EXORDE DE CE DISCOURS
Juges, si l'on s'étonnait autrefois que, dans une république si puissante et dans un empire si auguste, il ne se trouvât que trop peu de citoyens braves et magnanimes qui osassent risquer leur personne et leur vie pour la constitution de
l'Etat et pour la liberté commune, désormais on s'étonnera plutôt de rencontrer un citoyen noble et courageux que de voir des hommes timides et pins occupés de leurs intérêts que de ceux de la république. En effet, sans rappeler à votre pensée et à votre souvenir le sort de chacun, vous pouvez, d'un seul regard, embrasser les maux de tous ceux qui, de concert avec le sénat, avec tous les gens de bien, ont relevé la république abattue et l'ont délivrée de brigands issus de son sein. Vous les voyez éplorés, couverts du deuil des suppliants, accusés et réduits à lutter devant les tribunaux pour leur vie, leur honneur, leurs droits de citoyens, leur fortune et leurs enfants, tandis que les scélérats, qui ont violé, profané, renversé, foulé aux pieds toutes les lois divines et humaines, non contents de voltiger sous vos yeux avec une joie insolente, s'étudient à préparer la mort des citoyens les meilleurs et les plus courageux et ne craignent rien pour eux-mêmes. 11 y a là bien des indignités ; mais la plus intolérable, c'est que ce ne sont plus leurs brigands, c'est que ce ne sont plus des gens perdus de dettes et de crimes qu'ils arment contre nous ; c'est par vous, par les meilleurs des hommes qu'ils cherchent à perdre les plus vertueux citoyens. Et lorsque les pierres, lorsque le fer, lorsque la tlamme, lorsque leur fureur, lorsque leur violence, leurs satellites, n'ont pu vous anéantir, ils se flattent que votre autorité, votre religion, vos arrêts les perdront.
{Discours pour Sextius, ch. ier.)
Le « Pro Sextio. »