DES SUJETS QUE DOIT TRAITER L'ORATEUR
Dieux immortels ! s'écria alors Catulus, quelle variété de savoir, quelle richesse, quels trésors de connaissances vous
venez d'embrasser, cher Crassus! Comme vous avez hardiment fait sortir l'orateur de son étroite prison, pour le rétablir dans l'empire de ses ancêtres ! Car ces anciens docteurs et maîtres d'éloquence dont vous avez parlé croyaient, à ce que nous avons entendu dire, qu'aucun genre de discussion ne leur était étranger et faisaient toujours toute sorte de discours. L'un d'eux, Hippias d'Elis, étant venu à Olympie, à cette fameuse solennité des jeux qui se célébrait tous les cinq ans, se vanta, en présence de presque toute la Grèce, de ne rien ignorer de toutes les choses enseignées par n'importe quelle science; et non seulement il possédait, disait-il, la connaissance des arts libéraux et d'un ordre élevé, géométrie, musique, belles-lettres, poésie, sciences qui traitent des choses de la nature, des mœurs des hommes et des affaires publiques ; mais il avait fait de sa propre main l'anneau qu'il portait, l'habit dont il était revêtu, la chaussure qu'il avait à ses pieds. Sans doute, il allait trop loin ; mais on peut aisément conjecturer par là combien ces orateurs étaient passionnés pour les arts les plus sublimes, puisqu'ils ne dédaignaient pas même les plus vulgaires.
Que dire de Prodicus de Céos, et de Thrasymaque de Chalcédoine, et de Protagoras d'Abdère?
(De l'Orateur, liv. III, ch. xxsn.)
XGVI. Le « Bru tus. »
CICÉRON DÉPLORE LA PERTE d'HORTENSIUS, SON RIVAL ET SON AMI.
Lorsqu'à mon départ de Cilicie j'arrivai à Rhodes et que j'y appris la mort d'Hortensius, j'en ressentis dans mon âme une douleur plus grande qu'on ne saurait l'imaginer. En effet, je me voyais privé, par la perte d'un ami, de douces habitudes et d'une liaison que resserraient bien des services; et, de plus, je déplorais de voir diminuée, par la mort d'un tel augure, la dignité de notre collège. Au milieu de ces réflexions, je me rappelais que son choix m'avait fait entrer dans ce collège, qu'il avait attesté par serment que j'étais digne de cette distinction, que c'était encore lui qui m'avait consacré,
et que, d'après les institutions des augures, je devais l'honorer à l'égal d'un père. Ce qui augmentait encore ma douleur, c'est qu'alors qu'il y a grande disette de citoyens sages et vertueux, cet homme distingué, dont toutes les vues s'accordaient tout à fait avec les miennes, s'éteignait dans les circonstances les plus défavorables à la république et nous laissait le triste regret d'être privés de son autorité et de son expérience. Enfin, je m'affligeais d'avoir perdu, non pas, comme la plupart des gens Je-pensaient, un adversaire et un détracteur de ma gloire, mais plutôt le compagnon et l'émule de mes glorieux travaux. En effet, si dans l'étude des arts moins importants l'histoire nous apprend que de grands poètes ont pleuré la mort de poètes leurs contemporains, quels regrets n'ai-je pas dû éprouver de la mort d'un homme avec lequel il était plus glorieux de lutter que de n'avoir aucun adversaire, alors surtout que non seulement il n'a jamais été un obstacle pour moi dans ma carrière, pas plus que je ne l'ai été dans la sienne, mais qu'au contraire nous nous prêtions un mutuel appui par nos communications, nos conseils et notre bienveillance ?
(Début du Brulus.)
XGYII.
L' « Orator. »