CASS ANDRE
0 ma mère, ù femme de beaucoup la meilleure des femmes, on m'appelle au superstitieux office des devins. Apollon égare ma raison et me force, malgré moi, de prononcer ses oracles. Je redoute les jeunes filles de mon âge ; je rougis de ce que je fais devant mon père, cet homme excellent. Ma mère, j'ai pitié de toi ; j'ai honte de moi-même. Les enfants que tu as donnés à Priam sont tous très dignes,
excepté moi : voilà ce qui cause ma douleur. Faut-il que je vous sois nuisible, tandis que les autres vous sont utiles; que je vous résiste, tandis que les autres vous obéissent !
(L'Alexandre cTEnnius.) Tous les maux m'accablent, souffrance, exil, misère. À demi mort de frayeur, je perds toute raison. Ma mère me menace d'une vie de tourments et d'une mort terrible. Il n'est personne qui ait assez de fermeté d'âme et d'assurance pour envisager ces choses sans que son sang se glace dans son cœur tremblant et sans que lui-même pâlisse d'etfroi.
(L'Alcméon d'ENNius.)
Ennius poète didactique et satirique.
Dès que le cultivateur voit l'avoine, l'ivraie croître parmi son froment, il choisit, sépare, arrache et travaille avec zèle à sauver cette récolle qu'il a ensemencée avec tant de soins. (Le Protreplicus ou les Prœcepia d'ENNius.)
Ce dont je vous parle, c'est Jupiter, que les Grecs appellent l'air. C'est le vent, c'est la nue, puis la pluie, et après la pluie le froid, ensuite de nouveau le vent, l'air enfin. Toutes les choses que je vous décris sont Jupiter, parce qu'il vient en aide aux hommes, aux villes et à tous les animaux.
(L'Epicharme cTEnnius.)
Toute mer ne produit pas abondamment les coquillages d'un goût distingué. La pélore du lac Lucrin vaut mieux que le murex de Baies; les bonnes huîtres viennent de Circéii, les bons hérissons de Misène et les larges pétoncles sont la gloire de la molle Tarente....
Pour l'apriclus, sache que le premier de tous est celui de Tarente ; c'est à Sorrenle qu'il faut acheter l'hélope, à Cumes qu'il faut prendre le glaucus.
(Les Friandises ou V Heduphagetica cTEnnius.)
Ce sera pour toi une preuve toujours présente à ta pensée, qu'il ne faut rien attendre de ses amis de ce qu'on peut fort bien faire soi-même.
Quand on veille pour ne pas être trompé, la vigilance n'est pas encore assez éveillée, et le plus vigilant qui croit avoir veillé à tout est souvent, malgré ses précautions, dupé luimême.
On rend oublieux celui qui se souvenait, en lui rappelant ce dont il se souvenait.
Quand tu arrives libre de tout souci, joyeux, sortant du bain, avec des dents bien plantées, un bras agile, un air dégagé, la tête haute, tout prêt à t'élancer comme un loup pour engloutir le bien d'autrui. quels sont, penses -tu, les sentiments du maître de la maison? Grands dieux! Il voudrait tristement sauver son diner, et toi, tu le dévores en riant.
(Les Satires d'Etonus.)
Jugements sur Ennius.
Poema est une petite partie d'une œuvre quelconque. Poesis3 voilà l'œuvre entière, comme Ylliade qui est une composition une et complète, comme les Annales d'Ennius.
(Satires de Lucilius.)
On peut dire, si cela semble vrai, qu'Ennius est un très grand poète épique. (Cicéron.)
Nos compatriotes lisent sans peine les pièces latines traduites mot à mot des auteurs grecs. Qui, en effet, est assez ennemi de presque tout ce qui s'appelle romain pour mépriser et rejeter la Médée d'Ennius ou VAnliope de Pacuvius, parce qu'il se dit charmé des mêmes pièces d'Euripide ?
(Cicéron.)
Qu'Ennius couronne ses poèmes de lauriers aux feuilles hérissées. Pour moi, ô Bacchus, donne-moi quelques feuilles de ton lierre !
J'approchai modestement mes lèvres de cette grande source à laquelle le père de la poésie latine, Ennius, étancha jadis sa soif. (Properce.)
