DEUXIÈME ÉPOQUE ÉPOQUE DRAMATIQUE
24i-78 avant Jésus-Christ.
Pourquoi la poésie a fleuri à Rome si tard.
Quand j'ai été enfin délivré, sinon tout à fait, du moins en grande partie, du travail de mes plaidoiries et de mes charges de sénateur, je suis retourné, mon cher Brutus, surtout d'après vos conseils, à ces études que j'ai toujours eues à cu-ur, que les circonstances ont ralenties et que j'ai reprises
après une longue interruption. Et comme la méthode et les principes de toutes les sciences qui se rapportent à l'art de bien vivre se trouvent dans cette étude de la sagesse qu'on appelle philosophie, j'ai cru devoir jeter sur ce sujet l'éclat des lettres latines. Ce n'est pas que la philosophie ne puisse pas s'apprendre dans des ouvrages et auprès de maîtres grecs; mais j'ai toujours été d'avis que nos Romains ont tout trouvé par euxmêmes avec plus de sagesse que les Grecs, ou que, du moins, ils ont amélioré tout ce qu'ils leur ont emprunté et qu'ils ont jugé digne de leurs élaborations. Pour les mœurs, les usages de la vie, les affaires domestiques et de la famille, il est certain que nous les avons réglés d'une manière meilleure et plus brillante. Il est certain aussi que nos ancêtres ont organisé la république avec des institutions et des lois meilleures que celles de la Grèce. Que dire de l'art militaire, dans lequel nos aïeux ont été grands par leur courage, plus grands encore par leur discipline? El pour les qualités qui viennent de la nature et non des lettres, on ne peut nous comparer ni avec la Grèce, ni avec aucune nation. Où y a-t-il eu autant de dignité, autant de constance, de grandeur d'âme, de probité, de bonne foi, et une vertu si éminente en tout ordre de choses qu'on puisse la comparer à celle de nos aïeux?
La Grèce nous surpassait en science, en tout genre de littérature : victoire aisée sur des gens qui ne luttaient même pas. En effet, chez les Grecs, les savants et les poètes sont d'une très haute antiquité, puisque Homère et Hésiode vécurent avant la fondation de Rome et Archiloque sous le règne de Romulus; nous n'avons connu, nous, l'art poétique que fort tard. C'est près de cinq cent dix ans après la fondation de Rome que Limus a donné la première pièce, sous le consulat de Claudius, fils de Ceecus et de M. Tuditanus, un an avant la naissance d'Ennius, qui était plus âgé que Piaule et que Nxvius. (Cicéron.,.
Pourquoi la poésie a fleuri à Rome si tard (suite).
C'est donc bien tard que nos compatriotes ont connu et accueilli les poètes. On lit à la vérité dans les Origines qu'il
était d'usage dans les festins que les convives chantassent, au son de la flûte, les vertus des hommes illustres ; mais ce qui prouve que les poètes n'étaient pas en honneur, c'est le discours de Gaton dans lequel il reproche comme quelque chose de honteux à M. Nobilior d'avoir mené des poètes avec lui dans sa province. Ce consul avait, nous le savons, conduit En ni us en Etolie. Or, moins nos poètes étaient honorés, moins ils consacraient d'efforts à leurs éludes. Et s'il se trouva dans leur nombre des hommes d'un grand génie, .leurs travaux ne répondirent pas suffisamment à la gloire des poètes grecs. Si l'on avait fait à Fabius, qui était un homme de la plus haute noblesse, un mérite de savoir peindre, ne pensons-nous pas qu'il y aurait eu chez nous aussi beaucoup de Polyclètes et de Parrhasius? L'honneur nourrit les arts et la gloire enflamme tous les hommes d'amour pour l'étude, tandis que gisent méprisées les choses que chacun désapprouve. Les Grecs pensaient que la suprême distinction consistait à savoir chanter et jouer des instruments; aussi dit-on qu'Epaminondas, le premier des Grecs, à mon avis, jouait parfaitement de la lyre. Lorsque, quelques années auparavant, Thémistocle eut refusé déjouer de la lyre dans un repas, il passa pour un homme mal élevé. Les musiciens fleurirent donc en Grèce; tout le inonde apprenait la musique et celui qui ne la savait pas était regardé comme un homme d'une éducation négligée. La géométrie était chez les Grecs entourée des plus grands honneurs : aussi n'y avait-il rien de plus célèbre que les mathématiciens, tandis que nous, nous n'apprécions leur science que d'après le plus ou moins d'utilité de l'art de compter et de mesurer.
