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Les Comédies à toge (Togatœ) et les « Tabernariœ : » Titinius, Atta, Afranius.

Il n'est aucun genre dans lequel ne se soient essayés nos poètes, et ils ne se sont pas fait peu d'honneur en osant quitter la trace des Grecs, traiter des sujets nationaux et faire représenter soit des pièces à prétexte, soit des pièces à toge. (Horace.)

C'est une pensée de Titinius Veclius qui a composé de célèbres comédies à toge dans l'ancien genre.

(Serenus Sammonicus.)

En dehors de Titinius et de Térence, aucun autre poète ne sait peindre exactement les mœurs. (Varron.)

Que je mette en doute si la pièce d'Alto- marche droit ou non à travers les fleurs et Je safran, presque tous nos vieux vont crier à l'impudence, parce que je m'efforce de dénigrer ce que jouèrent et le grave Esopus et le docte Roscius.

(Horace.)

Si je n'aimais pas un tel père autant qu'il le mérite, je ne pourrais assez m'irriter contre moi-même.

(Le Gendre d'AFRANius.)

Les enfants font peu de cas de la vie des parents qui aiment mieux inspirer aux leurs la crainte qu'un tendre respect. (Les Cousins cI'Afranius.)

Le fils. — Que je suis malheureux ! — Le père. — Pourvu qu'il éprouve quelque douleur, que cette douleur soit ce qu'il voudra ! (Fragments cI'Afranius )

Qu'aucun des dieux, qu'aucun des héros qui figurent (dans le drame satyrique) et qu'on voyait tout à l'heure brillants de l'or et de la pourpre des rois, ne descende jusqu'à l'obscurité, jusqu'à la bassesse de langage des tavernes (1).

(Horace.)

Les « Atellanes : » Pomponius et Novius.

Voici que me revient en mémoire ce vers de Pomponius, qui est de son Alellane intitulée Mœvia :

« Voilà six jours que je n'ai rien fait ; dans quatre jours je mourrai de faim. » l\ulu-Gelle.)

II y a une Atellane de Pomponius qui est intitulée JEditumus et où se trouve ce vers :

« Qui postquam tibi appareo atque xditumor in templo tuo : » Après que je t'apparais et que je garde ton temple. »

(Aulu-Gelle.)

Pour porcetra, l'auteur s'est sans doute autorisé de Pomponius et de son Atellane qui porte ce mot pour titre. Mais qu'on n'appelât matrone que la femme qui n'avait enfanté qu'une fois, et mère de famille que celle qui avait enfanté plus d'une fois, c'est ce qui ne peut s'établir par l'autorité d'aucun ancien écrivain. Certes, il est plus que probable, au contraire, et telle est l'opinion des hommes compétents qui se sont occupés des mots anciens, qu'on appelait matrone la femme unie en mariage à un homme, tant que subsistait le mariage, alors môme qu'elle n'avait pas encore d'enfants.

(Aulu-Gelle, liv. XVIII.

(t) Quelques auteurs, M. Palin entre autres, ont vu dans le mot labernas une allusion aux fabulx tabernariœ, et traduisent : la bassesse de langage de la fabula tabernaria. — Orelli proscrit cette interprétation.

Xovius, auteur d'Atellanes très estimé, dit : « Voici venir les sept jours des Saturnales, attendus depuis longtemps. »

(Macrobe.)

Novius et Pomponius appellent souvent plaisanteries des outrages. (Macrobe.)

L. Pomponius de Bologne est regardé comme un célèbre auteur d'Atellanes. (S. Jérôme.)

Nous ne devons certainement pas ignorer qu'à la même époque que Valérius Antias vécut Pomponius, célèbre par ses pensées, dur dans ses expressions et recommandable par la nouveauté du genre dont il est l'inventeur.

(Velléius Paterculus.)

Allons, mon cher Dossennus, puisque ta mémoire se souvient si bien de ces choses, dis-moi qui a volé cet or. — Je ne sais pas donner gratuitement mes oracles.

(La Philosophia de Pomponius )

Que les fictions qui ont pour objet notre plaisir se rapprochent de la vérité ; qu'une pièce de théâtre ne prétende pas nous faire croire tout ce qu'elle voudra ; qu'elle ne nous montre pas un enfant retiré vivant du ventre d'une Lamie après son dîner.

(Horace.)

LTII.

Pourquoi l'art dramatique n'a-t-il jamais été florissant à Rome comme en Grèce?

