ARNOBE ET LACTANCE
Le bonheur et la vertu.
Quel que soit le souverain bien, il est nécessaire qu'il soit à la portée de tous. Cherchons donc un bien qui soit à la portée de tous. Est-ce la vertu? On ne saurait nier qu'elle ne soit un bien et un bien pour tous. Mais si elle ne peut être heureuse, puisque son caractère, sa nature, c'est la patience à supporter les maux, elle n'est pas assurément le souverain bien. Cherchons autre chose. Mais on ne peut trouver rien de plus beau que la vertuvrien de plus digne du sage. S'il faut fuir les vices à cause de leur laideur, il faut rechercher la vertu à cause de sa beauté. Quoi donc? Est-il possible que ce qui est évidemment bon, évidemment beau, n'ait pas son prix et sa récompense et soit assez stérile pour ne produire par soi-même aucun fruit? Ce rude labeur de la vertu, ces difficultés, cette lutte contre les maux dont la vie est remplie,
doivent nécessairement enfanter quelque grand bien. Mais quel sera ce bien, selon notre dire? Les richesses? Le pouvoir? Mais ce sont là des choses fragiles et éphémères. - La gloire? L'honneur ? La renommée? Tous ces biens ne sont pas inhérents à la vertu; ils dépendent de l'opinion et du caprice d'autrui. Car souvent la vertu est haïe et accablée de maux. Or, le bien qui naît d'elle doit lui être si intimement uni qu'on ne puisse ni l'en séparer ni l'en arracher. On ne peut le considérer comme le souverain bien qu'autant qu'il est essentiel à la vertu et tel qu'on ne puisse y rien ajouter, en rien retrancher. N'est-ce pas dans le mépris de tous les biens dont nous parlons que consiste l'office de la vertu? Ne pas désirer, ne pas rechercher, ne pas aimer ces plaisirs, ces richesses, cette puissance, ces honneurs, que les autres estiment, vaincus par la cupidité, voilà assurément le propre de la vertu. Elle nous procure donc un bien plus relevé, plus éclatant, et si elle ne résisle pas en vain aux biens de la vie présente, c'est qu'elle désire des biens plus grands et plus vrais. Ne désespérons pas de pouvoir découvrir ces biens, pourvu que notre pensée se porle sur toutes choses. Car ce n'est pas une récompense légère et frivole que poursuit la vertu.
(Lactance, Institutions divines, liv. III, ch. xi.)
De la vengeance divine sur les bourreaux des chrétiens.
Tout ce que les méchants princes trament contre nous, c'est Dieu lui-même qui le permet. Et cependant, qu'ils ne croient pas, ces iniques persécuteurs, qui outragent le nom du Seigneur et s'en font un jouet, qu'ils ne croient pas demeurer impunis, parce que Dieu les a faits les ministres de ses vengeances sur nous. Oui, il punira, au jour de son jugement, ceux qui, dépositaires du pouvoir, en ont abusé au delà de la mesure concédée à l'homme, ont même insulté Dieu avec pins, d'in-olence et ont foulé son nom éternel sous leurs pieds impies et profanateurs. C'est pourquoi il a promis que sa vengeance les atteindra promptement et qu'il exterminera ces bêtes féroces de dessus la terre. Mais ce même
Dieu, quoique d'ordinaire il venge ici-bas et dans le temps présent les tourments de son peuple, nous commande ou d'attendre patiemment ce jour du céleste jugement où lui-même récompensera et punira chacun de nous selon ses mérites. Qu'elles n'espèrent donc pas, ces âmes sacrilèges, voir toujours méprisés et sans vengeance ceux qu'elles écrasent ainsi! Il viendra, il viendra le châtiment pour ces loups furieux et dévorants, qui ont tourmenté ces âmes justes et simples, innocentes de tout crime. Pour nous, efforçons-nous seulement cl»., faire que les hommes ne punissent en nous rien autre chose que notre seule justice. Travaillonsde toutes nos forces à mériter que Dieu nous accorde tout ensemble et la vengeance et le prix de nos douleurs.
(Institutions divines, liv. V, eh. xxiv.)