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LU

Gnathon, Parménon.

Gnathon. — Dieux immortels ! Quelle supériorité d'un homme sur un autre homme ! Quelle différence d'un sot à un homme intelligent ! Voici à propos de quoi cetle réflexion me vient à l'esprit. J'ai rencontré aujourd'hui, en arrivant, un individu d'ici, comme moi, et de ma condition, un

homme aux bonnes manières (1), et qui, lui aussi, a dévoré tout son patrimoine. Je le vois crasseux, dégoûtant, souffrant, couvert de haillons et chargé d'années. « Que signifie cet accoutrement ? lui dis-je. — Que j'ai eu le malheur de perdre tout ce que j'avais. Hélas ! où en suis-je réduit ? connaissances et amis, tous m'abandonnent. >-. Alors, je l'ai méprisé, en le comparant à moi. « Quoi I lui dis-je, lâche que tu es! t'es-tu donc arrangé de manière à ce qu'il ne te reste aucune espérance en toi-même? Avec ton bien, as-tu perdu ton intelligence? Me vois-tu, moi, qui suis de même condition que toi? Quel teint, quelle fraîcheur, quelle mise, quel embonpoint! J'ai tout et je n'ai rien; quoique je n'aie rien, rien pourtant ne me manque. — Mais moi, j'ai le malheur de ne pouvoir ni faire le bouffon, ni endurer les coups. — Quoi ! tu timagines que c'est ainsi que l'on s'y prend? Tu te trompes du tout au tout. Oui, jadis, au siècle dernier, on gagnait sa vie à ce métier ! Mais il y a une nouvelle manière d'attraper les gens, et c'est moi qui, le premier, ai trouvé cette méthode. Il est une espèce d'hommes qui veulent être les premiers en toutes choses et qui ne le sont pas ; c'est à eux que je m'attache. Je ne travaille pas à les faire rire; mais je leur souris le premier, et en même temps j'admire leur génie. Quoi qu'ils disent, je le loue; s'ils disent le contraire, je le loue encore ! »

(L'Eunuque, act. n, se. 3.)

LUI

Les poètes comiques contemporains et successeurs de Plaute, de Gœcilius et de Térence : Licinius Imbrex, Attilius, Turpilius, Trabéa, Luscius Lavinius, etc.

Sédigilius, dans un livre qu'il a écrit sur les Poètes, montre dans les vers suivants ce qu'il pense des auteurs de comédies, quel est celui qui, à ses yeux, l'emporte sur tous les autres, et puis à quelle place, à quel rang il met chacun d'eux :

« Nous avons vu bien des gens dans l'incertitude discuter cette question : à quel poète comique donner la palme? Je

(1) Fallex traduit haud impurum par honnête, s'il en fut.

vais, moi, trancher la difficulté, et s'il s'élève une opinion contraire, ce ne sera pas une opinion. Je donne la palme au poète comique Cœcilius. Plaute, qui vient en second lieu, est bien supérieur aux autres. Ensuite Nœvius, qui bouillonne, occupe la troisième place. S'il y a lieu d'en donner une quatrième, elle sera pour Licinms. A la suite de Licinius, je fais marcher Attilius. Après eux, Térence vient au sixième rang ; Turpilius occupe le septième, Trabéa le huitième. J'accorde volontiers le neuvième à Luscius ; j'ajoute en dixième lieu Ennius, à cause de son antiquité.

Trabéa, Attilius, Cœcilius ont eu de la facilité pour remuer les passions. (Varron.)

J'ai entendu un homme qui ne manquait pas de célébrité dire que Plaide avait dépassé les bornes du comique, en attribuant à un soldat ignorant et grossier cette opinion fausse et nouvelle que Nériène est l'épouse de Mars. Mais on verra que Plaute s'est montré en cela plus instruit que comique, si on lit le troisième livre des Annales de Cn. Gellius....

En dehors même de Plaute et de Gellius, Licinius Irnbrex, vieil auteur comique, a dit dans sa pièce intitulée Néère :

« Je ne veux pas, moi, qu'on t'appelle iNéère, mais Nériène, puisque tu as été donnée pour épouse à Mars. »

(Aulu-Gelle.)

Les poètes comiques contemporains et successeurs de Térence ( suite ) : Aquilius , auteur de la

« Bœotia. »

Ceux qui boivent du vin vieux agissent, selon moi, en hommes sages, comme ceux qui assistent aux vieilles comédies. Puisque les œuvres anciennes et l'ancien langage vous plaisent, les vieilles comédies doivent surtout vous plaire. Les pièces nouvelles qui paraissent maintenant sont beaucoup plus mauvaises encore que la nouvelle monnaie. Après avoir compris par la rumeur publique que vous désirez vivement les pièces de Piaule, nous vous donnons une ancienne comédie de cet auteur, qu'ont applaudie ceux d'entre vous qui sont déjà vieux; je sais que les jeunes ne la connaissent pas.

Mais nous allons nous appliquer soigneusement à la leur faire connaître. La première fois qu'elle fui représentée, elle emporta la palme sur toutes les autres pièces. C'était le temps où brillait la fleur des poètes, qui sont maintenant descendus d'ici au commun séjour.

(Prologue d'une reprise de la Canna de Pladte et de la Bœotia.) Que les dieux le perdent celui qui, le premier, trouva les heures, celui qui, le premier, plaça ce cadran solaire pour briser et mettre en pièces ma pauvre journée. Autrefois, dans mon enfance, notre estomac était notre cadran, bien meilleur et bien plus exact que tous ceux-là, pour nous avertir de manger, à moins qu'il n'y eût rien à manger. Aujourd'hui, alors même qu'il y a à manger, on ne mange pas avant qu'il plaise au soleil. Aussi la ville est-elle si pleine de cadrans que la plus grande partie des gens se traînent affamés, desséchés.

(Bœotia.)

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