Une autre chose, qui souvent effraie et rebute le poète le plus confiant, c'est que la portion la plus nombreuse des spectateurs, et la moins méritante, la moins honorable, celte foule ignorante et stupide, toujours prête à en venir aux mains, pour peu que les chevaliers ne soient pas de son avis, demande parfois, au milieu d'une pièce, un ours et des lutteurs. Car tel est le goût de la populace, que dis-je? des chevaliers eux-mêmes; déjà le plaisir a fui de leurs oreilles pour passer à leurs yeux errants et amusés de vains spectacles. Quatre heures et plus la toile demeure baissée (1), tandis que défilent sur la scène des escadrons de cavalerie,

(1) Lire dans le texte aulœa, au lieu de aulœâ.

des bataillons de fantassins : puis viennent des rois naguère puissants, traînés en triomphe, les mains liées derrière le dos ; ce sont ensuite des chars qui se hâtent, des litières, des fourgons, des vaisseaux, l'ivoire, fruit de nos conquêtes (l) et tout le butin de Corinthe. S'il était encore en ce monde, Démocrite rirait bien de voir l'animal à double nature, panthère et chameau toul ensemble, ou bien l'éléphant blanc fixer seul les regards de la foule. Ce peuple serait pour lui un spectacle plus attachant que le spectacle même et lui fournirait plus de choses à étudier que la comédie représentée. Pour nos auteurs, il croirait qu'ils content une histoire à un âne sourd. Et quelles voix, en effet, pourraient dominer le bruit dont retentissent nos théâtres? On croirait entendre mugir les forêts de Garganus ou la mer de Toscane, quand on entend le bruit qui se fait au spectacle des jeux, des objets d'art, des richesses lointaines, dont l'acteur se montre paré et qui, dès son entrée en scène, font de toutes parts battre les mains. A-t-il dit quelque chose? — Rien. — Qu'est-ce donc qu'on admire? — Sa robe teinte, aux fabriques de Tarente, de la couleur des violettes.

(Horace.)

Lucilius poète satirique.

La satire est entièrement notre patrimoine ; Lucilius, le premier, a acquis dans ce genre une gloire éclatante, et aujourd'hui encore il a des admirateurs si passionnés qu'ils n'hésitent pas à le mettre au-dessus, non seulement des poètes du même genre, mais encore de tous les poètes.

QUINTILIEN

C. Lucilius, poète plein de savoir et d'urbanité, avait l'habitude de dire qu'il désirait que ses écrits ne fussent lus ni par des hommes trop ignorants, ni par des hommes trop éclairés, parce que les uns n'y comprendraient rien et que les autres y comprendraient peut-être plus que lui-même ; c'est même ce qui lui a fait écrire : « Je ne me soucie pas d'avoir Persins pour lecteur; j'aime mieux La?lius Décimus. » En effet, nous

il) M. Patin traduit : nos conquêtes figurées en ivoire.

savons que le premier passait pour l'homme peut-être le plus éclairé de son temps; nous avons connu le second comme un homme de bien et qui n'était pas sans connaissances littéraires ; mais il n'approchait pas de Persius (1).

(ClCÉRON.)

Je n'appréhenderai pas, comme notre Lucilius, de voir mes écrits lus de tout le monde. Plût aux dieux que j'eusse pour lecteurs ce Persius, à plus forte raison Scipion et Rutilius, dont il craignait tant les jugements qu'il disait : « Je n'écris que pour les Tarentins, les habitants de Consente et les Siciliens. » Il plaisante, comme en tant d'autres endroits. Mais, en vérité, il n'y avait pas alors de personnages assez savants pour que leur jugement le mît en peine, et ses écrits sont d'un genre si léger qu'on y trouve une exquise urbanité, mais peu de savoir. Pour moi, quel lecteur redouterais-je, puisque c'est à vous (Brutus), qui ne le cédez pas même aux Grecs pour la philosophie, que j'ose dédier mon ouvrage? Je ne vous l'adresse, il est vrai, que parce que vous m'y avez provoqué par votre livre De la vertu, dont l'envoi m'a été très agréable. Mais l'aversion de quelques personnes pour les ouvrages latins vient, je crois, de ce qu'elles sont tombées sur des livres écrits sans goût, sans agrément, déjà mauvais en grec et pires en latin. Je suis de leur avis, pourvu qu'ils m'accordent que même les ouvrages grecs traitant de ces mêmes sujets ne méritent pas d'être lus. Mais des choses excellentes exprimées en termes choisis, avec dignité et élégance, qui pourrait ne pas les lire, à moins de vouloir passer tout à fait pour Grec, comme cet Albucius que le préteur Scévola salua en grec, à Athènes ?

(Gicéron.)

Lucilius poète satirique (suite).

C'est avec beaucoup de grâce et de sel que notre Lucilius fait dire excellemment à Mucius : « Vous avez préféré, Albucius, être appelé Grec que Romain ou Sabin, compatriote de Pontius, de Tritannus, centurions, hommes célèbres, les premiers de la cité, et dont la main a porté les aigles. C'est

(1) Lire dans le texte Persium, au lieu de Perseum.

donc en grec, selon vos préférences, que vous salue à Athènes un prêteur de Rome. Lorsque vous m'abordez : Xaîp=, Titus, vous dis-je. Les licteurs, toute la compagnie, la cohorte entière, répètent en chœur : Xaîpe, Titus. C'est de là que vient l'inimitié, la haine d'Albucius contre moi. » Mucius avait raison. Je ne saurais assez m'étonner, quand je me demande d'où vient cet insolent dédain pour les choses nationales.

(ClCÉRON.)