Au contraire, nous avons de bonne heure apprécié l'orateur, d'abord sans la science, mais avec le talent de la parole, bientôt après avec la science.
(ClCÉRON.)
Pourquoi la poésie a fleuri à Rome si tard (suite).
Aussitôt que la Grèce, après avoir terminé ses guerres, commença à s'occuper de bagatelles et à tomber dans la mollesse, grâce aux faveurs de la fortune, elle se passionna
tantôt pour des athlètes, tantôt pour des chevaux ; elle s'éprit des artistes qui animaient le marbre, l'ivoire ou le bronze; elle attacha ses yeux et son âme sur une belle peinture; elle fit sa joie des joueurs de flûte ou des acteurs de tragédie. Comme une jeune fille qui joue encore sous les yeux de sa nourrice, elle abandonna, bientôt rassasiée, ce qu'elle avait désiré ardemment. Est-il rien qui plaise ou qui déplaise sans changer jamais? Voilà ce que produisirent les douceurs de la paix et les vents favorables de la fortune.
A Rome, pendant longtemps, ce fut une douce coutume d'être éveillé et d'avoir sa porte ouverte de grand matin, d'expliquer le droit à son client, de placer son argent garanti par de bons billets, d'entendre dire aux ancêtres et de dire aux plus jeunes par quels moyens on peut accroître son patrimoine, diminuer de ruineuses fantaisies. iMais le peuple léger a changé de goût et ne brûle que de l'ardeur d'écrire. Enfants et graves pères de famille dînent le front couronné de lierre et déclament des vers....
La Grèce subjuguée subjugua son farouche vainqueur, et importa les arts dans le sauvage Latium. Ainsi disparut l'affreux vers Saturnien et l'élégance du langage chassa cette âpre grossièreté. Toutefois, il resta longtemps et il reste encore aujourd'hui dans notre poésie des traces de la rusticité première. C'est assez tard, en effet, que les Romains appliquèrent leur esprit aux écrits des Grecs, et ce n'est que lorsque, après les guerres puniques, ils furent enfin tranquilles, qu'ils commencèrent à chercher ce qu'il y avait d'utile dans Sophocle, Thespis et Eschyle.
(Horace.)
Livius Andronicus, premier poète dramatique de Rome.
Nous avons une Odyssée latine qui ressemble à un ouvrage de Dédale, et les pièces de Livius ne méritent pas d'être lues deux fois. Or, ce fut ce Livius qui fit représenter la première pièce de théâtre, sous le consulat de C. Claudius, fils de Csecus, et de M. Tuditanus, l'année d'avant la naissance d'Ennius, cinq cent quatorze ans après la fondation de Rome,
comme le dit l'auteur que nous suivons. Il y a, en effet, controverse entre les écrivains au sujet de cette date. Aldus raconte que Livius fut pris à Tarente par Q. Maximus, consul pour la cinquième fois, trente ans après l'époque où Atticus dit qu'il a fait représenter une pièce, conformément d'ailleurs à ce que nous trouvons dans d'anciens mémoires. Attius ajoute que ce poète donna sa première pièce onze ans après, sous le consulat de C. Cornélius et de Q. Minucius, aux jeux célébrés en l'honneur de la déesse de la jeunesse, après un vœu fait par Salinator à la bataille de Sienne. Mais l'erreur d'Attius est manifeste : sous ces consuls, Ennius avait quarante ans; et si l'on suppose le même âge à Livius, celui qui fit jouer la première pièce serait un peu plus jeune que Plaute et Naevius, qui en avaient fait représenter un grand nombre avant ces consuls.
