VOLS SACRILÈGES DE VERRES
Dieux immortels ! Quel est l'homme que j'accuse, que je poursuis au nom des lois devant les tribunaux, et sur lequel vous allez prononcer une sentence par vos bulletins ? Les députés de Malle déclarent au nom de leur ville que le temple de Junon a été pillé par Verres, qu'il n'a rien laissé dans cette demeure si révérée; que ce lieu où les Hottes ennemies ont abordé lant de fois, où les pirates ont l'habitude d'hiverner presque tous les ans, que nul brigand, avant lui, n'avait violé, que nul ennemi ne profana jamais, lui seul l'a tellement dépouillé qu'il n'y reste absolument rien. Verra-t-on maintenant en cet homme un accusé, en moi un accusateur, en cette affaire un jugement? N'est-ce pas pour des crimes avérés, et non sur des soupçons, qu'il est cité en justice? Des dieux enlevés, des temples saccagés, des villes dévastées, voilà ce que l'on trouve ; et sur aucun de ces griefs cet homme ne s'est laissé à lui-même ni le moyen de nier, ni la possibilité de se défendre; je le démontre coupable en tout ; les témoins le convainquent; ses propres aveux le confondent; ses crimes sont d'une évidence accablante; et cependant il demeure ici et il fait tout bas avec moi rénumération de ses crimes.
Mais c'est trop m'arrêter, ce me semble, sur une seule espèce de crime. Je sens, juges, qu'il faut prévenir le dégoût et pour vos oreilles et pour vos esprits. J'omettrai donc beaucoup de faits : renouvelez seulement votre attention pour ce qui me reste à dire, je vous en conjure, juges, au nom des dieux immortels, de ces mêmes dieux dont j'évoque depuis longtemps le religieux respect.
(Seconde action contre Verres, liv. IV, ch. xlvii.)
Le « Pro Murenâ. »