C'est à l'école (d'Eupolis, de Cratinus, d'Aristophane) que se rattache entièrement Lucilius. Voilà ceux qu'il a suivis, sauf le changement du vers et de la cadence. Il est spirituel; il a l'odorat subtil, mais une versification dure : c'était Jà son défaut. Souvent, en une heure et au pied levé, il dictait deux cents vers, croyant faire merveille. C'était un torrent bourbeux, où il y avait du bon à prendre. Bavard d'ailleurs, incapable de prendre la peine d'écrire, d'écrire bien, j'entends ; car d'écrire beaucoup, je ne m'y arrête pas. Voilà Crispinus qui me provoque et veut gager cent contre un : uPrenez, dit-il, prenons des tablettes; qu'on nous donne un lieu, une heure, des gardiens ; voyons qui de nous deux peut écrire davantage. » Les dieux ont bien fait de me donner un génie indigent et faible, qui produit rarement et peu de chose.

(Horace.)

Lucilius poète satirique (suite).

Oui, j'ai dit que les vers de Lucilius couraient d'un pied mal cadencé. Et quel est le partisan de Lucilius assez fou pour ne pas en convenir? Mais, dans la même page, je l'ai loué d'avoir jeté sur Rome le sel à pleines mains. Je lui attribue ce mérite; mais je ne lui accorde pas tous les autres; car alors il me faudrait admirer aussi, comme de beaux poèmes, les mimes de Labérius. Donc, ce n'est point assez de faire épanouir le rire sur les lèvres de l'auditeur (quoique pourtant ce soit là un mérite); il est besoin de brièveté pour que la pensée coure, pour qu'elle ne s'embarrasse pas dans des mots qui surchargent l'oreille fatiguée; il est besoin d'un style quelquefois sévère, souvent enjoué, où l'écrivain se montre tour à tour orateur et poète, de temps en temps

homme du monde, ménageant les ressources de son esprit, sachant à propos en affaiblir l'éclat. La plupart du temps la plaisanterie tranche les grandes difficultés avec plus de vigueur et d'efficacité que la violence. Celait là précisément ce en quoi excellaient les poètes de l'ancienne comédie, et c'est en cela qu'ils doivent être imités. Le bel Hermogène ne les a jamais lus, ni ce singe qui ne sait rien chanter hors Calvus et Catulle. — Mais Lucilius a fait une grande chose en mêlant les mots grecs aux mots latins. — 0 savants arriérés ! croyez-vous donc chose difficile et merveilleuse ce qui a réussi au Rhodien Pilholéon? — Mais un style où se marient les deux langues a plus de douceur, comme le vin de Falerne mêlé au vin de Chio.

(Horace.)

Lucilius poète satirique (suite).

Mais j'ai dit que Lucilius était un torrent bourbeux, roulant toutefois dans son cours plus de choses à prendre qu'à laisser. — Allons, dites-moi, votre science ne blâme-t-elle rien dans Homère ? Cet aimable Lucilius ne change-t-il rien chez le tragique Attius? Ne se moque-t-il pas des vers d'Ennius, inférieurs à son élévation ordinaire? Et [quand il parle de lui-même, n'est-ce pas comme d'un homme supérieur à ceux qu'il critique? Qui nous empêche, nous aussi, quand nous lisons les écrits de Lucilius, d'examiner si c'est la nature du poète ou celle des sujets qui lui a refusé des vers mieux faits, plus coulants que ceux d'un homme satisfait d'avoir rempli la mesure des six pieds et content d'avoir fait deux cents vers avant souper et tout autant après ? Tel était le génie de ce poète d'Elrurie, Cassius, plus impétueux qu'un ileuve rapide et auquel, dit-on, les cassettes qui renfermaient ses ouvrages et ses ouvrages eux-mêmes servirent de bûcher. Que Lucilius ait eu de l'agrément, de l'urbanité; qu'il ait été plus châtié que l'inventeur d'un genre encore grossier et ignoré des Grecs, et que toute la foule de nos vieux poètes : je le veux bien. Mais si le destin eût retardé sa venue jusqu'à notre siècle, il retrancherait beaucoup à ses œuvres; il couperait tout ce qui traîne hors de la perfection ; il ne ferait

pas ses vers sans se gratter souvent la tête et sans se ronger les ongles jusqu'au vif.

Mon plaisir, c'est d'enfermer les mots dans la mesure du vers, à la façon de Lueilius, qui valait mieux que toi et moi.

Si peu de chose que je sois et bien qu'inférieur à Lueilius par la fortune el par le talent, l'envie sera toujours forcée de convenir que j'ai vécu avec des grands, et sa dent, si elle essaie de m'entamer, viendra se briser contre le marbre.

(Horace.)

LUI

Les premiers Historiens de Rome : — Fabius Pictor, Cincius Alimentais, etc.

Après avoir achevé le recensement, qu'avait accéléré la crainte de la loi qui menaçait de prison et de mort ceux qui ne se feraient pas inscrire, Tullus Hoslilius ordonna par un édit à tous les citoyens romains, chevaliers et hommes de pied, de se rendre au Champ de Mars, dès la pointe du jour, chacun dans sa centurie. Là, il rangea toute l'armée en bataille et la purifia par le sacrifice d'une truie, d'une brebis et d'un taureau. Ce sacrifice, qui marquait la fin du recensement, s'appela la clôture du lustre. On dit que quatre-vingt mille citoyens furent inscrits dans ce lustre. Le plus ancien de nos historiens, Fabius Pictor, ajoute que ce nombre n'était que celui des hommes en état de porter les armes.

