ORIGINE DE L'ÉLOQUENCE
Si nous voulons considérer l'origine de cet art qu'on appelle éloquence, nous trouverons qu'il doit sa naissance aux causes les plus honorables et qu'il vient des sources les meilleures. En effet, il fut un temps où les hommes erraient çàet là dans les campagnes comme les animaux et ne soutenaient leur vie qu'avec une nourriture grossière. Us ne faisaient rien d'après les conseils de la raison et c'était là force du corps qui décidait de presque tout. Us ne pratiquaient encore ni la religion envers la divinité ni les devoirs de l'homme envers l'homme. Personne n'avait vu de mariage légal ; personne ne connaissait d'enfants dont il fût certain d'être le père; on n'avait pas appris encore quels avantages présentent le droit et l'équité. Aussi, dans cet état d'erreur et d'ignorance, l'instinct aveugle et déréglé asservissait l'âme, abusait, pour se satisfaire, des forces du corps, le plus pernicieux des satellites. A cette époque, un homme, un grand homme, un sage, comprit quel instrument c'était que l'âme Humaine et de quelle ressource elle serait pour les plus grandes choses, si l'on pouvait la développer et la rendre meilleure en l'éclairant. Voyant les hommes dispersés dans les champs et cachés dans les profondeurs des forêts, il trouva le moyen de les rassembler en un même lieu et de les y réunir ; il leur inspira le goût de tout ce qui est utile et honnête. D'abord, ils prolestèrent conlre un joug auquel ils n'étaient pas accoutumés ; ensuite, l'ascendant de la raison et de l'éloquence les rendit plus dociles à leurs leçons, et de féroces et de barbares, ils devinrent humains et civilisés. (De Y Invention, liv. I,r, ch. i" et n.)
XGIV.
Le « De Oratore. »