Si ces remarques, mon cher Brutus, vous paraissent étrangères à notre entretien, prenez-vous-en à Atticus {}), qui m'a enflammé du désir de rechercher et l'âge et les dates des hommes illustres. — Pour moi, dit Brutus, cette espèce de chronologie m'intéresse, et je crois qu'une telle exactitude est utile au but que vous vous proposez de distinguer, d'après l'ordre des temps, les divers genres d'orateurs. — Vous saisissez bien ma pensée, Brutus, et plût aux dieux que nous eussions encore ces vers dont Caton nous dit, dans ses Origines, que, bien des siècles avant son temps, ils étaient chantés dans les repas par chacun des convives, à la louange des hommes illustres !
(GlCÉRON.)
Livius Andronicus, premier poète lyrique de Rome.
Les esprits étaient délivrés de leurs scrupules religieux, lorsqu'ils furent troublés encore par la nouvelle qu'à Frusinoue il était né un enfant qui paraissait avoir quatre ans, et dont la taille était encore moins surprenante que l'incertitude de son sexe : comme pour l'enfant né à Sinuesse, deux ans auparavant, on ne savait s'il était homme ou femme.
(1) Lire dans le texte Attico, au lieu de attico.
Des aruspices, mandés d'Etrurie à Rome, déclarèrent que ce prodige était sinistre et de mauvais augure et qu'il fallait chasser cet enfant du territoire romain, ne lui laisser aucun contact avec la terre et le plonger dans la mer. On l'enferma donc vivant dans un coffre ; on le porta en pleine mer et on l'y submergea. Les pontifes décrétèrent aussi que trois chœurs de neuf jeunes filles chacun parcourraient la ville en chantant un hymne. Tandis que, réunies dans le temple de, Jupiter Stator, elles apprenaient cet hymne composé par le poète Livius, la foudre tomba au mont Aventin sur le temple de Junon Reine. Les aruspices déclarèrent que ce prodige regardait les dames romaines et qu'il leur fallait apaiser la déesse par un présent. Un édit des édiles curules convoqua au Capitole toutes celles qui avaient leur domicile dans la ville de Rome et à dix milles aux environs. Elles choisirent vingt-cinq d'entre elles pour remettre entre leurs mains une somme prise par chacune sur sa dot Avec ces dons on fit un bassin d'or, qui fut porté au mont Aventin, et les dames romaines offrirent un pur et chaste sacrifice. Aussitôt après les décemvirs fixèrent le jour d'un autre sacrifice en l'honneur de la même déesse. Voici quelle en fut l'ordonnance : deux génisses blanches, parties du temple d'Apollon, entrèrent dans la ville par la porte Carmentale. Derrière elles, on portait (1) deux statues de Junon Reine en bois de cyprès; puis venaient vingt-sept jeunes tilles, revêtues de robes traînantes et chantant en l'honneur de Junon Reine un hymne peut-être remarquable pour les esprits grossiers de cette époque, mais qui nous paraîtrait aujourd'hui, si on le reproduisait, informe et sans goût. A la suite du chœur des vierges marchaient les décemvirs, couronnés, de laurier et vêtus de leurs robes prétextes. De la porte Carmentale le cortège passa par la voie Jugaire et se rendit au forum, où il s'arrêta. Là, les jeunes filles, se passant une corde de main en main, exécutèrent une danse où les mouvements de leurs pieds étaient cadencés suivant les modulations de leur voix. Ensuite, on traversa la voie Etrusque, le Vélabre, le marché aux Bœufs ; on monta la voie Publicienne et on
(1) Lire dans le texte, page 261, Junonis Reginae porlabantur, sans virgule ; — page 262, vico, au lieu de Vico.
arriva au temple de Junon Reine. Là, les décemvirs immolèrent deux victimes et placèrent dans le sanctuaire les deux statues de cyprès. (Tite-Live.)
