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Prologue du a Mime » que César força Labérius à jouer lui-même

La nécessité, dont tant de mortels ont voulu, dont si peu ont pu éviter les chocs et les assauts, à quel degré d'abaissement ne m'a-t-elle pas réduit, à l'âge où mes facultés se meurent ? Jamais ambition, jamais largesses, jamais crainte, jamais violence, jamais autorité n'a pu dans ma jeunesse me faire descendre de mon rang; et voilà que, dans ma vieil-

lesse, un homme illustre triomphe de moi sans peine et me fait déchoir, tant son âme est bonne, tant sa parole s'est faite suppliante, et douce, et flatteuse ! Les dieux eux-mêmes n'ont rien pu lui refuser : qui pourrait souffrir que moi, simple mortel, je lui oppose un refus? Ainsi donc, après soixante ans d'une vie sans tache, sorti de mon foyer chevalier romain, j'y rentrerai mime ! Ah ! j'ai vécu un jour de plus qu'il ne me fallait vivre ! Fortune, toujours excessive dans tes faveurs comme dans tes disgrâces, si c'était ton caprice de flétrir ma gloire littéraire, de briser ma couronne et mon honneur, pourquoi avoir attendu ? C'est quand j'étais dans toute la force et la verdeur de l'âge, quand je pouvais répondre à l'attente du peuple et d'un si grand homme, qu'il fallait me plier, me courber, m'atteindre. A quel degré m'abaisses-lu aujourd'hui? Et qu'apporté-je sur la scène? La beauté du visage? La noblesse du maintien, l'énergie de l'âme ou les accents d'une voix agréable ? Non ; comme le lierre étouffe (l) et tue l'arbre vigoureux qu'il enlace, ainsi moi, la vieillesse me tue sous l'étreinte des ans : je ne suis plus qu'un tombeau ; je n'ai plus rien qu'un nom !

(Macrobe, Saturnales, liv. II, ch. ier.)

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