‹ Cours de versions latinesChapitre 22 sur 214 · PLAUTE · texte numérisé non relu

PLAUTE

L'avare qui a perdu son trésor.

Je suis perdu ! Je suis mort ! Je suis assassiné ! Où courir? Où ne pas courir? Arrêtez, arrêtez !.... Qui arrêter? qui l'ar-

rêtera? Je ne sais ; je ne vois rien ; je marche à l'aveugle ; mon esprit ne peut s'expliquer d'une manière certaine où je vais, où je suis, qui je suis.

Je vous en prie, je vous en supplie, je vous en conjure, venez à mon secours, montrez-moi l'homme qui a emporté ma marmite.... Qu'en dis-tu, toi? On peut te croire, car je vois que tu as la mine d'un homme de bien.... Qu'est-ce? Pourquoi riez-vous? Je vous connais tous; je sais qu'il y a ici beaucoup de voleurs qui se cachent sous des vêlements blanchis à la craie et qui sont assis là comme des honnêtes gens.... Eh bien, personne d'ici ne l'a ? Ah ! vous me tuez ! Mais qui l'a donc? Dites! Vous n'en savez rien ! Hélas ! que je suis malheureux ! que je suis malheureux ! Je suis perdu ! Je suis mort ! Me voilà bien tristement arrangé ! Que de gémissements, de maux et de chagrins ce jour m'a apportés! C'est la faim, c'est la misère ! Je suis l'homme le plus ruiné qu'il y ait sur la terre. Qu'ai-je affaire de la vie, après avoir perdu une si grosse somme d'or? Je la gardais avec tant de soin ! Je me suis volé moi-même; j'ai volé mes sens, frustré mon bon génie. El maintenant, d'autres sont heureux de mon trésor, à mon détriment et pour mon malheur ! Je ne puis le souffrir ! (L'Aululaire ou la Marmite, act. iv, se. 10, v. 1.)

XLIY.

Un nom volé. — Mercure, Sosie.

Mercure. — Puis-je savoir où tu vas, à qui tu es et ce que tu viens faire ?

Sosie. — Je viens ici; je suis l'esclave de mon maître. En es-tu plus instruit?

M. — Je saurai bien réprimer aujourd'hui ta scélérate de langue.

S. — Tu n'en viendras pas à bout. Elle est bien et honnêtement gardée.

M. — Veux-tu continuer tes arguties ? Qu'as-tu à faire auprès de celte maison ?

S. — El toi donc ?

M. — Le roi Créon place des sentinelles toutes les nuits.

S. — 11 fait bien ; tandis que j'étais loin, il a fait garder

la maison. Mais maintenant, tu peux t'en aller : dis-lui que les gens de la maison sont arrivés.

M. — Je ne sais pas à quel point tu en es; mais si tu ne détales pas au plus vite, homme de la maison, lu ne seras pas reçu par moi en homme de la maison.

S. — Ne l'en déplaise, je soutiens que je suis un serviteur de cette famille.

M. —Allons, soit; combien me donnes-tu de temps pour te rosser, si tu ne t'en vas lestement?

S. — Quoi! tu prétends, quand je viens de si loin, m'empêcher d'entrer dans ma maison?

M. — Est-ce donc là ta maison?

S. — Oui, te dis-je.

.1/. — Qui est donc ton maître?

S. — Amphitryon, aujourd'hui commandant de l'armée de Thèbes et dont Alcmène est l'épouse.

M. — Que dis-tu ? Quel est ton nom ?

S. — Les Thébains m'appellent Sosie, fils de Dave.

M. — Eh bien, toi à qui je parle, il t'en cuira aujourd'hui, modèle d'effronterie, pour être venu avec un tissu de mensonges et de ruses bien ourdies. (Il le frappe.)

S. — Grâce, je t'en supplie !

M. — Ah ! tu oses te dire Sosie, quand c'est moi qui le sais !

S. — Je suis mort.

M. — Ceci n'est qu'un acompte de ce qui t'attend. Eh bien, à qui appartiens-tu maintenant ?

S. — A toi ; tes poings m'ont fait tien par usucapion. Au secours, citoyens de Thèbes !

M. — Tu cries par-dessus le marché, bourreau ? Parle : qu'es-tu venu faire ?

S. — T'offrir quelqu'un à battre à coups de poing.

-V. — A qui es-tu ?

S. — Je suis, te dis-je, le Sosie d'Amphitryon.

M. — Tu seras donc battu de nouveau, pour parler sans franchise : c'est moi qui suis Sosie, et non pas toi.

[Amphitryon.)

Page 1