Ennius, ce sage, ce vaillant, cet autre Homère, comme disent nos critiques, a l'air de s'inquiéter médiocrement du résultat de ses promesses et de ses songes pythagoriciens.
Le vénérable Ennius lui-même ne se mettait jamais qu'après boire à chanter les exploits guerriers.
Horace.)
Qu'on prenne les Annales ; il n'y a rien de plus agreste. Ennius a un très grand génie; mais il manque d'art.
(Ovide.)
il*
On a lu Ennius, ô Rome, alors que tu avais Virgile, et les contemporains du poète de Méonie se sont moqués de lui.
(Martial.) Révérons Ennius comme ces bois consacrés par leur antiquité'et où s'élèvent de grands et vieux chênes, moins admirables par leur beauté que par le sentiment religieux qu'ils inspirent.
(Quintilien.)
Pacuvius poète tragique.
Jeune homme, si pressé que tu sois, cette pierre l'invite à la regarder, puis à lire ce qu'on y a gravé. Ici sont les os du poète Marcus Pacuvius. Je ne voulais pas le le laisser ignorer. Adieu. (Epitapiw de Pacuvius.)
Je hais les hommes qui agissent en lâches et raisonnent en philosophes....
Qui pourrait prévoir les événements à venir serait égal à Jupiter....
Des philosophes prétendent que la Fortune est insensée, aveugle, stupide ; ils disent qu'elle se tient sur un globe de pierre toujours roulant, parce que là où le hasard pousse ce globe, ils croient que là aussi va la Fortune. Ils la déclarent, insensée, parce qu'elle est cruelle, incertaine, inconstante; ils ajoutent qu'elle est aveugle, parce qu'elle ne voit pas où se fixer ; stupide, parce qu'elle ne saurait distinguer le mérite et le démérite. Mais il y a d'autres philosophes qui, au contraire, nienl l'existence de la fortune et prétendent que c'est le hasard qui régit toutes choses. Que celle opinion soit la plus conforme à la vérité, c'est ce qu'enseigne l'expérience. Voyez Oreste : naguère il élait roi ; le voilà devenu mendiant.
(Le Dulor estes de Pacuvius.)
Pleins de la joie de leur départ, ils conlemplent les jeux des poissons, sans pouvoir se rassasier de ce spectacle. Cependant, vers le coucher du soleil, la mer se hérisse; de doubles ténèbres, celles de la nuit et celles des nuages, obscurcissent le ciel ; l'éclair brille entre les nues, le ciel tremble au bruit du tonnerre ; la grêle, mêlée à une pluie torrentielle , tombe soudain à coups précipités. De toutes paris les vents
s'élancent ; de terribles tourbillons se forment; la mer se soulève et bouillonne.
(Le Dulorestes de Pacuvius.)
Pacuvius poète tragique (suite).
Antiques citoyens, amis de mes ancêtres, confidents des conseils célestes, interprèles des présages que donnent le vol des oiseaux et les entrailles des victimes, je vous salue.
(Le Dulorestes.)
Pour ceux qui entendent la langue des oiseaux et à qui le foie d'un animal en apprend plus que leur esprit, je suis d'avis qu'on les entende, mais non pas qu'on les écoute.
(Le Dulorestes.)
Vois autour et au-dessus de la terre ce qui la tient embrassée;.... ce qui blanchit au lever du soleil et s'obscurcit à son coucher, nous l'appelons le ciel, et les Grecs l'éther. Quoi que ce soit, c'est ce qui anime, forme, nourrit, fait croître et crée ce qui reprend et ensevelit toutes choses; c'est aussi le principe de tout. Tout est sorti de lui et tout y retourne. La mère, c'est la terre; elle enfante le corps, et l'éther y joint l'âme. (Le Dulorestes.)
Mes yeux ont reculé au fond de leur orbite; mon corps amaigri s'est desséché ; des ruisseaux de larmes ont creusé mes joues pâlies. De mon visage défait descend une barbe négligée, dégoûtante, qui couvre ma poitrine flétrie.
(Le Médus.) ILIONE.
Si Priam était là, Priam lui-même aurait pitié de lui.