(Tite-Live, liv. Ier, ch. XLIV.)

Telle fut la bataille du Trasimène, célèbre et mémorable parmi les rares défaites du peuple romain. Quinze mille Romains furent tués sur le champ de bataille ; dix mille, qui dans leur fuite s'étaient dispersés dans toute f Etrurie, revinrent à Rome par divers chemins. Les ennemis perdirent quinze cents hommes dans le combat; il en périt plus tard un grand nombre des deux côtés des suites de leurs blessures. D'autres historiens portent à un chiffre plus élevé les pertes subies de part et d'autre. Pour moi, outre que je ne veux rien donner à de vaines conjectures, auxquelles ne sont que trop portés les esprits des écrivains, j'ai suivi de préférence l'autorité de Fabius Pictor, contemporain de cette guerre.

(Tite-Live, liv. XXII, ch. vu.)

Le clou, dans ces temps où l'écriture était si rare, marquait, dit-on, le nombre des années, et la loi fut consacrée dans le temple de Minerve, parce que Minerve avait inventé les nombres. Les Volsiniens, eux aussi, désignaient le nombre des années par des clous enfoncés dans le temple de Nortia, déesse étrusque : ainsi l'affirme Cincius, écrivain qui a soigneusement étudié les monuments de ce genre.

(Tite-Live, liv. VII, ch. m.)

Telles sont les principales circonstances (de la marche d'Annibal) : il parvint en Italie cinq mois après son départ de Cartbagène, comme quelques auteurs l'affirment, et mit quinze jours à franchir les Alpes. Quant au nombre des troupes qu'avait Annibal après son passage en Italie, les auteurs ne sont nullement d'accord : ceux qui le portent le plus haut lui donnent cent. mille fantassins et vingt mille cavaliers ; ceux qui le mettent au plus bas, vingt mille fantassins et six mille cavaliers. L. Cincivs Alimentas, qui dit avoir été prisonnier d'Annibal, serait pour moi une autorité décisive, s'il ne faisait pas confusion sur le nombre, en y ajoutant des Gaulois et des Liguriens.

(Tite-Live, liv. XXI, ch. xxxvm.)

Les premiers Historiens de Rome : — Acilius Glabrion, P. Cornélius Scipion, Postumius Albinus, Scribonius Libon.

Annibal tenait prisonniers huit mille hommes : il ne les avait pas pris sur le champ de bataille; la crainte de la mort ne les avait pas mis en fuite ; ils avaient été laissés dans le camp par les consuls Paul Emile et Varron. Le sénat ne voulut pas les racheter, quoiqu'il put le faire à peu de frais, afin de bien imprimer dans le cœur de nos soldats qu'il fallait vaincre ou mourir. A cette nouvelle, écrit Polybe, Annibal sentit se briser ses espérances en face du sénat et du peuple romain, qui, dans les revers, montraient une telle grandeur d'âme. Ainsi, comparées à l'honnête, les choses qui semblent utiles lui sont bien inférieures. Acilius, qui a écrit en grec une histoire, dit que plusieurs des prisonniers envoyés à

Rome, étant rentrés au camp, pour éluder leur serment par le même artifice, furent flétris par les censeurs de toutes les notes infamantes. (Cicéron.)

Le fils de celui qui, le premier, fut appelé l'Africain, le père adoptif du jeune Scipion, fils de Paul Emile, eût été regardé comme l'un des hommes les plus éloquents, s'il avait eu de la santé : c'est ce que nous font penser quelques petits discours de lui et une histoire grecque écrite avec beaucoup d'agrément, (Cicéaow.)

Quelle n'était pas la faiblesse physique du fils de Scipion l'Africain, de celui qui vous a adopté ! Que sa santé était délicate, ou plutôt il n'en avait pas. Sans cette infirmité, il aurait été à son tour le flambeau de l'Etat; car il joignait à la grandeur d'âme de son père un pins riche fonds de connaissances. ClCÉHON.

Du vivant de Calon fleurirent en même temps beaucoup d'orateurs plus jeunes que lui. Aulus Albinus, celui qui écrivit une histoire en grec et fut consul avec L. Lo eu II us, était à la fois lettré et éloquent. (Cicéro.v

Liban ne me semble pas manquer de talent pour la parole, comme on peut en juger par ses discours. Cicéron.

Trouvez-moi quelque part, si vous le pouvez, quels furent les dix Romains envoyés avec Mummius à Annibal. Je me souviens d'Albinus, personnage consulaire, et de Spurius Mummius. lime semble avoir entendu Hortensius parler de Tuditanus. Mais, d'après les Annales de Libon, Tuditanus fut nommé préteur quatorze ans après le consulat de Mummius : ces dates ne concordent certainement pas.

