VENTE AUX ENCHERES DES BIENS DU GRAND POMPÉE
La pique fut dressée devant le temple de Jupiter Stator. Les biens de Cnéius Pompée (malheureux que je suis ! j'ai épuisé mes larmes; mais la douleur demeure gravée dans mon âme), oui, les biens du grand Cnéius Pompée furent mis à l'encan par la voix sinistre d'un crieur public. Pour cette fois seule, Rome, oubliant son esclavage, se prit à gémir, et quoique toutes les âmes fussent asservies, que tout fût comprimé par la terreur, les gémissements du peuple romain éclatèrent librement. Dans l'attente où était tout le monde de voir quel homme serait assez impie, assez fou, assez ennemi des dieux et des hommes pour oser prendre part à cette criminelle enchère, personne ne se présenta, hors le seul Antoine. Bien qu'il y eût, autour de cette pique infâme, tant d'hommes prêts à toutes les autres audaces, lui seul s'est trouvé qui osât faire ce qui avait effrayé et fait reculer l'audace de tous les autres. Quel aveuglement ou, pour mieux dire, quelle démence s'était emparée de vous, pour ne pas comprendre qu'en vous faisant adjudicataire, dans le rang où vous êtes né, et adjudicataire des biens de Pompée, vous attiriez sur vous la haine, l'exécration du peuple romain, l'inimitié de tous les dieux et de tous les hommes dans le présent et dans l'avenir? Mais avec quelle insolence ce monstre affamé fit irruption sur les biens d'un grand homme dont la valeur rendait le peuple romain plus redoutable aux nations étrangères, dont la justice le faisait chérir davantage! Dès qu'il eut englouti les biens de ce grand homme, il se livrait aux transports de la joie, en vrai personnage de comédie, pauvre tout à l'heure et tout à coup opulent.
(//• Philippique, eh. xxvi et xxvn.)
GXVIII.
Les « Philippiques. » .