Nsevius poète tragique, comique et épique.
L'an 519 après la fondation de Rome, le poète Cn. Nœvius fit représenter des pièces devant le peuple : Varron assure dans son premier livre Sur les poètes que Nœvius avait servi pendant la première guerre punique, et qu'il le disait luimême dans le poème qu'il a composé sur cette guerre. C'est Porcius Licinius qui introduisit à Rome l'art de la poésie, à ce que dit Servius dans ces vers :
« C'est pendant la seconde guerre punique que la Muse, d'un pied ailé, d'un vol belliqueux, se porta à la conquête du peuple farouche de Romulus. » (Aulu-Gklle.)
On peut comprendre par les écrits de Nœvius quel était le langage de cette époque. C'est sous le consulat de Céthégus et de M. Tuditanus que mourut Nœvius, d'après ce qu'on lit dans les anciens mémoires : toutefois notre ami Varron, si exact dans ses recherches sur l'antiquité, pense qu'il y a là une erreur, et il fait vivre Nœvius plus longtemps.
(ClCÉRON.)
Voici le trait spirituel et injurieux que Nœvius lança jadis contre les Métellus :
« C'est pour la perle de Rome que les Métellus deviennent consuls. »
Le consul Métellus, irrité, lui répondit par ce vers :
« Les Métellus châtieront le poète Nsevius. »
(ClCÉRON.)
J'ai entendu dire que Nœvius avait composé en prison deux pièces, le Devin et Léon, alors que les continuelles méchancetés et les outrages qu'il se permettait contre les premiers citoyens de Rome, à l'imitation des poètes grecs, l'avaient fait jeter à Rome dans les fers par les triumvirs. Il fut ensuite délivré par les tribuns du peuple, lorsqu'il eut réparé dans les pièces dont j'ai parlé les railleries et les violences de paroles par lesquelles il avait blessé beaucoup de citoyens. (Aulu-Gelle, Nuits AUiques, liv. III, ch. m.)
L'épitaphe de Nœvius est pleine d'une superbe campanienne ; le témoignage qu'il se rend pourrait être juste ; mais il ne faudrait pas qu'il se le rendît :
« S'il était permis aux immortels de pleurer des mortels, les divines Muses pleureraient le poète Nœvius. Depuis qu'il est descendu dans le royaume de Plulon, on a oublié à Rome de parler la langue latine. »
(àdlu-Gelle.)
Ennius peint par lui-même.
Je suis Romain, moi qui fus auparavant Rudien.
[Annales cI'Ennius.)
A ces mots, (Servilius) appelle celui qu'il admettait souvent et bien volontiers à partager amicalement sa table, ses entretiens, ses secrets, lorsqu'il s'était fatigué pendant une grande partie du jour à traiter avec sagesse les plus grandes affaires de la république, ou dans le vaste forum ou dans la vénérable assemblée du sénat. C'est à cet bomme qu'il disait sans crainte les grandes choses comme les petites et les moins sérieuses; il lui confiait et ce qui était entaché de mal et ce qui était bon à dire ; toutes les fois qu'il le voulait, il avait en lui un sûr dépositaire de ses pensées, avec lequel il goûtait souvent ses plus vives joies en particulier et en public. Aucun instinct ne portait au mal l'âme de cet homme ; il n'aurait commis un crime ni par légèreté ni par malice ; instruit, fidèle, agréable, éloquent, content de ce qu'il avait, heureux, avisé, disant à propos de bonnes choses, d'un commerce facile, peu verbeux, sachant beaucoup de choses antiques, ensevelies par le temps dans l'oubli, connaissant les mœurs anciennes et les mœurs nouvelles, habile à débrouiller beaucoup de vieilles lois, divines et humaines, il était capable de beaucoup dire et de beaucoup taire. Tel est celui qu'au milieu des combats Servilius interpelle en ces termes. (Annales d'Essius.)
