RÔLE DE V. FLÀCCUS DANS LA CONJURATION DE CATILINA
0 nuit fatale que celle qui faillit plonger celte ville dans d'éternelles ténèbres! Lorsqu'on pressait les Gaulois de nous déclarer la guerre, Catilina de s'approcher de Rome, les conjurés de s'armer du fer et de la llamme ; lorsque je vous implorais, Flaccus, en attestant le ciel et la nuil, en mêlant mes larmes aux vôtres ; lorsque je recommandais à votre loyauté, si haute et si hautement reconnue, le salut de Rome et de ses citoyens ! c'est vous, Flaccus, alors préteur, qui arrêtâtes les messagers de notre commun désastre ; c'est vous qui surprîtes ces lettres où était consignée la destruction de la république ; c'est vous qui m'apportâtes, à moi et au sénat, les preuves de nos périls et les moyens d'y échapper. Quels remerciements ne reçûtes-vous pas alors et de moi, et du sénat, et de tous les gens de bien ? Qui aurait pensé que jamais il se trouverait un bon ciloyen qui vous refuserait à vous et au vaillant C. Pontinius, je ne dis pas l'existence, mais les premiers honneurs ? 0 nones de décembre, quel glorieux jour vous avez été sous mon consulat ! Je puis vous appeler avec vérité le jour de la naissance de Rome, ou du moins le jour de sa conservation !
0 nuit, qui as précédé ce jour, que tu fus heureuse pour cette ville ! Je crains, hélas ! que tu ne sois funeste que pour nous ! Quels étaient alors les sentiments de Flaccus (je ne dirai rien de moi) ! quel amour pour la patrie ! quel courage ! quelle fermeté ! Mais pourquoi rappeler des actes qu'élevèrent jusqu'aux cieux, au moment où ils s'accomplissaient, les applaudissements de tous, la voix unanime du peuple romain, le témoignage de l'univers ! Je crains aujourd'hui que, loin de nous être utiles, ces actes ne nous deviennent funestes !
(Plaidoyer pour L. Flaccus, ch. xl et xli.)