, la gestion des droits patrimoniaux.
{Faits et gestes, liv. XIV, eu. fi.)
Mœurs des Alains.
Ils n'ont aucune maison, ne labourent point la terre, se nourrissent de viande et de beaucoup de lait, et, montés sur des chariots recouverts en écorce, ils errent dans leurs solitudes sans fin. Quand ils arrivent en un lieu où il y a de l'herbe, ils rangent leurs chariots en cercle et prennent leur sauvage repas. Le pâturage épuisé, ils remettent leurs villes sur leurs chariots. Ce sont là leurs demeures continuelles, el partout où ils vont, ils trouvent leurs Lares dans ces chariots. Ils poussent devant eux des troupeaux de grand et petit bétail, qu'ils font paître, et prennent principalement soin des chevaux. Tous ceux que l'âge et le sexe rendent impropres à la guerre demeurent autour des chariots et s'occupent à des travaux peu pénibles. Mais la jeunesse, rompue dès l'enfance à l'équitation, regarde comme un déshonneur de marcher à pied. Tous font un apprentissage complet de la guerre et sont des soldats consommés.
Les Alains sont presque tous grands et beaux ; leurs cheveux tirent sur le blond ; une certaine douceur tempère leur regard menaçant et terrible. Remarquables par leur habileté à se servir de leurs armes, ils sont en tout les égaux des Huns, mais plus civilisés dans leur manière de s'habiller et de se nourrir. Dans leurs brigandages et leurs chasses, ils s'éten-
dent jusqu'au Palus-Méotide et au Bosphore Cimmérien ; ils courent même quelquefois jusqu'en Arménie et en Médie. De même que le repos est un plaisir pour les hommes calmes et paisibles, de même la guerre et les dangers sont les délices des Alains. Là, on juge heureux celui qui laisse sa vie sur un champ de bataille ; si l'on vieillit, si l'on quitte le monde par une mort fortuite, on dégénère à leurs veux, on est un lâche qu'il faut poursuivre de cruels outrages, et il n'y arien dont ils se vantent avec plus d'orgueil que d'avoir tué un homme. C'est un glorieux trophée pour eux que la tête coupée de ceux qu'ils ont tués ; ils leur arrachent la peau pour qu'elle serve de caparaçon à leurs chevaux de guerre. On ne voit chez eux ni temple ni sanctuaire, et on n'y peut même découvrir nulle pari un toit couvert de chaume. Mais un glaive nu planté en terre est pour ces barbares l'emblème de Mars ; ils l'honorent et le vénèrent comme le protecteur des contrées qu'ils parcourent.
(Faits et gestes, liv. XXXI, ch. n.)
AURELrUS VICTOR ET EUTROPE
GCGXLI.
Titus et Domitien.
A Vespasien succéda son fils Titus, prince admirable par toutes sortes de vertus, si bien qu'où l'appelait l'amour et les délices du genre humain. Au siège de Jérusalem, où il servait sous son père , il perça de douze flèches douze assiégés. A Rome, il fut si clément pendant son règne qu'il ne punit jamais personne. Telles étaient son obligeance et sa libéralité qu'il ne refusait jamais rien, et comme ses amis lui en faisaient un reproche : « Personne, leur répondit-il, ne doit se retirer mécontent d'une audience de l'empereur. » C'est pour cela que se rappelant un jour, à souper, qu'il n'avait ce jour-là rien accordé à personne : « 0 mes amis, dit-il, aujourd'hui j'ai perdu ma journée. » Ces vertus le faisaient aimer avec une ardeur extraordinaire, lorsqu'il mourut de
maladie. Tel fut le deuil du public, à sa mort, que tous le pleurèrent comme s'ils avaient perdu un des leurs.
Domitien, son plus jeune frère, pril l'empire après lui et ibla plus à Néron, à Caligula ou à Tibère qu'à son père ou à son frère. Dans les premières années pourtant, i! exerça l'empire avec modération. Mais bientôt il en vint à des vices monstrueux, débauche, colère, cruauté, avarice, et il excita contre lui tant de haine qu'on oublia les mérites et de son père et de son frère. 11 fil périr les plus nobles sénateurs; il ordonna le premier qu'on l'appelai seigneur et dieu; il ne souffrit pas qu'on lui érigeât au Capitule de statue qui ne fût d'or ou d'argent. Il tua ses cousins; il avait aussi un orgueil exécrable. Enfin, devenu par ses crimes un objet universel d'horreur, il fut tué par ses gardes conjurés contre lui dans son palais. Son cadavre, après avoir été le jouet des plus sanglants outrages de la part des porteurs nocturnes, fut enseveli ignominieusement.
(Abrégé de l'Histoire romaine, liv. VII, 21, 23, passim.)
VEGEGE
GGGXLII.
. Principes généraux pour la guerre.
Dans toutes les luttes, la loi d'une expédition, c'est que tout ce qui vous est utile doit être nuisible à votre adversaire et que ce qui le favorise doit toujours vous porter préjudice. Nous ne devons jamais agir ou masquer nos opérations selon le gré de l'ennemi, mais ne faire que ce que nous jugeons utile. C'est commencer à travailler contre vousmême que d'imiter ce que l'ennemi fait pour lui; en revanche, tout ce que vous essaierez en faveur de votre parti sera contre lui, s'il veut l'imiter.
A la guerre, plus on veillera aux postes placés dans la campagne (1 . plus on travaillera à exercer le soldat, et moins on courra de danger.
(1) Agrarix, c'étaient les postes militaires placés en avant du camp, dans la campagne.
Ne conduisez jamais les soldats en bataille rangée sans les avoir auparavant éprouvés plusieurs fois.
Il vaut mieux réduire l'ennemi par la disette; par des surprises, par la terreur des armes, que par une bataille, où la fortune est d'ordinaire plus puissante que la valeur.
I! n'y a pas de meilleurs projets que ceux qu'ignore votre adversaire, avant leur exécution.
Saisir l'occasion dans les combats sert d'ordinaire plus que la valeur.
Il y a grand profit à débaucher et à accueillir les soldats ennemis, pourvu qu'ils viennent à vous de bonne foi, parce que les transfuges affaiblissent un adversaire plus que les morts.
Il vaut mieux garder plus de réserves derrière l'armée que d'éparpiller trop loin ses soldats.
On est difficile à vaincre, quand on peut juger sainement de ses forces et de celles de son adversaire.
La valeur vaut mieux que le nombre.
Une bonne position est souvent plus utile que la valeur.
La nature produit peu d'hommes courageux; l'art et une bonne éducation en forment un plus grand nombre.
(Résumé de l'art militaire, passim.