Contemplez, ô citoyens, dans cette image les traits du vieil Ennius. Voilà celui qui a raconté les hauts faits de vos pères. Que personne ne m'honore par des larmes et ne fasse
entendre des gémissements à mes funérailles; pourquoi? Parce que, vivant encore, je vole sur les lèvres des hommes.
{Epitaphe d'ENNius.)
Ennius et sa valeur militaire, d'après Silius Italicus.
Ennius, issu de l'antique race du roi Messapus, combattait aux premiers rangs, et portait dans sa main droite la vigne du Latium, glorieux insigne de sa dignité. Il était venu de la sauvage Calabre, de l'antique Rudies, sa ville natale, de Rudies qui n'est plus connue maintenant que par le nom du grand homme qu'elle a nourri. 11 était parmi les premiers combattants comme autrefois le chantre de Thrace, qui, lorsque Cvzique attaquait le vaisseau des Argonautes, qu'il prenait pour des ennemis, quittait la lyre pour brandir les traits de Rhodope ; il se faisait remarquer par le grand nombre d'ennemis qu'il avait immolés; l'ardeur guerrière de son bras croissait avec le carnage. Hostus accourt, espérant une gloire éternelle, s'il peut repousser un si redoutable ennemi, et il lui lance un javelot de toute sa force. Mais du nuage où il est assis, Apollon sourit de cette entreprise, de ce vain effort; il égare au loin le trait dans les airs et il ajoute : « Tu t'es enivré, jeune homme, d'une trop, oui, trop présomptueuse espérance ; ce guerrier est sacré et profondément cher aux sœurs d'Aonie ; c'est un poète digne d'Apollon. C'est lui qui le premier chantera dans ses vers célèbres les guerres de l'Italie et élèvera jusqu'aux cieux les généraux romains. Il fera retentir l'Hélicon de ses chants latins et ne le cédera ni en mérite ni en gloire au vieillard d'Ascra. » Ainsi parle Apollon ; aussitôt un trait vengeur traverse les deux tempes d'Hostus.
(Silius Italicus.)
Ennius et le premier Africain.
Le plus ancien des deux Scipions, qui le premier rejeta les guerres puniques des rives de l'Italie sur la tête de leurs auteurs, mêlait au métier des armes le culte de l'art des
Muses. Toujours les poètes furent l'objet des plus grandes attentions de ce héros; la valeur, en effet, aime à prendre les Muses pour témoins, et celui-là aime leurs chants qui accomplit des choses dignes d'être chantées. Soit donc que, tout jeune encore, il vengeât les mânes de son père et soumit à ses lois l'océan espagnol, soit que, pour abattre sous ses coups infaillibles les forces de la colonie dn Tyr, il fit voir ses redoutables enseignes à la mer de Libye, il avait toujours à ses côtés le docte Ennius, habitué à le suivre partout dans les camps et parmi ies trompettes. Après la fanfare du clairon, les fantassins applaudissaient aux chants du poète, et les cavaliers, couverts du sang d'un récent carnage, le comblaient d'éloges. Et quand Scipion triomphait des deux Cartilages, qu'il avait vaincues, l'une pour venger son père, l'autre pour venger sa patrie, lorsque, après une longue guerre féconde en funérailles, il contraignait enfin la Libre en deuil à marcher devant son char, la victoire ramena les Muses avec elle, et les lauriers de Mars couronnèrent le poète. Notre Scipion à nous,. c'est Stilichon, qui a su terrasser un second Annibal, plus cruel que l'ancien; c'est loi que Rome vient de me rendre après une période de cinq ans, en t'ordonnant de répondre à ses vœux.
(Claubien.
Ennius poète épique : ses « Annales. »
Quel est l'homme capable de dérouler le grand tableau de cette guerre?....
C'est par ses mœurs antiques, c'est par ses grands hommes que Rome subsiste....
