PROSATEURS CHRÉTIENS TERTULLIEN
Le témoignage de l'âme confessant l'existence de Dieu.
L'objet de notre culte, c'est un Dieu unique, qui a tiré du néant cet immense univers avec tout l'ensemble de ses éléments, corps, esprits: sa parole a commandé qu'il fût; sa sagesse l'a coordonné; sa puissance l'a réalisé pour qu'il servît d'ornement à sa majesté. Aussi les Grecs donnèrent-ils au monde le nom de xocrpoç (ornement). Ce Dieu est invisible, quoique nous puissions le voir ; insaisissable, quoique la grâce nous le représente ; incompréhensible, quoique les facultés humaines le conçoivent : preuve de sa réalité et de son infinie grandeur. Car ce qu'on peut voir, saisir, comprendre, comme toute chose, est moindre que les yeux qui le voient, que les mains qui le touchent, que les facultés qui le saisissent. Or, ce qui est infini n'est connu que de lui seul. Ce qui nous fait comprendre Dieu, c'est l'impossibilité même de le comprendre. Ainsi son immensité fait tout à la fois qu'il est connu et inconnu des hommes. Et c'est là le crime capital de ceux qui ne veulent pas reconnaître celui qu'ils ne peuvent ignorer. Voulez-vous que nous prouvions son exis-
tence par ses œuvres si nombreuses et si grandes, qui nous enveloppent, qui nous conservent, qui nous charment, qui nous épouvantent même? Voulez-vous que nous prouvions son existence par le témoignage de l'âme elle-même? Quoique captive dans la prison du corps, quoique trompée par une mauvaise éducation, quoique énervée par les passions, lorsqu'elle s'éveille comme d'une ivresse, comme d'un sommeil, comme d'une maladie, et qu'elle jouit de sa santé, elle nomme Dieu de ce seul nom qui est propre au vrai Dieu : « Grand Dieu ! bon Dieu! » « Ce que Dieu voudra, » voilà le mot de tout le monde. On le reconnaît encore pour juge en disant : « Dieu le voit; — je remets tout entre les mains de Dieu; — Dieu me le rendra. » 0 témoignage d'une âme naturellement chrétienne! Et lorsqu'elle prononce ces mots, ce n'est pas le Capitole, c'est le ciel qu'elle regarde. Elle sait que le ciel est le séjour du Dieu vivant. Elle vient de Dieu et elle descend du ciel.
{Apologie, xvn.)