(Cicéron.)

LXIY.

Les premiers Historiens de Rome : — Caton l'Ancien.

Caton était originaire de la ville municipale de Tusculurn. Tout jeune encore, avant de briguer les honneurs, il vécut dans le pays des Sabins, où son père lui avait laissé un petit domaine. Sur les exhortations de Valérius Flaccus, qu'il eut depuis pour collègue dans le consulat et dans la censure, il vint à Rome et débuta au barreau. Il fit sa première campagne à l'âge de dix-sept ans.... Il fut tribun militaire en

Sicile.... Nommé questeur, le sort l'envoya avec le consul P. Cornélius Scipion l'Africain, il ne vécut pas avec lui comme l'aurait exigé sa position, et il y eut dissentiment entre eux pendant toute leur vie. Il fut élu édile plébéien avec Helvius. Nommé préleur, il oblint comme province la Sardaigue, d'où, l'année précédente, en revenant d'Afrique, il avait ramené le poète Q. Ennius.

11 fut consul avec L. Valérius Flaccus : le sort lui assigna comme province l'Espagne intérieure, et il y mérita les honneurs du triomphe....

Caton, devenu censeur avec ce même Flaccus, déploya une grande sévérité dans l'exercice de cette magistrature. Il sévit contre un grand nombre de nobles, et ajouta aux édits bien des décrets nouveaux pour réprimer le luxe qui déjà commençait à envahir Rome.

Dans sa vieillesse, Caton se mit à écrire une histoire dont il nous reste sept livres. Le premier contient les événements accomplis sous les rois du peuple romain ; le second et le troisième traitent de l'origine de chacune des cités de l'Italie, et c'est pour cela, semble-t-il, qu'il a appelé tous ses livres Origines ; dans le quatrième est racontée la première guerre punique ; dans le cinquième, la seconde. D'ailleurs, tout y est résumé brièvement. Caton raconte les autres guerres de la même manière jusqu'à la prélure de Servius Galba, qui ravagea la Lusitanie. Il ne nomme point les généraux qui ont commandé dans ces guerres; il rappelle les faits sans donner de noms. C'est dans les mêmes livres qu'il a exposé ce qui lui semble admirable en Italie et en Espagne. On voit partout dans cet ouvrage beaucoup de travail et d'exactitude et beaucoup d'érudition.

(Cornélius Népos, Vie de Caton.)

Les Historiens de Rome depuis Caton jusqu'à Sylla : Historiens du genre simple et Historiens du genre oratoire ; — Pison, Hémina, Servilianus, Fannius, Tuditanus, Antipater, Asellion, Macer, Sisenna, etc.

Beaucoup d'historiens nous ont laissé, sans ornements aucuns, les souvenirs des temps, des hommes, des lieux, des

événements accomplis. Ainsi ce qu'avaient été chez les Grecs Phérécyde, Hellanicns, Acusilas et bien d'autres, noire Caton, et Pictor et Pison le furent chez nous ; ils ne connaissent pas l'art d'orner le discoure (il y a peu de temps, en effet, que cet art a été importé à Rome), et pourvu qu'on comprenne ce qu'ils disent, ils pensent que le seul mérite du style, c'est la brièveté. Antidater, homme excellent et ami de Crassus, s'éleva un peu et donna à l'histoire un langage plus pompeux. Pour les autres, ils n'ornèrent pas les choses ; ils se bornèrent à les raconter. (Cicéron.)

Pison le Censeur, Cnéius Gellius et même Cassius Eétnina, qui vivait à celte époque, affirment que les jeux séculaires eurent lieu trois ans après. [Censorinus.)

Le pontife Fabius Maximus Servilianus prétend, au livre douzième de ses Annales, qu'il ne faut point offrir de sacrifices funéraires un jour néfaste, parce que dans ces sacrifices il est nécessaire d'invoquer Janus et Jupiter, qui ne doivent pas être nommés en de pareils jours. (Macrobe.)

C. Tuditanus, célèbre par la politesse et la distinction de ses manières et de ses mœurs, fut aussi renommé pour l'élégance de son langage. (Cicéron.)

Si vous passez ou à Fabius, ou à ce Caton, dont vous avez toujours le nom à la bouche, ou à Pison, ou à Fanntus, ou à Vennonius, tout en admettant que parmi eux l'un soit plus fort que l'autre, pouvez-vous trouver quelque chose de plus maigre que tous ces écrivains ? Quant au contemporain de Fannius, à Antidater, il a un peu haussé le ton de l'histoire, et il a une certaine vigueur, mais rude et inculte, sans éclat et sans art. 11 a pu cependant avertir les autres d'écrire avec plus de soin. Mais voici venir après lui les deux Gellius, Cloclius, Asellion, qui n'ont rien de commun avec Cœliuset rappellent plutôt la platitude et l'ignorance des vieux auteurs. Pourquoi énumérerais-je Macerl Son bavardage a quelques traits piquants, et encore ne les puise-t-il pas aux sources abondantes de l'érudition grecque, mais dans les pauvres petits recueils des Latins ; diffus, du reste, dans ses discours, il pousse la sottise jusqu'à l'impudence. Sisenna, son ami, n'a pas de peine à surpasser tous nos autres historiens, à l'exception peut-être de ceux qui n'ont encore rien publié.