Pleins d'une ardente ambition et du désir de régner, Romulus et Rémus s'adressent en même temps aux auspices et aux augures.... Rémus s'en rapporte aux auspices et il observe à l'écart le vol favorable des oiseaux. Le beau Romulus, sur le haut Aventin, attend aussi le passage d'oiseaux au vol puissant. Ils se disputaient l'honneur d'appeler la ville nouvelle Rome ou Rémora ; il s'agissait de savoir qui des deux frères commanderait à tous les citoyens. Tout le peuple était dans l'attente : de même que, lorsque le consul va don-
ner le signal de la course, tous les regards se portent ardemment vers les portes et les barrières colorées de l'enceinte d'où s'élanceront les chars ; de même le peuple attendait immobile l'issue de ces événements, pour savoir auquel des deux frères appartiendraient la victoire et le trône. Cependant le pâle soleil de la nuit s'est retiré dans les ténèbres ; la blanche lumière de l'aurore lance ses rayons dans le ciel ; aussitôt arrivent de loin, au haut des airs, une magnifique troupe d'oiseaux, volant à gauche et d'un vol rapide; en même temps se lève le soleil aux rayons d'or. Dans le ciel se distinguent trois groupes sacrés de quatre oiseaux, qui volent à tire-d'aile dans une direction favorable. Romulus voit par là que les auspices lui donnent la première place et l'établissent sur le trône du pays.
(Annales cTEnnius.)
Ennius poète épique : ses « Annales » (suite).
Un seul homme en temporisant a rétabli nos affaires. 11 ne faisait point passer de vains murmures avant le salut de l'Etal. Aussi, depuis lors, sa gloire brille-t-elle d'un éclat de plus en plus vif....
On chasse la sagesse du milieu de Rome ; la force décide des affaires ; on méprise le bon orateur ; on aime le farouche soldat; ce ne sont plus de doctes paroles qui se font entendre dans les discussions, mais des injures qui excitent les haines entre citoyens. On ne demande pas justice avec les armes du droit, mais le fer à la main, et on veut arriver au pouvoir par la force brutale....
Je ne demande point d'or; ne me donnez point de rançon. Ne faisons pas la guerre en marchands, mais en soldais. Que ce soit le fer et non l'or qui décide de notre vie. Est-ce à vous, est-ce à moi que la Fortune, maîtresse de notre sort, veut donner l'empire? Que notre courage en décide. Ecoutez en même temps cette parole. Pour ceux dont la fortune des combats a épargné le courage, j'épargnerai certainement leur liberté. Je vous en fais présent ; emmenez-les ; je vous les donne avec l'assentiment des grands dieux....
De toutes parts, les traits tombent comme une grêle sur le
tribun Elius ; ils transpercent son bouclier et font retentir de leurs coups son casque d'airain. Mais on a beau faire de toutes parts des efforts; nul ne peut déchirer son corps avec le fer. Les javelots pleuvent toujours sur lui ; il les brise et les arrache ; tout son corps est couvert de sueur par suite de ses grands efforts. Il ne peut respirer : les Histriens le harcèlent en lançant sur lui leurs traits rapides.
[Annale» d'Emuiis.)
Ennius poète dramatique.
Qu'on voie toujours ici le ciel resplendir, les arbres se charger de feuillage, la vigne riante s'ombrager de pampres, les rameaux se courber sous l'abondance des fruits, les moissons prodiguer le grain, tout se couvrir de Heurs, les fontaines jaillir et les prairies se revêtir d'herbe.
Les Euméaides d'ENNius.)
Jupiter, et toi, soleil, roi des astres, qui contemples toutes choses et dont la lumière embrasse et la mer, et la terre, et le ciel, vois ce forfait avant qu'il s'accomplisse; empêche ce crime. (La Méclée d' Ennius.)
Montrer honnêtement le chemin à celui qui s'égare, c'est comme lui laisser allumer son llambeau au nôtre, qui n'en éclaire pas moins, pour avoir allumé le sien.
(Le Télèphe d'ENNius.)