LES ORGIES D'ANTOINE DANS LA VILLA DE VARRON
Pendant combien de jours se livra-t-il dans cette villa aux plus honteuses orgies (1 ? Dès la troisième heure, on buvait. on jouait, on vomissait. 0 maison infortunée ! Quel changement de maître, si toutefois on peut appeler maître un tel homme ! Mais enfin quel changement de possesseur ! M. Varron voulait que sa villa fût une retraite pour ses études, et non le repaire de la débauche. Naguère quels entretiens dans cette demeure! quelles méditations! quels écrits! C'étaient les lois du peuple romain, les monuments de nos ancêtres, les principes de toute sagesse et de toute science. Mais depuis que vous en étiez le détenteur, car vous n'en étiez pas le propriétaire, tout y retentissait des cris de gens ivres; le vin ruisselait sur les parquets ; les murailles en étaient humectées ; des enfants nés de parents libres étaient confondus avec des esclaves à gages, des prostituées avec des mères de famille ! De Cassinum, d'Aquinum, d'Intéramne, on venait pour vous saluer. Personne ne fut reçu, et avec raison : les insignes de la dignité consulaire étaient avilis dans le plus ignoble des hommes. Lorsqu'en partant pour Rome il approchait d'Aquinum, une foule assez considérable vint à son devant, car cette cité est fort peuplée ; mais il traversa la ville dans une litière couverte, comme si c'eût été un mort. Les Aquinates avaient commis une folie ; mais enfin ils se trouvaient sur sa route; que dire des Anagniniens, qui, placés loin de son passage, descendirent au-devant de lui pour le saluer, comme s'il eût été consul ! Chose incroyable et pourtant attestée par tout le monde : personne n'obtint un salut en retour du sien.
IIe Philippique, ch. xu.)
(t) Lire dans le texte est perbacchahts, au lieu de et.