(Cicéron.) YERSIONS LÀT. 13

Les Historiens de Rome depuis Caton jusqu'à Sylla : — Claudius Quadrigarius, Valérius Antias, Aufidius.

A la même époque que Sisenna vécurent Rutilius, Claudius Quadrigarius el Valérius Antias. (Velléius Paterculus.)

Claudius a écrit l'histoire avec grâce, Antias sans élégance, Sisenna longuement. (Aulu-Gelle.)

Q. Claudius, racontant, au dix-neuvième livre de ses Annales, Je siège d'une place forte par le proconsul Métellus et la résistance des habitants du haut de leurs murailles, s'exprime ainsi : « Archers et frondeurs lancent flèches et pierres des deux côtés avec la plus grande ardeur et la plus grande vaillance. Mais il est fort différent de diriger une flèche ou une pierre de haut en bas ou de bas en haut : car de haut en bas on ne peut les lancer avec justesse ; de bas en haut, au contraire, la chose est très facile. Aussi les soldats de Métellus recevaient-ils beaucoup moins de blessures (i), et, ce qui était un très grand avantage, ils éloignaient très facilement les ennemis des créneaux. CAulu-Gelle.)

Valérius Antias rapporte que douze mille ennemis (Macédoniens) furent tués dans ce combat ; mais les autres historiens grecs et latins disent que Villius (2) ne fit rien de mémorable. (TlTE-LlYE )

Si l'on en croit Valérius, qui, en toutes choses, exagère les chiffres outre mesure, quarante mille ennemis furent tués ce jour-là 3 ; pour les prisonniers, Valérius est plus modéré dans son mensonge : il n'en porte que cinq mille sept cents.

(TlTE-LlVE.)

Valérius Antias écrit qu'on tua aux ennemis vingthuit mille hommes, qu'on leur fit trois mille quatre cents prisonniers, et qu'on s'empara de cent vingt-quatre enseignes militaires, de douze cent trente chevaux.... Tout en ajoutant

Cl) Lire dans le texte sauciabanlur, au lieu de sauciebantur. (21 Lire dans le texte : niliil memorabile à Villio actum. (3J II s'agit de la Lataille de Cynoscéphale en Thessalie.

peu de foi à cet écrivain pour les nombres, parce qu'il est plus porté que tout autre à l'exagération, on voit que ce fut une grande victoire (1). Tite-Live.)

Il est difficile, pour un événement si ancien, d'affirmer avec autorité et exactitude combien il y eut de combattants et de morts : Valérius Antias ose néanmoins formuler des nombres précis. (Tite-Live.)

Dans mon enfance, Cn. Aufidius, qui avait été préteur, donnant son avis au sénat, assistait ses amis dans leurs délibérations, écrivait une histoire en grec et vivait dans les lettres.

(ClCÉRON.)

LXYII.

Les premiers auteurs de « Mémoires » à Rome : — iEmilius Scaurus, Rutilius Rufus, Lutatius Catulus, Sylla.

Transmettre à la postérité les actions et les mœurs des hommes illustres était un usage antique, que notre siècle lui-même, tout insouciant qu'il est de ses gloires, n'a pas négligé, toutes les fois que quelque grande et noble vertu a vaincu et surmonté le vice commun aux petites et aux grandes cités, l'ignorance du bien et l'envie. Mais comme, du temps de nos pères, une penle naturelle portait aux actions mémorables et qu'une plus libre carrière leur était ouverte, on voyait aussi les hommes les plus célèbres employer leur génie à consacrer la mémoire de la vertu sans partialité et sans orgueil, pour jouir seulement de la satisfaction d'une bonne conscience. Même la plupart des grands hommes, en écrivant leur propre vie, ont cru faire acte de confiance en leurs vertus plutôt que d'arrogance. Rutilius et Scaurus ne se sont attiré par là ni défiance ni blâme, tant il est vrai que les vertus sont le mieux appréciées dans les siècles où elles naissent le plus facilement.

(Tacite, Vie d'Agricola, ch. Ier.)

Il loue P. Rutilius, l'homme le meilleur, non seulement de son siècle, mais de tous les temps.

(Velléius Paterculus, liv. II. ch. xm.)

(1) C'est une victoire de Cornélius sur les Boïens.

Rutilius a cultivé un genre d'éloquence triste et austère.... C'était un homme savant et très versé dans les lettres grecques. Disciple de Panétius, il avait presque atteint la perfection dans le genre des Stoïciens.

(Cicéron, Brutus, ch. xxx.)

Q. Lutatius Catulus était savant, non à la manière des anciens, mais à la nôtre. Il avait beaucoup de connaissances littéraires, une très grande douceur de langage aussi bien que de mœurs et de caractère, enfin une incorruptible pureté de diction latine, qui peut se reconnaître très aisément, soit dans ses discours, soit dans le livre qu'il a écrit sur son consulat et ses actions, avec une grâce du genre de celle de Xénophon, et qu'il a dédié au poète Furius, son ami.

Cicéron, Brutus, ch. xxxv.)

Cornélius Epicade, affranchi du dictateur Lucius Cornélius Sylla et son aide dans le sacerdoce augurai, compléta le dernier livre des Mémoires sur sa vie, que Sylla avait laissé inachevé.

(Suétone, Les Grammairiens illustres, XII.)

LXYIII.

L'Eloquence à Rome depuis la fin de la première guerre Punique jusqu'à Caton : — Flaminius, Fabius Maximus, Métellus, Céthégus, Licinius Cras-

sus. le premier Africain.

On dit que Flami?iius, celui qui, étant tribun du peuple, fit porter une loi sur le partage par tête des terres de la Gaule et du Picénum, et qui, étant consul, fut tué à la bataille de Trasimène, exerça par la parole beaucoup d'influence sur le peuple. Q. Fabius Maximus Verrucosus eut aussi, à cette époque, la réputation d'orateur, ainsi que Q. Métellus, qui, pendant la seconde guerre punique, fut consul avec L. Véturius Philon.

Mais le premier que l'histoire nous signale comme ayant été éloquent et reconnu pour tel, c'est Cornélius Céthégus son éloquence nous est attestée par Ennius, un juge bien compétent, à mon avis, d'autant plus qu'il l'avait entendi lui-même et que Céthégus était mort quand Ennius écrivait,

en sorte qu'on ne peut aucunement le soupçonner d'avoir menti par amitié. Il l'appelle donc orateur et lui attribue la douceur du langage, qualité qui de nos jours n'est pas si commune; car quelques-uns de nos orateurs ne parlent pas, ils aboient ; mais voici le plus grand éloge de son éloquence :

« Les compatriotes de ce grand citoyen, les hommes qui vivaient alors et se mêlaient des affaires publiques, rappelaient la lleur choisie du peuple Romain. » Et c'est avec raison; car, de même que le génie est la gloire de l'homme, de même l'éloquence est la lumière qui fait briller le génie ; celui qui y excellait a donc été fort justement nommé par ses contemporains la lleur du peuple et la moelle de l'éloquence, àSuadk medulla. » Ennius a appelé Suada ce que les Grecs appellent IIî^oj, c'est-à-dire la persuasion que fait naître l'orateur ; il veut que Céthégus en ait été la moelle, et tandis qu'Eupolis (l) nous représente cette déesse assise sur les lèvres de Périclès, Ennius dit que notre orateur en était la moelle.

(Cicéron.)

Licinius Crassus, le riche, passait pour très éloquent, soit qu'il fallût plaider une cause, soit qu'il fallut conseiller ou déconseiller quelque chose au sénat ou devant le peuple.

(TlTE-LlVE.)

Nous avons entendu dire que Scipion l'Africain lui-même ne manquait pas de talent pour la parole.

(ClCÉRON.)

L'Eloquence à Rome depuis la fin de la première guerre Punique jusqu'à Gaton : — Caton orateur.

Après Céthégus et dans l'ordre des temps, vint Caton, qui fut consul neuf ans après lui.... Les discours de Caton ne sont guère moins nombreux que ceux de l'Athénien Lysias, qui, je crois, en a laissé le plus.... Il y a même, à un certain point vue, quelque ressemblance entre ces deux orateurs : tous deux sont fins, élégants, spirituels, concis; mais le Grec, plus heureux, jouit de tous les genres de succès. Il a, en effet, de zélés partisans qui ne recherchent pas tant l'embon-

(1) Lire dans le texte ; scripsit Eupolis sessitavisse.

point du corps que des formes sveltes et à qui plaît la maigreur elle-même, pourvu qu'elle n'exclue pas la bonne santé. D'ailleurs, Lysias a souvent du nerf, au point qu'on ne peut rien imaginer de plus vigoureux; mais, en général, sa manière est certainement trop sèche ; il a cependant ses admirateurs, qui aiment surtout en lui celle extrême simplicité.

Quant à Coton, quel est celui de nos orateurs, du moins parmi ceux d'aujourd'hui, qui le lit ou même qui le connaît? Et cependant, quel homme, grands dieux! Je laisse de côté le citoyen, le sénateur, le général ; il ne s'agit ici que de l'orateur. Qui jamais eut plus d'autorité dans la louange, plus d'amertume dans les reproches, plus de finesse dans les pensées, plus d'habileté dans les démonstrations et les discussions? Les cent cinquante discours et plus que j'ai trouvés de lui et que j'ai lus jusqu'à ce jour sont remplis et d'expressions et de pensées brillan'es. On peut y choisir ce qui est digne de remarque et d'éloge : on y trouvera toutes les qualités oratoires. Et ses Origines, de quelle Heur, de quel éclat d'éloquence ne brillent-elles pas?.... C'est une chose invraisemblable que la richesse et la variété de Caton dans ces changements de mots que les Grecs appellent tropes et dans ces formes de pensées el de style qu'ils nomment figures.

Je n'ignore pas cependant que cet orateur n'est pas encore assez châtié et qu'il faut chercher quelque chose de plus parfait ; il est aussi bien ancien, eu égard au temps où nous vivons.

(GlCÉRON.)

Les Orateurs romains contemporains de Caton : — P. Lentulus, P. Crassus, Sextus ^Elius, Tibérius Sempronius Gracchus, Sulpicius Gallus, etc.

En même temps que Caton vécurent des orateurs plus âgés que lui, E Flaminius, C. Yarron, Q. Maximus, Q. Métellus, P. Lentulus, P. Crassus qui fut consul avec le premier Africain....

De ce nombre était encore Sextus JEUus, le plus savant de tous dans le droit civil et de plus habile à manier la parole. Parmi ceux qui étaient plus jeunes, il y avait Sulpicius Gallus, celui de tous les nobles qui étudia le plus les lettres

grecques ; il fut mis au nombre des orateurs, et il se distingua encore par d'autres qualités et par son élégance. L'élocution était déjà devenue plus harmonieuse et plus brillante.... A la même époque vivait Tibérius Gracchus, fils de Pnblius, qui fut deux fois consul et censeur, et dont il reste un discours grec prononcé devant les Rhodiens : il est reconnu que c'était un citoyen à la fois vertueux et éloquent. On regarda aussi comme éloquent P. Scipion Xasica, qu'on appela Corculum, et qui, lui aussi, fut deux fois consul et censeur ; c'est le fils de ce Publius qui reçut à Rome le culte de la mère des dieux. On cite encore Lentulus, qui fut consul avec Figulus; Q. Nobilior, fils de Marcus, déjà formé par les leçons de son père à l'élude des lettres auxquelles il s'adonnait. Etant triumvir pour l'établissement d'une colonie, il donna le droit de cité à Ennius, qui avait servi avec son père en Etolie. Annius Luscus, collègue de ce Fulvius Nobilior, ne fut pas, dit-on, sans talent pour la parole. Ce fut aussi par son éloquence que Paul-Emile, père du second Africain, demeura le principal personnage de la cité, et cela du vivant même de Caton, qui ne mourut qu'à l'âge de quatre-vingtcinq ans, et qui, l'année même de sa mort, avait parlé devant le peuple avec beaucoup de véhémence contre Servilius Galba. Il nous a même laissé ce discours par écrit.

Je vois que nos ancêtres regardèrent comme l'homme le plus éloquent du Lalium L. Papirius de Frégelles, qui était à peu près de l'époque de Tibérius Gracchus ; il nous reste de lui un discours prononcé dans le sénat pour les habitants de Frégelles et les colonies latines.

(ClCÉRON )

Les Orateurs romains depuis Caton jusqu'aux Gracques : — Sulpicius Galba, Albinus, Fulvius, Labéon, Métellus, Cotta, Lœlius, Scipion Emilien.

Du vivant de Caton, fleurirent en même temps une foule d'orateurs plus jeunes que lui.... A côté d'Aulus Albinus prit place Servius Fulvius, ainsi que Fabius Victor, qui connaissait également bien le droit, la littérature et l'antiquité. Q. Fabius Labéon réunit à peu près les mêmes mérites.

Quant à Q. Métellus, qui eut quatre fils consulaires, il passait pour un homme des plus éloquents : c'est loi qui parla pour Cotta, accusé par Scipion l'Africain. On a de lui d'autres discours, et celui qu'il prononça contre Tibérius Gracchus est rapporté par Fannius dans ses Annales. Cotta lui-même passait pour consommé dans les ruses du barreau. Mais C. Lxlius et P. Scipion l'Africain furent éloquents entre tous : nous avons d'eux des discours par lesquels on peut juger de leur talent oratoire. Parmi ces orateurs et un peu plus âgé qu'eux se trouvait Sereins Sulpicius Galba, qui, sans contredit, les surpassa tous par l'éloquence : le premier, parmi les Latins, il usa de tous les moyens qui sont comme la propriété et le domaine des orateurs ; il faisait des digressions hors de son sujet, en vue de l'embellir-, il savait charmer les esprits, les émouvoir, amplifier le sujet, employer les passions, les lieux communs. Mais je ne sais comment les discours de cet orateur, dont la supériorité dans l'éloquence est incontestable, sont plus secs et sentent plus l'antiquité que ceux de Lselius ou de Scipion, ou même que ceux de Caton : aussi ont-ils tellement disparu que c'est à peine si on en voit. Quant kLselius et Scipioii, quoique l'opinion reçue leur attribue à tous deux le plus grand talent, Lœlins a, comme orateur, une réputation plus brillante. Toutefois, son discours sur les collèges des pontifes ne vaut pas mieux que tel autre qu'on voudra parmi ceux de Scipion. Sans doute, il n'y a rien de plus doux que ce discours de Lœlius et on ne peut tenir sur la religion un langage plus auguste ; mais le style en est beaucoup plus suranné et plus négligé que celui de Scipion, et comme l'on a différents goûts en fait d'éloquence, Lselius me semble préférer l'archaïsme et même employer volontiers des termes un peu trop anciens.

(Cicéron.)

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